Parcours Autres perspectives Mises à jour du site 08/12/2019 ajout : 16/11/2019 22/04/2019 13/01//2019 ajout : Liens Wikipédia Visites | Philosophie de l'attachement - Pourquoi le christianisme nous imprègne toujours ## POURQUOI LE CHRISTIANISME NOUS IMPRÈGNE TOUJOURS (Tom Holland) Q Pas grand-chose, peut-on penser au premier abord. Une même et unique inspiration, répond lhistorien Tom Holland dans son nouveau livre «Les chrétiens» (Saint-Simon): la religion la plus révolutionnaire qui ait vu le jour, le christianisme. Pourquoi révolutionnaire ? Parce que le christianisme implique la remise en question toujours renouvelée du pouvoir des forts sur les faibles. La civilisation occidentale baigne dans cette influence depuis deux mille ans, à tel point quelle nen a plus conscience. Au christianisme Que si lOccident est un bocal à poissons, leau dans laquelle nous nageons est essentiellement chrétienne. Linfluence du christianisme est palpable au cur de notre Histoire, y compris dans des faits et des concepts dont on peut penser quils lui sont antithétiques. Notre conception de la société, du temps, du sexe ou encore des droits de lhomme, serait impossible sans la trajectoire distincte qua prise le christianisme dans les deux derniers millénaires. Il faut revenir aux Epîtres de Paul, deux décennies après la crucifixion, pour le comprendre. Le message de Paul pose une grande difficulté aux juifs, car il suppose quun nouveau serment a pris forme non pas entre les enfants dIsraël et Dieu, mais entre celui-ci et toute lhumanité. Ses termes sont écrits dans le cur des hommes : Paul emprunte un terme au stoïcisme, suneidesis, traduit par « conscience ». Paul entérine lidée que les buts de Dieu peuvent se traduire par des lois humaines, ce qui aura une influence décisive sur notre civilisation. Il reconnaît aussi que le message du Christ pose un problème aux Romains. Pour eux, il est folie quun criminel qui a causé la mort dun esclave puisse être le Fils de Dieu et que lempereur des Romains, lui aussi de nature divine, soit comparé à cet esclave. Leffet dans le long terme sera de renverser entièrement la signification que la croix avait pour les Romains : chez eux, elle symbolise le pouvoir des forts sur les faibles ; dans le christianisme, elle signifie quune victime peut triompher de son bourreau. De lhumiliation et de la défaite peuvent émerger la gloire et la victoire. Pour les chrétiens, un esclave est peut- être plus proche de Dieu que le plus puissant des empereurs. Cette idée radicale va irriguer les siècles à venir. Le christianisme est la façon la plus révolutionnaire qui soit de considérer la condition humaine. On na pas inventé plus hégémonique et transformateur. Le moment crucial à cet égard est la chute de lEmpire romain : en Eurasie, de lAtlantique au Japon, on accepte lidée que, si quelquun possède le pouvoir terrestre, il a un rapport avec le divin. Mais, à lOccident, le christianisme permet à lEglise naissante de devenir un intermédiaire entre lhomme et Dieu. Au XIe siècle, des révolutionnaires au sein de lEglise provoquent alors une reformatio: ils veulent séparer lEglise du flux des choses, conformément à ce quils estiment être les buts de Dieu. Ils le font en instrumentalisant des idées chrétiennes, à commencer par celle qui veut quon peut se régénérer par lexpiation de ses péchés. Ils veulent faire la même chose pour la société tout entière, le péché à laver étant le pouvoir excessif des rois. Cette reformatio culmine dans une scène emblématique: le roi de Germanie Henri IV sagenouille dans la neige devant le pape Grégoire VII, à Canossa (1077), pour que celui-ci lève son excommunication. LEglise se construit donc comme la première souveraineté paneuropéenne qui fait concurrence aux pouvoirs locaux. Cela se manifeste aussi par une conception juridique nouvelle selon laquelle les hommes sont égaux en droits. Cela suscite un énorme ferment culturel. Oui. Avec le temps, les révolutionnaires deviennent une nouvelle élite conservatrice, doù la volonté, au XVIe siècle, que lEglise elle-même se réforme il faut une nouvelle Cest linterprétation classique qui a empêché de le reconnaître, car chaque mouvement de Je ninvente rien, tant de faits de notre civilisation sont chrétiens ! Un autre exemple : la science. Notre tradition distingue la religion et la science, et explique quelles se combattent depuis toujours. On parle alors de «science grecque» ou de « science arabe ». Mais la science est un concept entièrement occidental ! Comme les autres catégories dont nous usons en Occident, celle-ci ramène à la théologie chrétienne. En Angleterre, le terme date du milieu du XIXe siècle. Pourquoi la science est-elle apparue en Europe occidentale et non ailleurs ? On dit habituellement quil y a quelque chose qui flotte au-dessus de nous et qui sappelle la «science», que tout le monde y contribue depuis longtemps et que les Occidentaux ont eu de la chance. Cest absurde ! La science est née en Occident parce que le christianisme ne conçoit quun seul Dieu créateur, ce qui implique lunicité de lUnivers, son inscription dans un temps linéaire et sa compréhension unique