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Synthèses - Le Judéo-Christianisme

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LE JUDÉO-CHRISTIANISME

 

Qualifiant l’identité religieuse du peuple européen, ce diptyque présente :

  • deux modes de perfectionnement lumineux de l’âme des créatures ;
  • deux systèmes de pensée.
  • deux enseignements particuliers en provenance de la Bible.

Les modes de perfectionnement sont décrits dans « Corps, âme , esprit »,

  • par le grand rabbin Ouaknin , pour le premier,
  • par le révérend Père dominicain Rousse-Lacordaire, pour le second.

Les systèmes de pensée sont décrits dans « L’esprit du judaïsme » par Bernard-Henri Lévy.


Les enseignements particuliers en provenance de la Bible sont décrits,

  • d’une part, par Michael Edwards en ce qui concerne le langage poétique qu’elle recèle : son livre « Bible et poésie ».
  •  d’autre part, par Annick de Souzenelle en ce qui concerne la création de la femme, trop souvent mal comprise : sa spiritualité d’inspiration cabaliste.
     

I/ LE PERFECTIONNEMENT LUMINEUX DE L'ÀME DES CRÉATURES

ANTHROPOLOGIE BIBLIQUE

ANTHROPOLOGIE TESTAMENTAIRE

ÉMANATION, CRÉATION , FORMATION, ACTION

Le sujet de la Création continue reçoit un traitement ésotérique, celui de la Kabbale.

 

« Le Prophète Élie entonna son oraison : Maître des mondes. Tu es Un…Aucune pensée ne saurait le saisir…Afin de diriger des mondes secrets inconnus et d’autres plus connus, tu as fondé dix voies que nous intitulons Séfiroth. Groupées, les Séfiroth portent les noms suivants auxquels correspondent en une figure schématique les membres du corps humain.»
Selon la Kabbale, ce mot signifiant «sphères», désigne la Lumière qui a donné naissance à l’univers et grâce à laquelle l’univers se maintient et continue à subsister. Lorsque cette Lumière primordiale s’introduit dans l’univers pour donner un souffle de vie à toutes les créatures, elle se divise en dix entités dynamiques qui répandent la vie dans toute la création. Chaque entité représente une force particulière et prend le nom de Séfira.
La combinaison des Séfiroth entre elles, explique le caractère particulier de chaque élément de la création.
Le mot Séfira ayant pour racine SFR ou SPR, peut être rapproché de Mispar (un nombre), de Séfér (un livre), de Sapère (raconter), Safir (pierre précieuse), de Safra (un scribe). Les significations différentes de la racine safer décrivent les manifestations des Séfiroth à différents stades.


Dans la représentation anthropomorphique des Séfiroth, chaque Séfira gouverne une partie du « corps humain » de l’Adam Kadmone (l’homme antérieur), bien qu’il n’y ait pas d’antériorité au niveau de Dieu. Au nombre de dix, les Séfiroth se répartissent ainsi :
– 1) Kétèr : la Couronne, au-dessus de la tête.
– 2) Hokhma : la Sagesse, à droite du cerveau.
– 3) Bina : l’Intelligence, à gauche du cerveau.
– Daath : la Connaissance, au centre du cerveau.
– 4) Hessèd : l’Amour, la Générosité, bras droit.
– 5) Gvoura : la Force, la Rigueur, bras gauche.
– 6) Tiférèt : l’Harmonie, au centre, le cœur.
– 7) Netsah : l’Éternité, la hanche droite.
– 8) Hod : la Splendeur, la hanche gauche.
– 9) Yessod : la Fondation : le Sexe au centre.
– 10) Malkhout : la Royauté, en bas, en dehors du corps.
Dans le système du Arizal, Kéter ne compte pas parmi les dix Séfiroth, car cette Séfira se situe à un niveau supérieur, intermédiaire entre le Or Ein-Sof et les Séfiroth. Le Arizal introduit Daath pour compléter les dix Séfiroth.


