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Théologie 1 - Livres du pentateuque 2


EXEGESE PATRISTIQUE DE

L'ANCIEN TESTAMENT



LIVRES DU PENTATEUQUE 2


- CYCLE D’ABRAHAM

- CYCLES D’ISAAC ET DE JACOB – HISTOIRE DE JOSEPH

- DELIVRANCE D’EGYPTE ET MARCHE AU DESERT


CHAPITRE IV.

CYCLE D'ABRAHAM


"Yahvé dit à Abram: - Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple...- "(Livre de la GENESE,12,1).

Paragraphes d'appui du Livre de la Genèse:
Vocation d'Abraham:(Gn.12,1-9).
Abraham en Egypte:(Gn.12,10-20).
Séparation d'Abraham et de Lot:(Gn.13,1-18).
La campagne des quatre grands rois:(Gn.14,1-16).
Melchisédec:(Gn.14,17-24).
Les promesses et l'alliance divine:(Gn.15,1-21).
Naissance d'Ismaël:(Gn.16,1-16).
L'alliance et la circoncision:(Gn.17,1-27).
L'apparition de Mambré:(Gn.18,1-33).
La destruction de Sodome:(Gn.19,1-38).
Abraham à Gérar:(Gn.20,1-18).
Naissance d'Isaac:(Gn.21,1-7).
Renvoi d'Agar et d'Ismaël:(Gn.21,8-21).
Abraham et Abimélek à Bersabée:(Gn.21,22-34).
Le sacrifice d'Abraham:(Gn.22,1-19).
La tombe des Patriarches:(Gn.23,1-20).
Mariage d'Isaac:(Gn.24,1-67).
La descendance de Qétura:(Gn.25,1-6).
Mort d'Abraham:(Gn.25,7-11).
La descendance d'Ismaël:(Gn.25,12-18).



EXEGESE APOSTOLIQUE[1]

Commentaire de Saint-Paul de Gn.15,6: "Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice".


Epitre aux Romains.
Paul et les chrétiens de Rome.
1

(8) Et d'abord, je remercie mon Dieu par Jésus-Christàvotre sujetà tous,decequ'on publie votre foi dansle monde entier.(9)Car Dieu m'esttémoin,àquijerendsuncultespirituelen annonçantl'Evangile[2] de son Fils, avec quelle continuité je fais mémoire de vous,(10)et demandeconstammentdans mes prières d'avoir enfin une occasion favorable, si Dieu le veut d'aller jusqu'à vous.(13)Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que j'ai souvent projeté de me rendre chez vous-mais j'en fus empêché jusqu'ici-afin de recueillir aussi quelque fruit parmi vous comme parmi les autres nations.(14)Je me dois aux Grecs, comme aux barbares[3], aux savants comme aux ignorants;(15)de là mon empressementà vous porterl'Evangile à vous aussi habitants de Rome.

La thèse de l'Epître.

(16)Car je ne rougis pas de l'Evangile: il est force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d'abord, puis du Grec.(17)Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit:

Le juste vivra par la foi.
Révélation de la justice de Dieu.
3

(21)Mais maintenant,sans la Loi,la justice de Dieus'estmanifestée, attestée par la Loi et les Prophètes,(22)justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ, à l'adresse de tous ceux qui croient - car il n'y a pas de différence:(23)tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu-(24)et ils sont justifiés[4] par la faveur de sa grâce en vertu delaRédemptionaccompliedans le Christ Jésus.(25)Dieul'a exposé, instrument de propiciation par son propre sang moyennant la foi; il voulait montrer sa justice, du fait qu'il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis(26)au temps de la patience de Dieu; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d'être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus ("Celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a fait péché pour nous afin qu'en lui nous devenions justice de Dieu"- 2 Co. 5,21).

(27)Où donc est le droit de se glorifier? Il est exclu. Par quelle genre de loi? Celle des oeuvres? Non, par une loi de foi.(28)Car nous estimons que l'homme est justifié par la foi[5] sans la pratique de la Loi.(29)Ou alors Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement,etnon point des nations?Certes également des nations, (30)puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui justifiera les circoncis en vertu de la foi comme les incirconcis par les moyens de cette foi. (31)Alors par la foi, nous privons la Loi de sa valeur? Certes non! Nous la lui conférons.

Preuve par l'Ecriture.
4

(1)Que dirons-nous d'Abraham notre ancêtre[6] selon la chair[7] ?

(2)Si Abraham tintsajustice des oeuvres,ilade quoise glorifier[8]. Mais non au regard de Dieu.(3)Que dit en effet l'Ecriture? Abraham crut à Dieu, et ce lui fut compté comme justice.(4)A qui fournit un travail on ne compte pas le salaire à titre gracieux: c'est un dû; (5)mais à qui, (indépendamment du travail), croit en celui qui justi- fie l'impie, on compte sa foi comme justice. (6)Exactement comme David proclame heureuxl'hommeà qui Dieu attribue la justice indépendamment des oeuvres[9]:

(7)Heureux ceux dont les offenses ont été remises et les péchés couverts[10].(8) Heureux l'homme à qui le Seigneur n'impute aucun péché(Ps.32,1-2).