selon des lois. De fait, si vous comprenez les lois de Dieu, vous pourrez comprendre lUnivers. Ce nest pas ainsi que les Indiens et les Chinois considéraient le monde. Galilée et Newton ne se voyaient pas comme des « scientifiques », cest un anachronisme, mais comme chargés de deviner le but de Dieu. Pendant des siècles, le système de croyance occidental a été essentiellement chrétien. Il est donc très difficile déchapper à cette influence encore aujourdhui. Souvent, on croit le faire, mais on se trompe. Ce quon appelle « laïcité » ou « sécularisme » en est un parfait exemple. Le séculier nest pas un concept universel, mais entièrement contingent, qui repose sur des préoccupations théologiques qui datent du début du christianisme, plus précisément du sac de Rome de 410. Dans lEmpire, beaucoup de Romains ne sétaient pas convertis au christianisme et ils interprétèrent le sac comme leffet de labandon des anciens dieux. La relation des Romains avec leurs dieux était comme une assurance : ils payaient une prime et obtenaient en échange une protection, cette prime étant la religio, « ce qui vous lie » au dieu. En 410, ces Romains pensent quils sont punis par leurs dieux car ils ont détruit ce lien. Pour répondre à cette critique, Augustin, évêque dHippone, un des grands intellectuels de lEglise, apporte une réponse : que Rome ait été mise à sac na pas dimportance, parce quelle appartient à ce quil appelle le «saeculum », létendue de la mémoire vivante. En dautres termes, les hommes naissent, vivent et meurent, tout comme les empires. Si nous voulons y échapper, dit-il, et atteindre léternité de la cité de Dieu, nous devons faire partie des laicus, les gens de Dieu, en établissant une seule et unique religio avec lui. La distinction entre la cité de lhomme et celle de Dieu est née. Elle senracine dans le siècle suivant et cest à elle quil est fait référence dans la première reformatio :il faut garder lEglise pure des saecularia, les choses du saeculum. La Réforme va plus loin en démocratisant lidée de religio chacun, et pas seulement les clercs, a une relation personnelle avec Dieu. Mais, de même que la religio devient la « religion », les saecularia deviennent le « séculier », avec une inversion : le séculier, vidé de toute substance religieuse, est au centre, et la religion est poussée sur le côté. Plutôt, mais, au XIXe siècle, cette idée est instrumentalisée à 'leur encontre: certains estiment que cest le séculier qui compte et quil faut pousser de côté la religion encore davantage. Pendant la Révolution française, par exemple, on permet aux protestants et aux juifs de devenir citoyens français, mais pas en tant que tels, et pour les juifs cest un grand problème, car ils nont jamais considéré quils avaient une religion puisque les juifs sont la nation dIsraël. Mais, pour devenir des citoyens français, ils doivent abandonner cette vision et accepter quils appartiennent à une communauté religieuse qui peut être poussée de côté. On observe la même chose aujourdhui avec les musulmans occidentaux : la catégorie de «religion» nexiste pas en islam, mais, pour être citoyens de France ou du Royaume-Uni, les musulmans doivent laccepter. Ce modèle a eu une influence dans le monde entier, où les Occidentaux lont exporté. En dehors de la laïcité, pourriez-vous citer dautres faits ou valeurs quon ne décrit pas habituellement comme chrétiens mais qui le sont? La révolution russe, les droits de lhomme, le mariage homosexuel ou encore la crise des réfugiés de 2015. Soit parce quil existe une sorte de déni dipien, dans le cas de la révolution russe, soit parce quil y a une tentative délibérée de cacher cette origine, dans le cas de notions considérées comme universelles, soit parce que ces valeurs sont dérivées de la théologie chrétienne mais au plan intellectuel, pas au plan concret, dans le cas du mariage homosexuel. La crise des réfugiés de 2015 est un très bon exemple du deuxième cas. Si lattitude dAngela Merkel correspondait tout à fait à ses convictions personnelles, Merkel ne pouvait pas publiquement le reconnaître, car les réfugiés étaient musulmans. Il y a toujours eu une tension au cur du christianisme : il se dit universel, mais il fait face à des individus qui nacceptent pas forcément cette religion. A cette tension Voltaire avait trouvé une solution ingénieuse : il prétendait que les valeurs quil défendait étaient universelles mais séculières. Elles ne létaient évidemment pas. Il navait fait que recréer une couche morale supplémentaire sur le modèle du christianisme. Merkel a fait la même chose. Orban représente lautre réaction possible: face à des valeurs qui sopposent aux siennes, le chrétien peut refuser daccueillir lautre, sil se sent menacé. Entre les deux attitudes, il ny a pas de bonne réponse, mais des réponses qui peuvent sembler contradictoires sont en réalité enracinées dans la même foi. Le christianisme nest pas partout en déclin, mais il est vrai que cest le cas en Occident. Doù cette grande question, que vous rappelez, que Nietzsche avait posée de façon dérangeante et qui a été rendue plus aiguë encore par les nazis. Après la guerre, lEurope était si horrifiée par ce qui sétait passé quelle navait plus besoin de la référence chrétienne, il lui suffisait de regarder les nazis et de faire le contraire. Cest pourquoi «nazi», dailleurs, est linsulte par défaut. Mais ces événements séloignent, doù la question : sur quels principes faudra-t-il fonder nos actions à lavenir? Je nai pas la réponse, mais je pense quil faut commencer par reconnaître que nous habitons une terre chrétienne, saturée de références et dhistoires chrétiennes. Date de création : |