Au sens étymologique, Daath signifie attachement, union mais aussi connaissance. Par exemple Adam connut Eve signifie s’unit à elle (Genèse, 4,1.) Il s’agit d’un principe unificateur qui réalise la jonction entre Hokhma et Bina et forme ainsi le premier groupe de Séfiroth correspondant au « monde de l’Émanation », Olam haAtsilouth.
Dieu se dissimule à l’homme par les Séfiroth et c’est Lui qui les relie et les unifie. Comme Il se trouve à l’intérieur, quiconque sépare l’une des dix Séfiroth, rompt si l’on peut dire ainsi l’Unité divine.

Chaque Séfira a un nom connu mais Dien n’a pas de Nom connu car il remplit tous les noms et Il est leur perfection. Si Dieu les quitte, tous les noms sont comme un corps sans âme.
Les Séfiroth se déploient de haut en bas, mais les énergies qu’elles impriment aux créatures pour leur permettre d’exister, se déplacent de haut en bas et de bas en haut.

 Il existe une interaction entre les Séfiroth. Ainsi la main droite, siège de Hessèd, amour, bienveillance, vient tempérer l’action de la main gauche, celle de la rigueur, la Gvoura. La pratique quotidienne a intégré ces notions dans des gestes qui symbolisent la volonté de tempérer la rigueur, par la bienveillance et l’amour. Telle l’ablution des mains le matin, dès le saut du lit : on prend le récipient rempli d’eau dans la main droite, on le transfère à la main gauche et on verse l’eau d’abord sur la main droite. Ensuite on prend le récipient de la main droite et on verse l’eau sur la main gauche. On procède ainsi trois fois.

À quelle nécessité répond le système des Séfiroth ?
(60) Par leur intermédiaire, c’est-à-dire

« émanation de Sa lumière par degrés successifs », Ein-Sof, Dieu infini, peut se manifester dans l’univers et permettre de traduire les potentiels divins en termes d’actions.
Les Séfiroth réparties en quatre catégories, correspondent chacune à un monde différent, plus ou proches de l’Ein-Sof, source d’énergie ou lumière de l’infini. Ces mondes se déploient du haut vers le bas, mais les hommes les appréhendent du bas vers le haut. Les deux premiers ont résisté à la Lumière divine, tandis que les autres ont éclaté comme des vases, d’où le terme de     « Vases brisés » que l’homme a pour tâche de restaurer.

Ils portent les noms suivants :
– Olam haAtsilouth ou monde de l’émanation.
– Olam haBeriya ou monde de la création.
– Olam haYétsira ou monde de la formation.
– Olam haAssia ou monde de l’action.

GÉNÉRATION, CONCEPTION, ANIMATION

Ici, la doctrine catholique ressort de l'aristotélisme.



Aristote avait présenté une acquisition successive, au cours du développement embryonnaire,

–   de l’âme nutritive ou végétative,  d’abord en puissance, puis en acte quand elle se nourrit,

–   ensuite de l’âme sensitive – elle aussi en puissance puis en acte,

– enfin de l’âme pensante, le noûs, qui, nous l’avons vu, advient du dehors (De la génération des animaux II, III).
Dans ce noûs aristotélicien, les théologiens catholiques médiévaux reconnurent l’âme intellectuelle infusée par Dieu au cours du développement embryonnaire, que ce sont là ses éléments constitutifs. Il précisait que       « l’âme n’est ni juxtaposée, ni agrégée, ni amalgamée au corps, elle lui est jointe ».

Sur un plan théologique, c’est Dieu qui opère cette jonction en infusant l’âme dans le corps. Sur un plan « physique », cette jonction est le fait de l’inclination de l’âme pour « les proportions harmonieuses qui unissent les parties du corps ».

Présente dans l’ensemble du corps, l’âme y agit cependant diversement. Dans ses opérations de connaissance, l’âme procède progressivement :

  • des sens vient l’opinion, qui est un jugement non assuré ;
  • de l’opinion vraie, la raison, qui est « un jugement sûr et fondé au sujet d’un objet matériel »;
  • de la raison, l’intelligence, qui est      « un jugement droit et sûr au sujet des incorporels », et qui peut ainsi s’élever vers Dieu.