(9)Cette déclaration de bonheur s'adresse-t-elle donc aux circoncis ou bien également aux incirconcis? Nous disons, en effet, que la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice.(10)Comment donc fut-elle comptée? Quand il était circoncis ou avant qu'il le fût? Non pas après, mais avant;(11)et il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi qu'il possédait quand il était incirconcis; ainsi devint-il à la fois le père de tous ceux qui croiraient sans avoir la circoncision, pour que la justice leur fût également comptée,(12)et le père des circoncis, qui ne se contentent pas d'être circoncis, mais marchent sur les traces de la foi qu'avant la circoncision eut notre père Abraham.(13)De fait, ce n'est point par l'intermédiaire d'une loi qu'agit la promesse faite à Abraham ouàsadescendance de recevoirlemondeenhéritage,mais par le moyen de la justice de la foi.(14)Car si l'héritage appartient à ceux qui relèvent de la Loi, la foi est sans objet, et la promesse sans valeur;(15)la Loi en effet produit la colère, tandis qu'en absence de loi il n'y a pas non plus de transgression.(16)Aussi dépend-il de la foi,afin d'être don gracieux, et qu'ainsi la promesse soit assurée à toute la descendance, qui se réclame non de la Loi seulement, mais encore de la foi d'Abraham, notre père à tous, (17)comme il est écrit: Je t'ai établi père d'une multitude de nations-notre père devant Celui auquel il a cru, le Dieu qui donne la vie aux morts et appelle le néant à l'existence.(18)Espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi père d'une multitude de peuples selon qu'il fut dit: Telle sera ta descendance.


EXEGESE PATRISTIQUE.


SAINT-JUSTIN

Aux yeux de Justin, comme à ceux de Paul, la circoncision est figure du baptême.

Textes en présence:

Genèse17,12: Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération.

Deutéronome10,16:Circoncisez votre coeur[11] et ne raidissez plus votre nuque.

Jérémie4,4:Circoncisez-vous pour Yahvé, ôtez le prépuce de votre coeur, gens de Juda et habitants de Jérusalem, sinon une colère jaillira comme un feu, elle brûlera sans personne pour éteindre, à cause de la méchanceté de vos actions.

Epitre aux Romains6,3-6:Ignorez-vous que,baptisés dans le Christ Jésus,c'estdans sa mort que tous nousavons été baptisés?

Nous avons donc été ensevelis[12] avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi dans une vie nouvelle.

Que représentent la circoncision pour Justin ? Elle fait partie pour lui des prescriptions cérémoniales et rituelles, non nécessaires:

"Lesjustesavant Abraham n'avaientpasétécirconcis.PourquoiDieu ne leur avait-il pas enseigné cette pratique, pourtant observée par des peuples païens[13] ? Pourquoi Dieu l'a-t-il établie ensuite ?"

Contrairement à Barnabé, qui affirmait que Dieu n'avait jamais voulu la mise en pratique de la circoncision, Justin pense que Dieu a voulu l'imposer aux Juifs et, si l'on en juge par le verset 10,16 du Deutéronome, à cause de "la raideur de leur nuque" et de la dureté de leur cœur. Les voyant incapables de porter une Loi spirituelle, Dieu leur aurait ainsi donné une Loi extérieure. Mais il est clair que le don d'une telle Loi avait une raison plus profonde: celle de préfigurer les réalités futures de l'alliance nouvelle dans le Christ et d'y préparer les esprits. Car pour Justin, les évènements de l'Ancien Testament font partie du dessein et de l'économie de Dieu orientée vers le Christ, en tant qu'il sont déjà une ébauche de ce qui sera accompli dans le Christ. Dans l'alliance ancienne, la circoncision intervenait comme le sceau de la justice de la foi dans le Dieu d'Abraham (Gn.17,11); dans la nouvelle alliance, le baptême intervient comme le sceau de la justice de la foi dans le Christ ressuscité. D'où l'affirmation de Justin:

< Pour nous, qui allons à Dieu, ce n'est pas cette circoncision selon la chair que nous recevons, mais la spirituelle, celle qu' Hénoch et ses pareils observèrent; pour nous, par la miséricorde de Dieu, nous l'avons reçue par le baptême.> La circoncision au huitième jour (Gn.17,12), est figure[14] de la circoncision véritable donnée au nom de Celui qui est ressuscité le huitième jour.>

Ce huitième jour prescrit pour la circoncision correspond, comme il a été déjà précisé à propos de Noé[15], à la huitième période de l'œuvre de Dieu, c'est-à-dire à la Résurrection glorieuse de Son Fils. "C'est dans cette mise en parallèle que résulte l'originalité de l'exégèse de Justin. Mais pour lui, plus profondément, avec la mutation du précepte de l'Ancien Testament quis'opère par lebaptême dans la Résurrection du Christ, il voyait s'étayer sa thèse la plus fondamentale:-J'ai lu qu'il y aurait une loi finale et une alliance la plus importante de toutes; c'est celle que doivent maintenant observer tous les hommes qui prétendent à l'héritage de Dieu-"[16].