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Quy a-t-il de commun entre la révolution russe, les Beatles et #MeToo ? Pas grand-chose, peut-on penser au premier abord. Une même et unique inspiration, répond lhistorien Tom Holland dans son nouveau livre «Les chrétiens» (Saint-Simon): la religion la plus révolutionnaire qui ait vu le jour, le christianisme. Pourquoi révolutionnaire ? Parce que le christianisme implique la remise en question toujours renouvelée du pouvoir des forts sur les faibles. La civilisation occidentale baigne dans cette influence depuis deux mille ans, à tel point quelle nen a plus conscience. Au christianisme nous devons autant les croisades, la Contre-Réforme et un certain conservatisme des murs que les Lumières, le sécularisme et les droits de lhomme, montre Holland dans cet ouvrage mêlant vaste érudition et narration puissante Le Point: Pourquoi ce livre sur le christianisme? Tom Holland : Enfant, jétais fasciné par les Grecs et les Romains, et jai beaucoup travaillé sur lAntiquité. Mais, à force de les fréquenter, je les ai trouvés de plus en plus terrifiants, et surtout très différents de nous. Doù ma question: doù venait ma vision du monde? Cest là que linfluence majeure et continue du christianisme mest apparue pleinement. Etes-vous chrétien? Je suis baptisé, mais je ne suis pas vraiment croyant. Que défendez-vous, alors? Que si lOccident est un bocal à poissons, leau dans laquelle nous nageons est essentiellement chrétienne. Linfluence du christianisme est palpable au cur de notre Histoire, y compris dans des faits et des concepts dont on peut penser quils lui sont antithétiques. Notre conception de la société, du temps, du sexe ou encore des droits de lhomme, serait impossible sans la trajectoire distincte qua prise le christianisme dans les deux derniers millénaires. Pourquoi une telle influence du christianisme jusquà aujourdhui? Il faut revenir aux Epîtres de Paul, deux décennies après la crucifixion, pour le comprendre. Le message de Paul pose une grande difficulté aux juifs, car il suppose quun nouveau serment a pris forme non pas entre les enfants dIsraël et Dieu, mais entre celui-ci et toute lhumanité. Ses termes sont écrits dans le cur des hommes : Paul emprunte un terme au stoïcisme, suneidesis, traduit par « conscience ». Paul entérine lidée que les buts de Dieu peuvent se traduire par des lois humaines, ce qui aura une influence décisive sur notre civilisation. Il reconnaît aussi que le message du Christ pose un problème aux Romains. Pour eux, il est folie quun criminel qui a causé la mort dun esclave puisse être le Fils de Dieu et que lempereur des Romains, lui aussi de nature divine, soit comparé à cet esclave. Leffet dans le long terme sera de renverser entièrement la signification que la croix avait pour les Romains : chez eux, elle symbolise le pouvoir des forts sur les faibles ; dans le christianisme, elle signifie quune victime peut triompher de son bourreau. De lhumiliation et de la défaite peuvent émerger la gloire et la victoire. Pour les chrétiens, un esclave est peut- être plus proche de Dieu que le plus puissant des empereurs. Cette idée radicale va irriguer les siècles à venir. En quoi ce message diffère-t-il de celui des autres religions? Le christianisme est la façon la plus révolutionnaire qui soit de considérer la condition humaine. On na pas inventé plus hégémonique et transformateur. Le moment crucial à cet égard est la chute de lEmpire romain : en Eurasie, de lAtlantique au Japon, on accepte lidée que, si quelquun possède le pouvoir terrestre, il a un rapport avec le divin. Mais, à lOccident, le christianisme permet à lEglise naissante de devenir un intermédiaire entre lhomme et Dieu. Au XIe siècle, des révolutionnaires au sein de lEglise provoquent alors une reformatio: ils veulent séparer lEglise du flux des choses, conformément à ce quils estiment être les buts de Dieu. Ils le font en instrumentalisant des idées chrétiennes, à commencer par celle qui veut quon peut se régénérer par lexpiation de ses péchés. Ils veulent faire la même chose pour la société tout entière, le péché à laver étant le pouvoir excessif des rois. Cette reformatio culmine dans une scène emblématique: le roi de Germanie Henri IV sagenouille dans la neige devant le pape Grégoire VII, à Canossa (1077), pour que celui-ci lève son excommunication. LEglise se construit donc comme la première souveraineté paneuropéenne qui fait concurrence aux pouvoirs locaux. Cela se manifeste aussi par une conception juridique nouvelle selon laquelle les hommes sont égaux en droits. Cela suscite un énorme ferment culturel. «Reformatio» fait