Nous sommes là encore en présence d’un dualisme de substances :

  • d’une part, le corps, créé par Dieu à partir du limon de la terre (« par l’opération de la nature », précisait Guillaume de Conches - Philosophia XIII, 43 ce que lui reprochait d’ailleurs Guillaume de Saint-Thierry, c. 1085-c. 1148), en ce qui concerne le premier homme, puis transmis par génération aux autres hommes ;
  • d’autre part, l’âme, créée directement par Dieu et infusée dans le corps. Ce dernier, ayant été corrompu par le péché, alourdit l’âme qui lui est conjointe, l’émousse, en sorte qu’au contraire des premiers parents avant le péché, elle ne permet plus la          « pleine science de toutes choses » dès son début, mais n’exerce sa compréhension et son jugement que  « par l’expérience venue d’un long usage et aiguillonnée par l’enseignement de quelqu’un.

Guillaume de Conches, allusivement, retrouve d’ailleurs la conception platonicienne du corps prison de l’âme, quand il compare cet alourdissement de l’âme par le corps à la situation d’un prisonnier qui « serait enfermé dans une sombre geôle; il ne pourrait voir avant de s’être accoutumé à l’obscurité ou d’être remonté à la lumière » (Dragmaticon IV).
Guillaume affirmait non seulement que l’âme du premier homme, « qui est esprit, et donc légère et pure », ne fut pas créée à partir du limon de la terre (Philosophia XIII, 43) , mais encore (Dragmaticon IV) que l’âme (anima) de chaque homme ne provient d’aucun organe, n’est pas même identifiable au souffle (spiritus) pourtant très subtil, qui naît dans le foie, qui accomplit les activités animales, et qui est seulement un organe de l’âme, mais qu’elle est créée ex nihilo par Dieu pour chaque homme :
Je suis chrétien et non académicien ; je partage donc l’avis de saint Augustin : je crois que chaque jour de nouvelles âmes sont créées, non à partir d’une bouture ou d’une quelconque matière, mais du néant et sur un simple ordre du Créateur.

 

Mais quand est-elle créée ? Dès la conception de l’homme ou quand le corps est déjà formé dans l’utérus et prêt à recevoir l’âme, ou le jour où il se meut, où à l’heure de la naissance. Je n’ai pas d’opinion là-dessus. Cependant beaucoup pensent que c’est quand le corps est préparé que l’âme lui est adjointe, parce que le Créateur, après avoir façonné le corps d’Adam, souffla sur son visage le souffle de vie. Ce semble être aussi l’avis de Platon [...]. (Dragmaticon IV.,)
On retrouve là l’idée qui domina au XIIe siècle et que nous avons vue chez saint Anselme de Cantorbéry, selon quoi l’animation de l’embryon n’est pas immédiate, mais postérieure à la conception, ce pourquoi, les théologiens catholiques d’alors jugeaient que l’avortement n’est pas un meurtre tant que l’embryon n’a pas encore acquis forme humaine. En effet, si le livre de l’Exode, dans les versions hébreu et latine, ne prévoit, quand une femme enceinte a été accidentellement bousculée, de rendre âme pour âme que quand la mère meurt, dans la version grecque de la Septante, l’avortement accidentel entraîne la mort du responsable si le fœtus est formé : si deux hommes se battent et qu’ils frappent une femme enceinte, et que son enfant sorte sans être formé, l’homme sera puni d’une amende [...]. S’il était formé, il donnera vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. (Ex. XXI, 22-2410.)
« Formé », c’est ici exeikonisménon, littéralement : « fait à l’image », qui renvoie bien sûr à l’homme formé à l’image de Dieu de la Genèse.
La tradition patristique, grecque aussi bien que latine, mit souvent en relation cette formation de l’embryon à l’image (de Dieu) avec l’insufflation d’un esprit de vie par Dieu en l’homme tiré du sol (Gn II, 7), considérant alors que le fœtus est formé par son animation, et qu’ainsi l’avortement accidentel ou volontaire d’un embryon formé est un homicide.