Pour conclure cette exégèse concernant la circoncision, il convient d'évoquer les conditions dans lesquelles les Apôtres, en vue de leur évangélisation des Hébreux et des païens, furent amenés à prendre position.L'Assemblée de Jérusalem qui comprenait les Apôtres et plusieurs anciens, après avoir entendu les interventions de Pierre, Barnabé, Paul et Jacques prit la décision de ne plus exiger des païens la circoncision; par contre, il leur était demandé de s'abstenir de souillure, de l'idolâtrie et de l'immoralité, de la viande étouffée (viande dessacrifices païens)etdu sang(homicide). L'Assemblée avait choisi dans ses rangs deux délégués qui accom-pagneraient "les chers Paul et Barnabé" à Antioche; ils seraient porteurs de la lettre contenant ces dernières prescriptions.

CLEMENT D'ALEXANDRIE.

Clément d'Alexandrie se trouveaucentre d'une filiation spirituelle dont il importe de bien cerner les contours. Avant lui, il y a Philon, après lui, Origène.

Par Philon,contemporain du Christ,beaucoup de choses ont étéaccessibles, du fait que ses écrits ont été conservés et traduits[17]. Son entreprise "d'allégorisation" générale de l'Ecriture eut d'im- portantes répercussions au sein de l'école hellénistique que les évêques d'Alexandrie instituèrent dans leur cité vers la fin du IIème siècle. Le premier maître en fut Pantène, vers 180, dont Clément dit, pour l'avoir eu comme enseignant: qu'il "butinait les fleurs comme une véritable abeille dans la prairie des Prophètes et des Apôtrespourdéposerdanslesâmesunegnose[18] toutepure".Philon fut donc à l'origine du rapprochement de la culture juive et de la culture grecque qui se diffusa dans la communauté grecque d'Alexandrie, forte d'une centaine de milliers de personnes et dont la piété traditionnelle,contrairementà celle de leurs coreligionnaires de Palestine, ne leur avait pas interdit l'accès à la langue grecque et à la culture qu'elle diffusait.

Le Mystère de l'Ecriture dans le Mystère du salut.

La fréquentation et l'assimilation des Ecritures par Clément(1300 citations de l'A.T, 2400 du N.T), nous valent un exposé de sa conception personnelle de leur rôle dans l'économie du salut, en un contexte trinitaire.

Pour Clément, les deux testaments ayantété donnés par une sage ordonnance suivant la croissance et le progrès de l'humanité, et sont pourtant un par leur vertu, l'ancien et le nouveau, provenant par l'intermédiaire du Fils, du Dieu unique>(Strom.,II,6,29,2).A sesyeux,leDieu des deux Testaments,car lesmêmes promessesnoussontfaitesqu' aux patriarches>.parledans l'AncienTestamentcomme dans le Nouveau (le Verbe promis et annoncé dans l'A.T. se révèle dans le Nouveau). C'est pourquoi la lumière du Verbe est néces- saire pour obtenir l'intelligence des saintes Ecritures> (Pédag.,I,5,etI,7).

I,9,45).

Cette même Ecriture présente des sens divers, suivant le niveau d'interprétation auquel on se place: sens doctrinal et moral, sens mystique, sens philosophique et psychologique, enfin sens prophétique et religieux. Tous ces sens, Clément s'est efforcé de les explorer dans son exégèse d'une façon assez systématique.

Dans son évangélisation, il s'est plu à bien faire ressortir l'harmoniedes deux Testaments.AuxJuifsquirefusaientl'Evangile, il rappelait que celui-ci interprète et accomplit authentiquement l'Ancien Testament (Strom.,II,6,20), et aux gnostiques, qui dépréciaient la Loi, il remettait en mémoire sa nécessité pour la justification et sa permanence dans la nouvelle Alliance (Strom.,II,7et8).

L'œuvre théologique de Clément d'Alexandrie.

"Clément[19] représente un phénomène toutàfaitoriginalet presque unique dans l'histoire du christianisme. Il est tout d'abord le premier écrivain chrétien à concevoir le dessein d'une vaste entreprise littéraire composée de plusieurs traités et destinée à donner un programme complet de formation spirituelle, calqué sur le programme traditionnel d'enseignementde la philosophie. Il est égalementlepremieràconcevoirlechristianismecommeuneméthode d'accès à la perfection individuelle, comme une école de sagesse. Il est enfin le premier qui, en tant que chrétien,a osé assumer toute la tradition poétique et philosophique grecque[20], et d'une manière plus générale, toutes les traditions religieuses et philosophiques de l'humanité.Pour lui, le Christ, Raisonuniverselle, est identique à la Raison déposée par Dieu à l'origine du monde dans le cosmos et dans l'esprit humain"[21].

Tous les éléments de ce programme original sont contenus dans sa trilogie de direction spirituelle qui comprend:le Protreptique (destiné à convertir en s'appuyant sur les mythes grecs), le Pédagogue (destiné à former les mœurs en faisant référence aux figures bibliques), les Stromates (pour lesquels la vraie philosophie se situe dans l'Ecriture Sainte; ils s'inspirent de l'apocalyptique paulinienne). Ces Stromates qui, entre autres, signifient des parterres multicolores, des tapisseries, sont tout spécialement des exercices spirituels destinés à exercer l'âme du disciple. Ils accompagnaient les Hypotyposes,huitvolumes aujourd'hui perdus, maisquisonttoutde même connusparun résumé[22] qu'en fit Photius et qui autorise à penser que les Stromates pouvaient en constituer l'introduction.