évidemment penser à la Réforme... Oui. Avec le temps, les révolutionnaires deviennent une nouvelle élite conservatrice, doù la volonté, au XVIe siècle, que lEglise elle-même se réforme il faut une nouvelle reformatio, ce quon a fini par appeler la Réforme. Cest la naissance du protestantisme. Mais ce nest quune nouvelle incarnation de cette idée que le christianisme fait triompher la lumière de lobscurité. En temps voulu, une nouvelle vague de reformatio se lève, où, à nouveau, il faut amener la lumière, remettre les rois à leur place et combattre la superstition : les Lumières. Faire des Lumières un mouvement chrétien, c'est pousser le bouchon assez loin! Cest linterprétation classique qui a empêché de le reconnaître, car chaque mouvement de reformatio a généré sa propre mythologie la mythologie des Lumières est dêtre anticléricale. Par exemple, au XIe siècle, lEglise romaine établit lidée, inexacte, selon laquelle la papauté a toujours été au cur de la chrétienté. Elle construit son propre passé. La Réforme fait de même en prétendant que les premiers temps de lEglise étaient une période de lumière et que les papes ont tout gâché. Les philosophes et les révolutionnaires français font la même chose. Certes, ils sen prennent au christianisme, mais pour des raisons impeccablement chrétiennes - les mêmes raisons que celles pour lesquelles les papes sen sont pris aux empereurs et les protestants aux papes, parce que le christianisme est devenu hégémonique. Ils font tout ce que les réformateurs ont fait avant eux: remettre les rois à leur place et façonner de nouveaux standards légaux. Leur héritage culturel est chrétien. Ceux qui pensent que tout a commencé avec les Lumières ont un esprit anhistorique. A vous entendre, vous donnez limpression que tout, dans notre histoire, peut être interprété à la lumière du christianisme. Nest-ce pas excessif ? Je ninvente rien, tant de faits de notre civilisation sont chrétiens ! Un autre exemple : la science. Notre tradition distingue « LEglise sest construite comme la première souveraineté paneuropéenne qui fait concurrence aux pouvoirs locaux. » la religion et la science, et explique quelles se combattent depuis toujours. On parle alors de «science grecque» ou de « science arabe ». Mais la science est un concept entièrement occidental ! Comme les autres catégories dont nous usons en Occident, celle-ci ramène à la théologie chrétienne. En Angleterre, le terme date du milieu du XIXe siècle. Pourquoi la science est-elle apparue en Europe occidentale et non ailleurs ? On dit habituellement quil y a quelque chose qui flotte au-dessus de nous et qui sappelle la «science», que tout le monde y contribue depuis longtemps et que les Occidentaux ont eu de la chance. Cest absurde ! La science est née en Occident parce que le christianisme ne conçoit quun seul Dieu créateur, ce qui implique lunicité de lUnivers, son inscription dans un temps linéaire et sa compréhension unique selon des lois. De fait, si vous comprenez les lois de Dieu, vous pourrez comprendre lUnivers. Ce nest pas ainsi que les Indiens et les Chinois considéraient le monde. Galilée et Newton ne se voyaient pas comme des « scientifiques », cest un anachronisme, mais comme chargés de deviner le but de Dieu. Ceux qui pensent que tout a commencé avec les Lumières, ont un esprit anhistorique. » Mais, à long terme, la science n5est-elle pas une menace pour le christianisme? En partie. Je pense notamment au darwinisme. Même si lexpression la « survie du plus apte » nest pas de Darwin, cest le message quon a retenu de lui. Cela remet en question lidée quil faut soccuper des faibles. Cela posait dailleurs un problème à Darwin lui-même, qui venait dune famille dabolitionnistes. Les nazis sempareront de cette idée en la déformant, parce que leur but était de mettre en cause deux notions centrales de la chrétienté : que tous les hommes ont été créés à limage de Dieu donc quil ny a pas de races et que le fort a des obligations envers le faible. Le paradoxe le plus cruel, pour les nazis, est que leur antisémitisme était un profond héritage chrétien. LOccident et le christianisme seraient donc synonymes? Pendant des siècles, le système de croyance occidental a été essentiellement chrétien. Il est donc très difficile déchapper à cette influence encore aujourdhui. Souvent, on croit le faire, mais on se trompe. Par exemple? Ce quon appelle « laïcité » ou « sécularisme » en est un parfait exemple. Le séculier nest pas un concept universel, mais entièrement contingent, qui repose sur des préoccupations théologiques qui datent du début du christianisme, plus précisément du sac de Rome de 410. Dans lEmpire, beaucoup de Romains ne sétaient pas convertis au christianisme et ils interprétèrent le sac comme leffet de labandon des anciens dieux. La relation des Romains avec leurs dieux était comme une assurance : ils payaient une prime et obtenaient en échange une protection, cette prime étant la religio, « ce qui vous lie » au dieu. En 410, ces Romains pensent quils sont punis par leurs dieux car ils ont détruit ce lien. Pour répondre à cette critique, Augustin, évêque dHippone, un des grands