On s’accorde généralement à reconnaître que cette formation humaine de l’embryon, qui correspond à la pleine différenciation des membres, intervient plus tard pour la fille que pour le garçon (sauf In somnium Scipionis I, VI, qui juge que la formation de la fille prend cinq semaines, et celle du garçon, six semaines) : suivant Aristote (Histoire des animaux VII, III), au quarantième jour pour le garçon et au quatre-vingt-dixième pour la fille ; suivant le Lévitique (XII, 1-5), au quarantième jour pour le garçon et au quatre-vingtième pour la fille ; suivant le De spermate, au trentième jour pour le garçon, et au quarantième pour la fille, etc.

 

II/ LES SYSTÈMES DE PENSÉE

Ce couple de mots, Judéo-Christianisme, désignant les deux premières religions monothéistes, trouve sa première concrétisation dans les deux livres, les bien-nommés Ancien et Nouveau testaments, constitutifs de la « Bible ». En quoi ce 'testament de Dieu' contribue-t-il à l'économie, non seulement du monde mais de l'Être ? Peu de philosophes se sont exprimés sur ce sujet.
Bernard-Henri Lévy, juif de confession, nous livre un éclairage précieux sur ce qui, pour lui, constitue l'originalité de chacune de ces deux religions.
Pour lui : « Dieu est en retrait ! C'est, dit-il, l'expérience juive fondamentale et, probablement aussi, la grande différence avec le christianisme. Le chrétien croit ; le juif sait. Pascal joue le pari, Maïmonide la connaissance. L''expérience chrétienne, dans ce qu'elle a de plus génial et le plus beau, suppose le saut dans la foi, la communion avec le Seigneur ; l''expérience prophétique, dans son propre et prodigieux génie, est plutôt celle du ciel vide et du Dieu qui, comme chez les kabbalistes, se retire du monde et menace de le décréer ».
Dieu, est-on tenté de dire, est là pourtant'
Oui répond BHL «  Mais il est là sans l'être. Il a créé le monde  mais peut, tout aussi bien le décréer. C'est l'intuition, si belle et si terrible, de Rabbi Haïm de Volozhin*, l''un des inspirateurs permanents du 'livre' ».
En quoi BHL croit-il au fond ?
«  Je crois, encore une fois, que la question n''est pas de croire, mais de savoir. Ou, si vous préférez, que la question de la croyance en Dieu, de l'existence de Dieu, de sa volonté bonne ou non, de ce Dieu personnel qui a voulu le mal ou qui l'a fait malgré lui, n'est centrale que si on regarde le judaïsme avec les lunettes de l''entendement chrétien et en particulier catholique. Lévinas l'a fait (notamment lors de ses échanges à Castel Gandolfo avec le pape Jean-Paul II), Rosenzweig aussi. »
En effet, ce dernier, né dans une famille juive assimilée à la culture allemande, dont certains membres s'étaient convertis au christianisme, fut lui-même tenté de suivre cette voie avant d''effectuer un retour au judaïsme pour en faire la base de son œuvre philosophique ('L'Etoile de la Rédemption').
BHL, in fine avoue essayer de résister à cette tentation et tente, par ailleurs, de comprendre sa petite sœur qui, elle, a fait le saut dans la foi.

* BHL dans Entretiens (2007), a souligné l'importance de l''œuvre de Rabbi Haïm de Volozhin (1749-1821).
« Sa doctrine consiste en trois choses :
' Un : Dieu a créé le monde.
' Deux : une fois la création achevée, il s'est retiré.
' Trois : pour que le monde ne s'effondre pas comme château de sable et qu''il ne se décrée pas, il faut que par leur prière et leur étude, les hommes en soutiennent infatigablement les murailles fragiles. Le monde est menacé de se défaire et seuls les hommes peuvent empêcher ce processus de décréation. »

 

III/ LES ENSEIGNEMENTS EN PROVENANCE DE LA BIBLE – ‘ISH ET ‘ISHAH

Selon MICHAEL EDWARDS (a)

« Dans la Bible, la POÉSIE survient dès le début. Au deuxième chapitre de la Genèse (verset 2,3), Adam accueille ainsi la création de la femme :

                       Voici enfin l’os de mes os,
                       et chair de ma chair,
                       Celle-ci sera appelée femme,
                       car elle fut tirée de l’homme.