"Ces trois livres de Clément reproduisent les étapes de l'histoire du salut qui sont aussi celles de la conversion des âmes: àlafoi et un second de la foi à la gnose> (Strom.,VII,10,5,4).

Cette oeuvre a le grand mérite d'intégrer les trois symbolismes, grec juif et chrétien:

- l'allégorie grecque, c'est le symbolisme cosmique par lequel les païens ont connu quelque chose de Dieu,àtravers sa manifestation dans le monde, et la symbolique morale par laquelle ils ont connu Dieu par sa révélation dans la conscience.

- la typologie biblique correspond à la révélation historique de Dieu au peuple d'Israël,les actionsdeYahvé dans l'Ancien Testament sont la figure des actions du Christ dans le Nouveau.

- l'exégèse apocalyptique enfin correspond à la manifestation du monde futur et de ses secrets qui s'accomplit dans l'Eglise.

Si l'on voulait comparer l'exégèse de Clément à celles d'Irénée et de Justin (que nous avons par ailleurs précisées), l'on pourrait dire qu'il partage avec eux l'exégèse catéchistique et fondamentale qui est celle de la typologie:ceci est même pourlui l'axe de l'exégèse.Maisilprolonge cette typologie en deux sens:d'une part, il la continue par une exégèse gnostique qui dépasse le niveau du premier enseignement religieux (kérygme); il hérite cette gnose[23] du judéo-christianisme et en partie de l'exégèse philonienne qui est aussi d'origine juive. D'autre part, dépendant encore ici de Philon, il prolonge la typologie par une exégèse cosmique et morale de premier niveau théologique (du type de l'alliance cosmique de Noé) et qui enracine l'histoire du salut dans la religion cosmique"[24].

Cette exégèse, qualifiée de "symbolique" par tout ce qui vient d'être dit, se fonde par ailleurs sur un principe de philosophie grecque, principe lui-même incorporé dans l'Ancien et le Nouveau Testaments: il y a un lien intelligible qui hiérarchise et réunit tous les êtres, qui les fait un sous leur multiplicité apparente[25] et sauvegarde leur multiplicité même par leur cohésion et leur unité; il y a une parenté de tous les êtres entre eux et avec Dieu, une échelle des êtres, une participation des êtres à l'Etre[26].

Clément applique ainsi dans le domaine de l'exégèse le principe, essentiel au christianisme, de l'unité de la création et de l'orientation de tous les êtres, du plus matériel au plus spirituel, vers l'Etre par excellence.


Exégèse symboliquedeClément d'Alexandrie tendant àmontrer qu' Isaac est le type du Seigneur enfant en tant que Fils...Mais il n'a pas été fauché comme le Seigneur, il a seulement porté le bois du sacrifice.

Textes en présence:

Genèse 22:(6) Abraham prit le bois de l'holocauste et le chargea sur son fils Isaac, lui-même prit en mains le feu et le couteau et ils s'en allèrent tous deux ensemble.

Epître aux Hébreux 11:(17)Par la foi,Abrahammis àl'épreuve,a offert Isaac, et c'est son fils unique qu'il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses, (18) lui à qui il avait été dit: c'estparIsaacquetuaurasune postérité.(19)Dieu,pensaitAbraham, est capablemêmede ressusciter les morts;c'estpourcelaqu'il recouvra son fils, et ce fut un signe.

Exploitée par les juifs post-chrétiens contre le Christ, la tradition judaïque et targumique alléguant un Isaac rédempteur, s'est vu répondre par Clément:

(Gn.22,6), lui, Isaac, comme le Seigneur sa croix.. Il riait mystiquement pour prophétiser que le Seigneur nous remplit de joie, nous qui avons été rachetés par le sang. Il n'a pas souffert, laissant au Logos, comme il est naturel, les prémices de la souffrance, mais, de plus, parce qu'il n'a pas été immolé il signifie encore la divinité du Seigneur. Car, après son ensevelissement, Jésus est ressuscité, ne souffrant pas, comme Isaac avait échappé au sacrifice>.

Avec une polémique très accentuée contre le judaïsme de son temps, Clément combine ici l'allusion à He 11,19 et à la typologie d'Isaac par rapport à Jésus: le Christ dépasse Isaac, car il a réellement souffert et ne s'est pas borné à porter la croix. Il est même possible d'y voir une allusion à la mystérieuse conciliation, dans le Christ crucifié, entre l'impassibilité (apatheia) de la nature divine et la passion (pathos) de la nature humaine[27].

"Clément accorde un caractère privilégié au personnage d'Isaac en relation avec la place exceptionnelle qu'il occupe (ce qui n'est pas étonnant) chez le Juif Philon. Mais il intègre l'allégorie morale de Philon (qui identifiait Isaac à la joie, selon l'étymologie de son nom[28]) dans une perspective chrétienne.