intellectuels de lEglise, apporte une réponse : que Rome ait été mise à sac na pas dimportance, parce quelle appartient à ce quil appelle le «saeculum », létendue de la mémoire vivante. En dautres termes, les hommes naissent, vivent et meurent, tout comme les empires. Si nous voulons y échapper, dit-il, et atteindre léternité de la cité de Dieu, nous devons faire partie des laicus, les gens de Dieu, en établissant une seule et unique religio avec lui. La distinction entre la cité de lhomme et celle de Dieu est née. Elle senracine dans le siècle suivant et cest à elle quil est fait référence dans la première reformatio :il faut garder lEglise pure des saecularia, les choses du saeculum. La Réforme va plus loin en démocratisant lidée de religio chacun, et pas seulement les clercs, a une relation personnelle avec Dieu. Mais, de même que la religio devient la « religion », les saecularia deviennent le « séculier », avec une inversion : le séculier, vidé de toute substance religieuse, est au centre, et la religion est poussée sur le côté. Et cela convenait aux catholiques et aux protestants? Plutôt, mais, au XIXe siècle, cette idée est instrumentalisée à 'leur encontre: certains estiment que cest le séculier qui compte et quil faut pousser de côté la religion encore davantage. Pendant la Révolution française, par exemple, on permet aux protestants et aux juifs de devenir citoyens français, mais pas en tant que tels, et pour les juifs cest un grand problème, car ils nont jamais considéré quils avaient une religion puisque les juifs sont la nation dIsraël. Mais, pour devenir des citoyens français, ils doivent abandonner cette vision et accepter quils appartiennent à une communauté religieuse qui peut être poussée de côté. On observe la même chose aujourdhui avec les musulmans occidentaux : la catégorie de «religion» nexiste pas en islam, mais, pour être citoyens de France ou du Royaume-Uni, les musulmans doivent laccepter. Ce modèle a eu une influence dans le monde entier, où les Occidentaux lont exporté. En dehors de la laïcité, pourriez-vous citer dautres faits ou valeurs quon ne décrit pas habituellement comme chrétiens mais qui le sont? La révolution russe, les droits de lhomme, le mariage homosexuel ou encore la crise des réfugiés de 2015. Pourquoi est-il si difficile dy voir lempreinte du christianisme? Soit parce quil existe une sorte de déni dipien, dans le cas de la révolution russe, soit parce quil y a une tentative délibérée de cacher cette origine, dans le cas de notions considérées comme universelles, soit parce que ces valeurs sont dérivées de la théologie chrétienne mais au plan intellectuel, pas au plan concret, dans le cas du mariage homosexuel. La crise des réfugiés de 2015 est un très bon exemple du deuxième cas. Si lattitude dAngela Merkel correspondait tout à fait à ses convictions personnelles, Merkel ne pouvait pas publiquement le reconnaître, car les réfugiés étaient musulmans. Il y a toujours eu une tension au cur du christianisme : il se dit universel, mais il fait face à des individus qui nacceptent pas forcément cette religion. A cette tension Voltaire avait trouvé une solution ingénieuse : il prétendait que les valeurs quil défendait étaient universelles mais séculières. Elles ne létaient évidemment pas. Il navait fait que recréer une couche morale supplémentaire sur le modèle du christianisme. Merkel a fait la même chose. Orban représente lautre réaction possible: face à des valeurs qui sopposent aux siennes, le chrétien peut refuser daccueillir lautre, sil se sent menacé. Entre les deux attitudes, il ny a pas de bonne réponse, mais des réponses qui peuvent sembler contradictoires sont en réalité enracinées dans la même foi. En Occident, le christianisme est en déclin. Combien de temps, à votre avis, resterons-nous influencés par lui sans être chrétiens? Le christianisme nest pas partout en déclin, mais il est vrai que cest le cas en Occident. Doù cette grande question, que vous rappelez, que Nietzsche avait posée de façon dérangeante et qui a été rendue plus aiguë encore par les nazis. Après la guerre, lEurope était si horrifiée par ce qui sétait passé quelle navait plus besoin de la référence chrétienne, il lui suffisait de regarder les nazis et de faire le contraire. Cest pourquoi «nazi», dailleurs, est linsulte par défaut. Mais ces événements séloignent, doù la question : sur quels principes faudra-t-il fonder nos actions à lavenir? Je nai pas la réponse, mais je pense quil faut commencer par reconnaître que nous habitons une terre chrétienne, saturée de références et dhistoires chrétiennes. PROPOS RECUEILLIS PAR LAETITIA STRAUCH-BONART Date de création : 08/12/2019 @ 10:07 Dernière modification : 08/12/2019 @ 10:17 Catégorie : Philosophie de l'attachement Page lue 124 fois Imprimer l'article
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POURQUOI LE CHRISTIANISME NOUS IMPRÈGNE TOUJOURS (Tom Holland)
Dans « Les chrétiens» (éditeur : Saint-Simon), lhistorien britannique Tom Holland, agnostique, explique que le christianisme, religion révolutionnaire, reste linfluence majeure de nos sociétés occidentales, jusquà... la laïcité.