Ce sont les toutes premières paroles humaines rapportées ; il est tentant et peut-être légitime d’en tirer des conclusions. Adam a déjà nommé les animaux, mais l’auteur l’a seulement indiqué, sans inscrire les mots prononcés ; il reconnaissait sans doute que dans le monde du commencement, dont il se sait exclu ainsi que ses lecteurs, il devait exister un rapport intime entre le langage et le réel, entre les mots et les choses, que nous sommes incapables de retrouver. En faisant parler Adam pour la première fois, il lui donne un langage « édénique », tel que nos langues déchues peuvent atteindre par instants seulement. Adam tire littéralement la femme, ‘ishah, de l’homme,’ish. L’hébreu, grâce au plaisir qu’il prend aux jeux de mots – aux accords ludiques et profondément sérieux entre les sonorités des mots et les êtres, objets, idées, émotions auxquels ils s’ouvrent – est une langue particulièrement et providentiellement habile à suggérer ce que seraient un rapport chaleureux entre notre langue et notre monde et une relation signifiante parmi les présences du réel. À affirmer, en somme la gravité de la plus lédère des figures de rhétorique : le calembour. Surtout, dès que le premier homme ouvre la bouche, il parle en vers. L’auteur pensait-il que, dans le monde de la merveille primitive, le langage était naturellement poétique ? Serait-ce pour cela qu’Adam, aussitôt après avoir mangé le fruit défendu, répond à Dieu en prose : ‘’J’ai entendu ton pas dans le jardin, et j’ai eu peur car je suis nu, et je me suis caché’’ (3,10) ? Nous ne pouvons pas savoir, mais le bref poème spontané d’Adam, qu’il nus semble entendre de si loin et de si près, sollicite notre attention et appelle notre pensée. Si la langue d’avant la Chute était poétique ou produisait des poèmes à des moments chargés de sens, la POÉSIE représente-t-elle pour nous l’apogée de notre parler déchu, son commencement et da fin, sa nostalgie et son espoir ?   En parcourant toute La Genèse, livre d’histoire et non pas recueil poétique, nous rencontrons du reste un nombre impressionnant de poèmes. C’est en POÉSIE que Dieu donne la loi sur le meurtre et sa punition (9,6), que sa famille bénit Rébecca (24,60), qu’Isaac prophétise l’avenir d’Esaü (27, 39-40), ou que Jacob bénit les douze tribus d’Israël (49, 2-27). Étant donné la difficulté que l’on éprouve parfois à identifier les passages en vers, il se peut que bien d’autres soient à découvrir. La Bible de Jérusalem (édition revue et corrigée de 2009) présente Dieu comme parlant plusieurs fois en POÉSIE dans les trois premiers chapitres, à commencer par la création de l’homme, où la Parole de Dieu donne naissance à la seule créature douée de parole :

                     Dieu créa l’homme à son image,
                     à l’image de Dieu il le créa,
                     homme et femme il les créa.      

Dès que nous abordons le commencement de la Bible, nous devons changer notre écoute, de rythme, de mode d’attention et d’être, afin d’entendre et de recevoir un langage autre. Et plus avant, dans sa lecture, nous aurons à entendre les enseignements des Psaumes. « C’est que la religion judéo-chrétienne, systématisée par la pensée européenne, a pour matrice une culture moyen-orientale ayant ses propres façons de faire ». [‘’ Vérité germera de la terre’’], ce verset 12 du  Ps. 85, notamment,  mettra en évidence « que notre façon de voir est bouleversée par un refus de l’abstraction ou plutôt, par son absence, par ce réalisme qui nous sort de nos habitudes. Une vérité qui germe de la terre suppose, d’une manière que je ne peux pas comprendre,  que la réalité est métaphorique, que c’est grâce à la poésie, à l’imagination, que la vie, la foi, l’amour saisissent la vérité, laquelle a sa demeure, pour ainsi dire, dans le réel. »

(a) Ce texte est extrait de son livre récent « Bible et Poésie ». Edwards est professeur honoraire au Collège de France ; élu à l’Académie française en 2013 au fauteuil de Jean Dutourd (31e du nom).