Le grand mérite de Clément est d'avoir su orientersonlecteurvers la considération des promesses de Dieu,d'un Dieu quipromet,d'un Dieuquiestlefuturdel'homme.Bien avant Augustin, Clément avait perçu que la foi ne demandepas une adhésion aveugle aux choses invisiblesetà venir, car le présent apporte la réalisation de ce qui était annoncé dans le passé et garantit ainsi que ce qui doit être sera, de telle sorte que [29].

Sous cette manifestation de l'Eternel Présent, Clément peut encore séduirelelecteurmoderne,commeilenchantaNewman[30]auXIXème:

<La large philosophie de Clément et d'Origène m'entraîna... Certaines parties de leur enseignement, magnifiques en elles-mêmes, étaient en mon oreille comme une musique; elles répondaient à des idées que je chérissais depuis longtemps et qui n'avaient besoin que d'un léger encouragement extérieur pour s'épanouir. Elles étaient fondées sur le principe mystique ou sacramentel, et traitaient les différentes économies ou dispensiations de l'Eternel. Je compris qu'elles signifiaient que le monde extérieur, physique et historique, n'était que la manifestation de réalités plus grandes que lui. La nature était une parabole, l'Ecriture une allégorie; la littérature, la philosophie et la mythologie païennes, bien comprises n'étaient que les préambules de l'Evangile...La Sainte Eglise par ses Sacrements et ses fonctions sacrées, restera, après tout, même jusqu'à la fin du monde, un pur symbole des faits célestes qui remplissent l'éternité>[31].

SAINT ATHANASE.

Athanase d'Alexandrie, né en 295, évêque d'Alexandrie à l'âge de trente trois ans, s'est illustré dans des prises de position courageuses face aux évènements de son temps.Faisant front à la crise arienne et s'investissant pleinement dans la bataille théologique nicéenne[32], il fut conduit à mener une vie d'aventure lors de cinq exils[33], au cours desquels il connut toutes les angoisses d'une vie de proscrit;enfin, en scrutant le sens spirituel de L'Ancien Testament, il contribua à la politique anti-judaïque, toujours aussi vive depuis Clément.

Malgré cette agitation, il écrivit une oeuvre considérable par son contenu théologique et par les renseignements sur les évènements et les documents conciliaires en rapport avec la crise arienne. Au moment du retour à la paix, après 366, il écrivit une vie de Saint-Antoine et son Epitre (ou Lettre) à Marcellin sur le Psautier; ces deux écrits joueront un grand rôle dans la propagation de l'idée du monachisme.

Ses "Discours contre les ariens", "contre les païens", ses "Lettres festales", ses "Lettres à Sérapion"[34], ses écrits "Sur l'Incarnation du Verbe" font clairement ressortir sa théologie.

"Pour lui, la génération du Fils, et donc sa distinction avec le Père, est éternelle. La génération est à ses yeux une réelle production. Mais elle est un acte de la nature et de la substance divine et non pas seulement le résultat d'une décision de la volonté du Père. C'est précisément parce qu'elle est que la génération est . Il y a entre le Père et le Fils identité de nature. La force de l'argument d'Athanase, ce qui lui a valu son succès, c'est qu'elle se place dans la perspective de la doctrine du salut. L'homme ne serait pas sauvé si le Christ n'était pas pleine- ment Dieu. En effet, le salut n'est autre que la divinisation de l'humanité; le Verbe de Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. C'est là le centre de la pensée athanasienne. Il y a là une conception très platonicienne du christianisme: l'union du Logos, du Verbe-Dieu avec l'homme-Jésus fait que l'humanité tout entière est en quelque sorte III,33), et ainsi ramenée à la connaissance du monde intelligible, en connaissant Dieu par le Verbe de Dieu lui-même"[35].

En relation intime avec sa conviction profonde,Athanaseénonceun principe général qui lui paraît s'appliquer à toute l'Ecriture: - Le but (skopos) et le caractère ou marque distinctive de l'Ecriture, c'est non seulement de porter en elle cette double nature mais encore les deux temps[36] dans l'existence du Logos (cf. Jn, 5,39: Vous scrutez les Ecritures parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui me rendent témoignage.) -.

"Pour Athanase, comme pour Jean et Paul, ce contenu christique n'est pas projeté de l'extérieur et comme importé dans l'Ecriture. Au contraire, le constitue pour lui l'annonce interne et centrale de la Bible. En d'autres termes, l'Ecriture comme un tout n'aurait aucun sens hors de la communication d'un tel message-clé. Bien compris, le principe athanasien ne fait qu'énoncer une donnée permanente de la foi chrétienne, au point que l'on peut dire que Vatican II l'a en substance repris et canonisé en disant dans sa Constitution Dei Verbum sur la Révélation: <L'économie del'Ancien Testament avaitpour raison d'être princi- pale de préparer l'avènement du Christ Sauveur...d'annoncer prophétiquement cet avènement et de le signifier par diverses figures...Les livres de l'Ancien Testament, atteignent et montrent leur complète signification dans le Nouveau Testament>[37]".


Exégèse d'Athanase tendant à montrer que lorsque Abraham offrait son fils Isaac, il adorait le Fils de Dieu.