Quy a-t-il de commun entre la révolution russe, les Beatles et #MeToo ?
Pas grand-chose, peut-on penser au premier abord. Une même et unique inspiration, répond lhistorien Tom Holland dans son nouveau livre «Les chrétiens» (Saint-Simon): la religion la plus révolutionnaire qui ait vu le jour, le christianisme. Pourquoi révolutionnaire ? Parce que le christianisme implique la remise en question toujours renouvelée du pouvoir des forts sur les faibles. La civilisation occidentale baigne dans cette influence depuis deux mille ans, à tel point quelle nen a plus conscience. Au christianisme
nous devons autant les croisades,
la Contre-Réforme
et un certain conservatisme des murs que les Lumières, le sécularisme et les droits de lhomme, montre Holland dans cet ouvrage mêlant vaste érudition et narration puissante
Le Point: Pourquoi ce livre sur le christianisme?
Tom Holland : Enfant, jétais fasciné par les Grecs et les Romains, et jai beaucoup travaillé sur lAntiquité. Mais, à force de les fréquenter, je les ai trouvés de plus en plus terrifiants, et surtout très différents de nous. Doù ma question: doù venait ma vision du monde? Cest là que linfluence majeure et continue du christianisme mest apparue pleinement.
Etes-vous chrétien?
Je suis baptisé, mais je ne suis pas vraiment croyant.
Que défendez-vous, alors?
Que si lOccident est un bocal à poissons, leau dans laquelle nous nageons est essentiellement chrétienne. Linfluence du christianisme est palpable au cur de notre Histoire, y compris dans des faits et des concepts dont on peut penser quils lui sont antithétiques. Notre conception de la société, du temps, du sexe ou encore des droits de lhomme, serait impossible sans la trajectoire distincte qua prise le christianisme dans les deux derniers millénaires.
Pourquoi une telle influence du christianisme jusquà aujourdhui?
Il faut revenir aux Epîtres de Paul, deux décennies après la crucifixion, pour le comprendre. Le message de Paul pose une grande difficulté aux juifs, car il suppose quun nouveau serment a pris forme non pas entre les enfants dIsraël et Dieu, mais entre celui-ci et toute lhumanité. Ses termes sont écrits dans le cur des hommes : Paul emprunte un terme au stoïcisme, suneidesis, traduit par « conscience ». Paul entérine lidée que les buts de Dieu peuvent se traduire par des lois humaines, ce qui aura une influence décisive sur notre civilisation. Il reconnaît aussi que le message du Christ pose un problème aux Romains. Pour eux, il est folie quun criminel qui a causé la mort dun esclave puisse être le Fils de Dieu et que lempereur des Romains, lui aussi de nature divine, soit comparé à cet esclave. Leffet dans le long terme sera de renverser entièrement la signification que la croix avait pour les Romains : chez eux, elle symbolise le pouvoir des forts sur les faibles ; dans le christianisme, elle signifie quune victime peut triompher de son bourreau. De lhumiliation et de la défaite peuvent émerger la gloire et la victoire. Pour les chrétiens, un esclave est peut- être plus proche de Dieu que le plus puissant des empereurs. Cette idée radicale va irriguer les siècles à venir.
En quoi ce message diffère-t-il de celui des autres religions?
Le christianisme est la façon la plus révolutionnaire qui soit de considérer la condition humaine. On na pas inventé plus hégémonique et transformateur. Le moment crucial à cet égard est la chute de lEmpire romain : en Eurasie, de lAtlantique au Japon, on accepte lidée que, si quelquun possède le pouvoir terrestre, il a un rapport avec le divin. Mais, à lOccident, le christianisme permet à lEglise naissante de devenir un intermédiaire entre lhomme et Dieu. Au XIe siècle, des révolutionnaires au sein de lEglise provoquent alors une reformatio: ils veulent séparer lEglise du flux des choses, conformément à ce quils estiment être les buts de Dieu. Ils le font en instrumentalisant des idées chrétiennes, à commencer par celle qui veut quon peut se régénérer par lexpiation de ses péchés. Ils veulent faire la même chose pour la société tout entière, le péché à laver étant le pouvoir excessif des rois. Cette reformatio culmine dans une scène emblématique: le roi de Germanie Henri IV sagenouille dans la neige devant le pape Grégoire VII, à Canossa (1077), pour que celui-ci lève son excommunication. LEglise se construit donc comme la première souveraineté paneuropéenne qui fait concurrence aux pouvoirs locaux. Cela se manifeste aussi par une conception juridique nouvelle selon laquelle les hommes sont égaux en droits. Cela suscite un énorme ferment culturel.