Selon ANNICK DE SOUZENELLE (b)

« Lorsque, au deuxième chapitre de la Genèse (verset 2,3), Dieu montre à Adam le côté (et

non la côte !) non accompli de lui, Il lui fait découvrir cette partie "femelle" de lui, avec laquelle il était jusqu'ici totalement confondu - c'est le premier "processus de différenciation" cher à  Carl Gustav Jung (c) – pour qu'il l'épouse.

Ce côté-là de lui est lourd de la semence divine appelée par la Tradition le NOM. Chacun de nous est ensemencé dans son NOM secret.

Cette semence est l'enfant divin (ou Être Divin) que nous avons à faire croître (à devenir petit à petit) au cours de ce mariage intérieur qui est encore l'aventure d'une grandiose gestation.

Il est absurde de penser que la femme biologique ait été tirée de la côte de l'Homme !

Mais admirable que le féminin intérieur à tout être et lourd de la semence divine constitue le côté de nous dont, au départ nous sommes totalement inconscients parce que nous sommes non moins totalement confondus avec lui.

C'est notre inconscient qui mène la danse de notre vie jusqu'à ce que tout à coup... la lumière d'un jour nouveau apparaisse... »

(b) Annick de Souzenelle, après des études de mathématiques, a longtemps été infirmière anesthésiste, puis psychothérapeute. D'abord catholique, elle se convertit en 1958 à la religion orthodoxe, et étudie la théologie, ainsi que l'hébreu Elle poursuit depuis une trentaine d'années un chemin spirituel d'essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages de spiritualité. Sa recherche s'inspire de la spiritualité cabaliste.

 (c) Le Soi est la donnée existant a priori dont naît le Moi. Il préforme en quelque sorte le Moi. Ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même. » Le Soi est un concept limite qui regroupe en un même ensemble le conscient et l'inconscient : inconscient personnel et inconscient collectif. Il traduit l'expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d'une conscience englobant de plus en plus d'éléments inconscients. Le Soi intervient dans le processus d'individuation : il en est le moteur, l'organisateur et, dans une certaine mesure, le but.

Du point de vue de ses représentations les images du Soi apparaissent dans les rêves et les productions spontanées (fantasmes, dessins, danse etc.) sous des formes doublement symétriques et centrées (carré, cercle) : les mandalas. Jung a constaté que ces formes de représentations se retrouvent dans toutes les cultures aussi bien que dans les productions individuelles. Il estime que l'apparition des images du Soi dans les rêves est souvent liée à de profondes tensions ou ruptures de l'équilibre psychiques.

Par rapport à la religion, et aux multiples accusations de mysticisme qui ont été portées contre lui, Jung est on ne peut plus clair : “Comme le Christ n'a jamais signifié pour moi plus que je pouvais comprendre de lui et que cette compréhension coïncide avec le savoir empirique que j'ai du Soi, je dois reconnaître que c'est le Soi que j'ai en tête lorsque je m'occupe de l'idée du Christ. Au demeurant, je n'ai pas d'autre accès au Christ que le Soi, et comme je ne connais rien qui soit au-delà du Soi, je m'en tiens à ce concept” (Jung et la croyance religieuse 1956/1957).

ANNEXE[1]

LA BIBLE COMME LIVRE COMMUN À DEUX RELIGIONS

 

La Bible est un ensemble de textes considérés comme sacrés par le judaïsme et le christianisme. Les différents groupes religieux peuvent inclure différents livres dans leurs canons, dans un ordre différent. Les textes des livres eux-mêmes ne sont pas toujours identiques d'un groupe religieux à l'autre.