Textes en présence:

Evangile selon St Jean8,56:Abraham,votre père,exulta à lapensée qu'il verrait Mon Jour. Il l'a vu et fut dans la joie. (Témoignage de Jésus sur lui-même).

EpîtreauxHébreux11,17:Parlafoi,Abraham,misàl'épreuve,aoffert Isaac, et c'est son fils unique qu'il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses.

Isaïe53,10:Yahvé a voulu l'écraser par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira.

(La parole ici est au prophète qui poursuit la réflexion qu'il vient d'inspirer aux foules, sur l'innocence et la patience du Serviteur, en souhaitant que le Seigneur agrée etrécompenseunetellegénérosité et rende féconde une pareille souffrance).

Psaume40(39),7:Tu ne voulais sacrifice ni oblation, tu m'as ouvert l'oreille[38], tu n'exigeais holocauste ni victime.

Dans ses "Letttres festales", Athanase s'est souvent préoccupé de mettre en garde ses diocésains contre une célébration de la Pâque en compagnie de chrétiens malfaisants (hérétiques, schismatiques) et surtout de juifs. La tentation n'était pas illusoire. Par ailleurs, il devait rappeler continuellement que les figures avaient rempli leur rôle, atteint leur terme, et que le véritable Agneau avait été immolé une fois pour toutesetconséquemment pour Isaac,<ce n'était pas sa mort qui allait libérerlemonde, mais celle de notreSauveur>[39], Jésus, et celle-là seulement.

Citant deux textes relatifsàIsaacetà Jésus(Jn.,8,56 et He.,11,17), Athanase rappelait que ce fut par l'attente et la vision du Christ, et non par des observances légales qu'Abraham connut l'exultation de la fête, ajoutant à ce propos:

<Quand Abraham offrait son fils (Isaac), il adorait le Fils de Dieu; quand il était empêché d'immoler Isaac, c'est le Christ qu'il voyait dans cette brebis offerte, par substitution, en immolation à Dieu>.

Il convient de souligner qu'Athanase, à la différence d'un grand nombre d'interprètes de Gn.,22,2-18[40],avu dans Isaac non seulement le type (tupos) du Christ Agneau sacrifié, mais encore celui du Fils de Dieu - aboutissement loin d'être exempt de sa méthode exégétique -.

Plus apologétique sans doute est sa "Lettre Festale VI", du fait de son argumentation contrelathéologietargumique juive selon laquelle, par son offrande spontanée, Isaac aurait mérité la rédemption:

<Abraham a bien été mis à l'épreuve; celui pourtant qui fut sacrifié, ce ne fut pas Isaac, mais celui qui fut annoncé en Isaïe 53,10. Abraham reçut la défense de porter la main sur l'enfant, de peur que les Juifs, prenant prétexte de l'immolation d'Isaac, ne détournent les prophéties messianiques, en particulier celles du Psaume40(39),7, en évacuant leur application à notre Sauveur. En fait, en ce qui concerne le fils d'Abraham, le sacrifice ne résultait pas d'une offrande d'Isaac, mais d'Abraham, ici, mis à l'épreuve; et ce n'est pas la mort d'Isaac qui libéra le monde, mais seulement la mort de notre Sauveur>.

Dans ce texte, Athanase donne un fondement assez inattendu à la préservation d'Isaac qui lui interdit de positionner le fils d'Abraham dans l'offrande; conforme à la vision de son époque, cette situa- tion ne sera dépassée qu'avec Saint Augustin lorsque le sacrifice d'Abraham et d'Isaac seront intégrés dans "l'éternel plan divin, au sein de l'unique et total sacrifice du Christ et de son Eglise".

En outre, ce plaidoyer, en recourant au verset7duPsaume40(39), a le grand mérite de mettre en relief le caractère spontané du sacrifice de Jésus représenté typiquement par Isaac. Athanase exalte ainsi la supériorité de la réalité préfigurée par le type, sur le type vétéro-testamentaire lui-même. Comment mieux manifester la transcendance de Jésus, le nouvel Isaac, le véritable Agneau de Dieu?

Selon P. Hadot qui a beaucoup étudié les répercussions de l'action spirituelle de Saint Athanase, "il est une de ces personnalités qui, presque seules contre leurs époques, finissent par faire triompher une idée donnant un nouveau cours à l'histoire".


CHAPITRE V


A - CYCLE D'ISAAC ET DE JACOB


B - HISTOIRE DE JOSEPH


Dieu dit à Jacob:" Je suis El Shaddaï. Sois fécond et multiplie. Une nation, une assemblée de nations naîtra de toi et des rois sortiront de tes reins"(Livre de la GENESE,25,11).

Paragraphes d'appui du Livre de la Genèse:
Naissance d'Esaü et de Jacob:(Gn.25,19-28).

Esaü cède son droit d'aînesse:(Gn.25,29-34).

Isaac à Gérar:(Gn.26,1-14).
Les puits entre Gérar et Bersabée:(Gn.26,15-25).
Alliance avec Abimélek:(Gn.26,26-33).
Les femmes hittites d'Esaü:(Gn.26,34-35).
Jacob surprend la bénédiction d'Isaac:(Gn.27,1-46).
Isaac renvoie Jacob chez Laban:(Gn.28,1-5).
Le songe de Jacob:(Gn.28,10-22).
Jacob arrive chez Laban:(Gn.29,1-14)).
Les deux mariages de Jacob:(Gn.29,15-30).