«Reformatio» fait évidemment penser à la Réforme...
Oui. Avec le temps, les révolutionnaires deviennent une nouvelle élite conservatrice, doù la volonté, au XVIe siècle, que lEglise elle-même se réforme il faut une nouvelle reformatio, ce quon a fini par appeler la Réforme. Cest la naissance du protestantisme. Mais ce nest quune nouvelle incarnation de cette idée que le christianisme fait triompher la lumière de lobscurité. En temps voulu, une nouvelle vague de reformatio se lève, où, à nouveau, il faut amener la lumière, remettre les rois à leur place et combattre la superstition : les Lumières.
Faire des Lumières un mouvement chrétien, c'est pousser le bouchon assez loin!
Cest linterprétation classique qui a empêché de le reconnaître, car chaque mouvement de reformatio a généré sa propre mythologie la mythologie des Lumières est dêtre anticléricale. Par exemple, au XIe siècle, lEglise romaine établit lidée, inexacte, selon laquelle la papauté a toujours été au cur de la chrétienté. Elle construit son propre passé. La Réforme fait de même en prétendant que les premiers temps de lEglise étaient une période de lumière et que les papes ont tout gâché. Les philosophes et les révolutionnaires français font la même chose. Certes, ils sen prennent au christianisme, mais pour des raisons impeccablement chrétiennes - les mêmes raisons que celles pour lesquelles les papes sen sont pris aux empereurs et les protestants aux papes, parce que le christianisme est devenu hégémonique. Ils font tout ce que les réformateurs ont fait avant eux: remettre les rois à leur place et façonner de nouveaux standards légaux. Leur héritage culturel est chrétien. Ceux qui pensent que tout a commencé avec les Lumières ont un esprit anhistorique.
A vous entendre, vous donnez limpression que tout, dans notre histoire, peut être interprété à la lumière du christianisme. Nest-ce pas excessif ?
Je ninvente rien, tant de faits de notre civilisation sont chrétiens ! Un autre exemple : la science. Notre tradition distingue
« LEglise sest construite comme la première
souveraineté paneuropéenne qui fait concurrence aux
pouvoirs locaux. »
la religion et la science, et explique quelles se combattent depuis toujours. On parle alors de «science grecque» ou de « science arabe ». Mais la science est un concept entièrement occidental ! Comme les autres catégories dont nous usons en Occident, celle-ci ramène à la théologie chrétienne. En Angleterre, le terme date du milieu du XIXe siècle. Pourquoi la science est-elle apparue en Europe occidentale et non ailleurs ? On dit habituellement quil y a quelque chose qui flotte au-dessus de nous et qui sappelle la «science», que tout le monde y contribue depuis longtemps et que les Occidentaux ont eu de la chance. Cest absurde ! La science est née en Occident parce que le christianisme ne conçoit quun seul Dieu créateur, ce qui implique lunicité de lUnivers, son inscription dans un temps linéaire et sa compréhension unique selon des lois. De fait, si vous comprenez les lois de Dieu, vous pourrez comprendre lUnivers. Ce nest pas ainsi que les Indiens et les Chinois considéraient le monde. Galilée et Newton ne se voyaient pas comme des « scientifiques », cest un anachronisme, mais comme chargés de deviner le but de Dieu.
Ceux qui pensent que tout a commencé avec les Lumières,
ont un esprit anhistorique. »
Mais, à long terme, la science n5est-elle pas une menace pour le christianisme?
En partie. Je pense notamment au darwinisme. Même si lexpression la « survie du plus apte » nest pas de Darwin, cest le message quon a retenu de lui. Cela remet en question lidée quil faut soccuper des faibles. Cela posait dailleurs un problème à Darwin lui-même, qui venait dune famille dabolitionnistes. Les nazis sempareront de cette idée en la déformant, parce que leur but était de mettre en cause deux notions centrales de la chrétienté : que tous les hommes ont été créés à limage de Dieu donc quil ny a pas de races et que le fort a des obligations envers le faible. Le paradoxe le plus cruel, pour les nazis, est que leur antisémitisme était un profond héritage chrétien.
LOccident et le christianisme seraient donc synonymes?
Pendant des siècles, le système de croyance occidental a été essentiellement chrétien. Il est donc très difficile déchapper à cette influence encore aujourdhui. Souvent, on croit le faire, mais on se trompe.
Par exemple?