La Bible hébraïque

Elle est dite en hébreu TaNaKhacronyme formé à partir des titres de ses trois parties constitutives : la Torah (la Loi), les Nevi'im (les Prophètes) et les Ketouvim (les autres écrits). Elle fut traduite en grec ancien à Alexandrie. Cette version, dite des Septante, fut utilisée plus tard par Jérôme de Stridon pour compléter sa traduction latine de la Bible à partir de l'hébreu (la Vulgate) et par les « apôtres des Slaves » Cyrille et Méthode pour traduire la Bible en vieux-slave.

La Bible chrétienne

Ils nomment Ancien Testament la partie qui reprend le Tanakh ainsi que d'autres textes antiques non repris par la tradition juive

Elle  contient en outre le Nouveau Testament qui regroupe les écrits relatifs à Jésus-Christ et à ses disciples. Il s'agit des quatre Évangiles, des Actes des Apôtres, des Épîtres et de l'Apocalypse.

En ce qui concerne l’Ancien Testament, la Bible rassemble une collection d’écrits très variés (récits des origines, textes législatifs, récits historiques, textes sapientiaux, prophétiques, poétiques, hagiographies, épîtres) dont la rédaction s’est échelonnée entre le viiie siècle av. J.-C. et le iie siècle av. J.-C.

Pour le Nouveau Testament, sa rédaction se situe à la deuxième moitié du ier siècle, voire le début du iie siècle. Les versions compilées connues aujourd'hui, comme le Codex Sinaiticus pour le Nouveau Testament, sont notablement plus tardives que la période supposée de leur rédaction. Cela laisse un immense champ d'exploration aux exégètes et aux historiens et pose en termes aigus la question de l'inerrance biblique.

CANON DU NOUVEAU TESTAMENT

La religion chrétienne a toujours eu un livre canonique, c-à-d. contenant la règle de la foi et de la vie et possédant, en vertu de son inspiration divine, une autorité souveraine pour tous les croyants.

Pour Jésus, ce livre saint était la Bible de son peuple

Nous ne savons pas au juste de quels ouvrages celle-ci se composait, car l'A.T. hébreu n'a été définitivement clos qu'après l'ère chrétienne. Jésus parle avec la plus grande vénération et une entière confiance de la « Loi » et des « Prophètes », et s'il entend les Écritures d'une manière nouvelle, plus profonde et vraiment spirituelle, s'il les interprète avec originalité, c'est, dans son intention, pour leur restituer leur pleine signification et les rétablir dans leur véritable dignité. Au reste, Jésus puisait ses convictions religieuses ailleurs encore que dans l'A.T. Il les trouvait dans une certaine intuition de Dieu qui lui était propre et qui constitue l'adorable mystère de sa personne unique. Dieu lui parlait directement et c'est au nom de cette parole intérieure qu'il savait, dans la Bible, noter ce qui est éternel et ce qui est transitoire (Matthieu 5.21-46) et faire le départ entre ce qui est de Moïse et ce qui est de Dieu (Marc 10.1-9).

Jésus n'a jamais pensé que la Bible telle qu'il la possédait fût insuffisante et dût être complétée.  

Il n'a pas écrit une ligne pour y ajouter quoi que ce soit et il n'a jamais ordonné à ses disciples d'accomplir un tel travail.