Les enfants de Jacob:(Gn.29,31-35); (Gn.30,1-24).

Fuite de Jacob:(Gn.31,1-19).
Laban poursuit Jacob:(Gn.31,22-44).
La lutte avec Dieu:(Gn.32,23-33).
La rencontre avec Esaü:(Gn.33,1-11).
Jacob se sépare d'Esaü:(Gn.33,12-17).
Arrivée à Sichem:(Gn.33,18-20).

Violence faite à Dina et vengeance de ses frères:(Gn.34,1-31).

Jacob à Béthel:(Gn.34,1-15).

Naissance de Benjamin et mort de Rachel:(Gn.35,16-20).

Les douze fils de Jacob:(Gn.35,23-26).
Térah

......................I.....................................

Nahor Abraham

(Milka) (Agar) (Sara)

...........I................... I I
Bétuel Qemuel Ismaël Isaac
Laban Rébecca Aram (Rébecca)

....I......... ........I............

Léa Rachel Esaü Jacob

Les fils de Jacob furent au nombre de douze.

Fils de Léa: Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon.

Fils de Rachel: Joseph, Benjamin.

Fils de Bilha (la servante de Rachel): Dan, Nephtali.

Fils de Zilpa (la servante de Léa): Gad et Asher.

Mort d'Isaac:(Gn.35,27-29).
Migration d'Esaü:(Gn.36,6-8).
Jacob demeure au pays de Canaan:(Gn.37,1).


HISTOIRE DE JOSEPH
.
Joseph et ses frères:(Gn.37,2-11).
Joseph vendu par ses frères:(Gn.37,12-36).
Les débuts de Joseph en Egypte:(Gn.39,1-6).
Joseph et la séductrice:(Gn.39,7-20).
Joseph en prison:(Gn.39,21-23).

Joseph interprète les songes des officiers

de Pharaon:(Gn.40,1-23).
Les songes de Pharaon:(Gn.41,1-36).
Elévation de Joseph:(Gn.41,4-49).
Les fils de Joseph:(Gn.41,50-52).
La famine:(Gn.41,53-57).
Première rencontre de Joseph et
de ses frères:(Gn.42,1-24).
Retour des fils de Jacob en Canaan:(Gn.42,25-38).

Les fils de Jacob repartent avec Benjamin:(Gn.43,1-14).

La rencontre chez Joseph:(Gn.43,15-34).
Le retour interrompu:(Gn.46,1-17).
L'intervention de Juda:(Gn.44,18-34).
Joseph se fait connaître:(Gn.45,1-15).
L'invitation de Pharaon:(Gn.45,16-20).
Le retour en Canaan:(Gn.45,21-28).
Départ de Jacob pour l'Egypte:(Gn.46,1-7).
L'accueil de Joseph:(Gn.46,28-34).
L'audience de Pharaon:(Gn.47,1-6b).
Dernières volontés de Jacob:(Gn.47,27-31).

Jacob adopte et bénit les deux fils de joseph:

(Gn.48,1-9 et 13-22).

Bénédictions de Joseph:(Gn.49,1-2,8-12 et 28).

Derniers moments et mort de Jacob:(Gn.49,29-33).

Funérailles de Jacob:(Gn.50, 1-2 et 7-14).

De la mort de Jacob à la mort de Joseph:(Gn.50,18-27).



COMMENTAIRE DU MOYEN-AGE[41]

L'Echelle de Jacob

Ce commentaire nous vient de Rupert de Thuy[42], moine et théologien, élu Abbé de Thuy en Rhénanie en 1120. Il est extrait de son premier ouvrage "L'Office divin (De Devinis Officis) écrit en 1111.

" Tout en haut de cette échelle, qui par son sommet touchait les cieux, appuyé sur elle, le Seigneur apparut à Jacob, et lui promit pour sa postérité l'héritage de la terre, alors précisément que sur l'ordre paternel et pour assurer cette postérité, il allait recevoir une épouse venue de la maison et de la parenté de son père et de sa mère...Or, nous le savons, "tout leur arrivait en figure". Que préfigurait donc cette échelle sur laquelle le Seigneur apparut appuyé de la sorte, sinon la lignée d'où Jésus-Christ devait naître, lignée que le saint évangéliste, d'une bouche divine, a ordonnée de telle sorte qu'elle aboutit au Christ en passant par Joseph? A ce Joseph, le Seigneur, petit enfant est appuyé...

Par la Porte du ciel-porte que le suprême degré de l'échelle, je veux dire le bienheureux Joseph, touche parsadignitéd'époux-par la Porte du ciel, dis-je, c'est-à-dire par la bienheureuse Vierge, Notre Seigneur, fait pour nous petit enfant, sort en vagissant. Il sort, appuyé sur l'échelle de la façon que j'ai dite plus haut. Là, nous l'entendons qui,en signe de grande bénédiction, nous promet notre salut, c'est-à-dire le salut des Gentils, ou plutôt nous le voyons qui déjà remplit sa promesse. Car en son sommeil Jacob entendit le Seigneur lui dire:"Et dans ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre". Et maintenant, ce fait est accompli dans la naissance du Christ.