Ce quon appelle « laïcité » ou « sécularisme » en est un parfait exemple. Le séculier nest pas un concept universel, mais entièrement contingent, qui repose sur des préoccupations théologiques qui datent du début du christianisme, plus précisément du sac de Rome de 410. Dans lEmpire, beaucoup de Romains ne sétaient pas convertis au christianisme et ils interprétèrent le sac comme leffet de labandon des anciens dieux. La relation des Romains avec leurs dieux était comme une assurance : ils payaient une prime et obtenaient en échange une protection, cette prime étant la religio, « ce qui vous lie » au dieu. En 410, ces Romains pensent quils sont punis par leurs dieux car ils ont détruit ce lien. Pour répondre à cette critique, Augustin, évêque dHippone, un des grands intellectuels de lEglise, apporte une réponse : que Rome ait été mise à sac na pas dimportance, parce quelle appartient à ce quil appelle le «saeculum », létendue de la mémoire vivante. En dautres termes, les hommes naissent, vivent et meurent, tout comme les empires. Si nous voulons y échapper, dit-il, et atteindre léternité de la cité de Dieu, nous devons faire partie des laicus, les gens de Dieu, en établissant une seule et unique religio avec lui. La distinction entre la cité de lhomme et celle de Dieu est née. Elle senracine dans le siècle suivant et cest à elle quil est fait référence dans la première reformatio :il faut garder lEglise pure des saecularia, les choses du saeculum. La Réforme va plus loin en démocratisant lidée de religio chacun, et pas seulement les clercs, a une relation personnelle avec Dieu. Mais, de même que la religio devient la « religion », les saecularia deviennent le « séculier », avec une inversion : le séculier, vidé de toute substance religieuse, est au centre, et la religion est poussée sur le côté.
Et cela convenait aux catholiques et aux protestants?
Plutôt, mais, au XIXe siècle, cette idée est instrumentalisée à 'leur encontre: certains estiment que cest le séculier qui compte et quil faut pousser de côté la religion encore davantage. Pendant la Révolution française, par exemple, on permet aux protestants et aux juifs de devenir citoyens français, mais pas en tant que tels, et pour les juifs cest un grand problème, car ils nont jamais considéré quils avaient une religion puisque les juifs sont la nation dIsraël. Mais, pour devenir des citoyens français, ils doivent abandonner cette vision et accepter quils appartiennent à une communauté religieuse qui peut être poussée de côté. On observe la même chose aujourdhui avec les musulmans occidentaux : la catégorie de «religion» nexiste pas en islam, mais, pour être citoyens de France ou du Royaume-Uni, les musulmans doivent laccepter. Ce modèle a eu une influence dans le monde entier, où les Occidentaux lont exporté.
En dehors de la laïcité, pourriez-vous citer dautres faits ou valeurs quon ne décrit pas habituellement comme chrétiens mais qui le sont?
La révolution russe, les droits de lhomme, le mariage homosexuel ou encore la crise des réfugiés de 2015.
Pourquoi est-il si difficile dy voir lempreinte du christianisme?
Soit parce quil existe une sorte de déni dipien, dans le cas de la révolution russe, soit parce quil y a une tentative délibérée de cacher cette origine, dans le cas de notions considérées comme universelles, soit parce que ces valeurs sont dérivées de la théologie chrétienne mais au plan intellectuel, pas au plan concret, dans le cas du mariage homosexuel. La crise des réfugiés de 2015 est un très bon exemple du deuxième cas. Si lattitude dAngela Merkel correspondait tout à fait à ses convictions personnelles, Merkel ne pouvait pas publiquement le reconnaître, car les réfugiés étaient musulmans. Il y a toujours eu une tension au cur du christianisme : il se dit universel, mais il fait face à des individus qui nacceptent pas forcément cette religion. A cette tension Voltaire avait trouvé une solution ingénieuse : il prétendait que les valeurs quil défendait étaient universelles mais séculières. Elles ne létaient évidemment pas. Il navait fait que recréer une couche morale supplémentaire sur le modèle du christianisme. Merkel a fait la même chose. Orban représente lautre réaction possible: face à des valeurs qui sopposent aux siennes, le chrétien peut refuser daccueillir lautre, sil se sent menacé. Entre les deux attitudes, il ny a pas de bonne réponse, mais des réponses qui peuvent sembler contradictoires sont en réalité enracinées dans la même foi.
En Occident, le christianisme est en déclin. Combien de temps, à votre avis, resterons-nous influencés par lui sans être chrétiens?
Le christianisme nest pas partout en déclin, mais il est vrai que cest le cas en Occident. Doù cette grande question, que vous rappelez, que Nietzsche avait posée de façon dérangeante et qui a été rendue plus aiguë encore par les nazis. Après la guerre, lEurope était si horrifiée par ce qui sétait passé quelle navait plus besoin de la référence chrétienne, il lui suffisait de regarder les nazis et de faire le contraire. Cest pourquoi «nazi», dailleurs, est linsulte par défaut. Mais ces événements séloignent, doù la question : sur quels principes faudra-t-il fonder nos actions à lavenir? Je nai pas la réponse, mais je pense quil faut commencer par reconnaître que nous habitons une terre chrétienne, saturée de références et dhistoires chrétiennes.
PROPOS RECUEILLIS PAR LAETITIA STRAUCH-BONART
Date de création : 08/12/2019 @ 10:07
Dernière modification : 08/12/2019 @ 10:17
Catégorie : -9c-Philosophie de l'attachement
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