Les chrétiens de la génération apostolique ont, sur ce point, partagé entièrement l'opinion de leur Maître

Il ont cru à la Bible, l'ont lue dans leurs cultes, l'ont méditée et y ont trouvé la confirmation de leur foi. Seulement, lorsque le christianisme passa, peu après sa naissance, du milieu juif dans le monde gréco-romain, la Bible qui fit loi ne fut plus l'hébraïque, mais la grecque : celle des Septante (LXX) C'est elle qui est presque exclusivement citée dans le N.T. Elle était plus longue que la nôtre (qui est traduite de l'hébr.) et possédait peut-être même des livres ou des fragments qui ont totalement disparu. (cf. 1 Co 2.9Eph 5.14Jude 1.9)

Les Douze et l'apôtre Paul n'eurent pas plus que Jésus l'idée de composer des œuvres dignes d'être mises au même niveau que les écrits bibliques. Les ép. de Paul sont des lettres tout occasionnelles, adressées à des lecteurs bien déterminés. Elles sont en quelque mesure des commentaires et des applications de l'enseignement biblique, mais ne veulent nullement s'égaler à l'A.T. Paul demande sans doute qu'on le lise avec la déférence que l'on doit à tout homme qui s'exprime au nom de Dieu, en qualité d'ambassadeur du Christ (2Co 5.20) --prétention que tout chrétien authentique a le droit d'émettre--mais il est le premier à confesser que sa connaissance est limitée et n'a rien d'infaillible (1Co 13.12) ; et lorsque, sur telle ou telle question, il ne peut recourir à une parole formelle des Écritures ou du Christ, il se borne à donner modestement un conseil ou un avis (1Co 7.25). Si quelqu'un lui avait dit qu'il était un autre Isaïe ou un autre Moïse, il aurait vu dans ce propos une flatterie qui l'eût sûrement scandalisé. Parmi tous les charismes qu'il énumère, il ignore celui de composer des ouvrages sacrés destinés à parachever la Bible

A l'égard de la Bible, les Juifs avaient exactement la même attitude de soumission respectueuse que les chrétiens

Pourtant ceux-ci les tenaient, du fait de leur refus de Jésus, pour des mécréants incapables de comprendre leur propre Livre (2 Co 3.14-16)[2]. C'est que les chrétiens reconnaissaient encore une autre autorité, égale et semblable en droit à celle de la Bible, puisque toutes deux procédaient du même Saint-Esprit, mais en fait supérieure : la parole et la vie du Christ, ou, comme ils disaient : le Seigneur. Ce que le Seigneur avait dit était la vérité même et ne se discutait pas. Lorsque Paul se fondait sur une parole du Seigneur, il donnait non plus des conseils, mais des ordres (1Co 7.10). On méditait les grands événements de la vie de Jésus et on se pénétrait de son exemple (1Co 11.23Ga 3.1, Php 2.5-8). Ce qui avait trait à son histoire et à son enseignement formait la matière d'une tradition non encore écrite, qui passait de bouche en bouche et que l'on conservait pieusement (1 Co 15.3).

C'est à la lumière de leur foi au Christ que les croyants lisaient l'A.T.

Celui-ci s'éclairait dès lors pour eux d'un jour nouveau et leur découvrait des profondeurs insoupçonnées des Juifs. A chaque page, les fidèles s'ingéniaient à discerner des prophéties ou des préfigurations de ce que Jésus avait dû accomplir, de sorte que la Bible devenait à leurs yeux un livre de moins en moins juif et de plus en plus chrétien. Ils pratiquaient sans scrupule la méthode d'interprétation allégorique dont les Juifs avaient usé avant eux et qui consiste à ôter aux mots ou aux faits leur sens naturel et habituel pour leur en donner un nouveau, symbolique ou spirituel, accessible aux seuls initiés (interpr.allég. : 1 Co 10.24, Gal 4. 21-26).

 


[1] Cette annexe permet d’éclairer le lecteur sur le contenu de ce livre désigné par « Bible » qui se trouve être commun aux deux premières religions monothéistes. Ses caractéristiques sont généralement méconnues  du fait d’un enseignement trop parcellaire de l’Ancien Testament.

[2] Pour les chrétiens, « l’Ancien Testament était voilé à leurs yeux » : tous les textes à caractère prophétique, notamment, ne pouvaient faire sens pour les Juifs. C’est le Christ qui enlèvera le voile.

 


Date de création : 22/02/2016 @ 17:59
Dernière modification : 11/05/2016 @ 08:28
Catégorie : Synthèses
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