Ce que considérant en vérité, le divin évangéliste inséra nommé- ment dans sa généalogie Raab la prostituée et Ruth la Moabite; car il voyait bien que le Christ n'est pas venu en chair pour les Juifs seulement, mais aussi pour les Gentils, lui qui daigna recevoir des mères prises parmi les Gentils. C'est ce qu'à l'avance avaient attesté les Prophètes. Tel David, disant: "Je me souviendrai de Raab et de Babylone", c'est-à-dire de toute l'ampleur des nations mélangées. Raab en effet veut dire "ampleur", et Babylone"mélange"[43]. Tel encore Isaïe, disant dans sa vision sur Moab: "Envoie l'Agneau Seigneur, qui doit dominer la terre, l'Agneau venu de la pierre du désert à la montagne de la fille de Sion." C'était comme s'il disait ouvertement: "Seigneur, tu enverras le Christ, ton Agneau, du milieu des Gentils, pour que l'Israël charnel ne se glorifie pas de lui comme de son bien propre, cet Israël aux sentiments duquel il répugne manifestement que tu tires ce même Christ des Gentils pour l'envoyer à la montagne de la fille de Sion." Car la pierre du désert désigne Ruth la Moabite, qui, se tenant debout sur le roc d'une foi solide, oublieuse de son peuple et des dieux paternels, vint avec Noémi, et, s'étant unie à Booz le Bethléémite, engendra Obed l'aïeul du roi David: par quoi elle devint elle aussi l'aïeule du Sauveur?

Venus donc de deux peuples,le Juif et le Gentil,comme des deux côtés de l'échelle, les anciens Pères, placés aux différents degrés, soutiennent le Christ Seigneur qui sort du haut des cieux; et tous les saints anges descendent et montent le long de cette échelle, et tous les élus sont pris d'abord dans le mouvement de descente, pour recevoir la foi en l'incarnation du Seigneur, et sont ensuite élevés afin de contempler la gloire de sa divinité. D'où cette autre parole prononcée par le Seigneur lui-même: "En vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'Homme"[44]: c'est à-dire que, soutenus et soulevés par le Fils de l'Homme , vous verrez tous les saints montant vers Dieu, les enceintes des cieux leur étant ouvertes par la Rédemption du Fils de l'Homme. Mais, afin de pouvoir ainsi monter, d'abord ils descendent, en esprit d'humilité, pour adorer sa croix et sa passion.

C’est ce double mouvement de montée et de descente que Luc et Matthieu semblentinsinuer,lorsquel'un,Matthieu,établit sa généalogie selon un ordre descendant, tandis que l'autre, Luc, l'établit dans l'ordre ascendant[45].Car le Dieu fait homme, vagissant dans l'étable, nous invite à nous abaisser à l'exemple de son abaissement; mais une fois que, baptisé, il commence à lancer les éclairs de ses miracles, il soulève ceux qui s'étaient abaissés à sa suite et leur fait pénétrer la gloire de sa divinité[46]."

Points de repères fournis par l'archéologie:

A Harran[47], en pays araméen, Jacob passa vingt ans à garder les troupeaux de Laban. L'archéologie a enrichi notre connaissance de la région et permis de mieux explorer la première moitié du second millénaire av. J.C. où se situent les patriarches (période la plus tardive du bronze moyen -2000 à -1600 av.J.C.). Connue par son économie pastorale, cette région semble avoir eu un commerce florissant (vers Canaan, l'Anatolie, voire la Crête et Chypre).Harran,citéimportante du N.O dela Mésopotamie, était construite à quelques 1350 km de Bersabée, ville où Jacob avait sa maison. La découverte de particularités archéologiques a permis de prouver l'existence de relations étroites avec Canaan. Ont été mis à jour:

- par les Français en 1933, la ville de Mari, en Mésopotamie, sur la rive ouest de l'Euphrate, avec son palais de Zimri-Lim.

- par les Italiens en 1964, la cité d'Ebla (Tell Mardikh), en Syrie du Nord (58 km au S-E d'Alep),avec son grand temple.Dans ces deux villes datantdela même époque,des dizaines demilliers de tablettes cunéiformes ont été retrouvées; en provenance de Mari, 25.000 textes retracent la vie sociale et les activités de la région, certains décrivant l'intervention divine dans les songes.




CHAPITRE VI.


A - DELIVRANCE D'EGYPTE
B - MARCHE AU DESERT

"Si tu écoutes bien la voix de Yahvé ton Dieu et fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l'oreille à ses commandements et observe toutes ses lois, tous les maux que j'ai infligés à l'Egypte, je ne te les infligerai pas, car je suis Yahvé, celui qui te guérit" (Livre de l'EXODE,15,26).

Paragraphes d'appui du Livre de l'Exode:

Les descendants de Jacob:(Ex.1,1-7).
Oppression des Israélites:(Ex.1,8-22).
Naissance de Moïse:(Ex.2,1-10).
Fuite de Moïse en Madian:(Ex.2,11-22).
Dieu se souvient d'Israël:(Ex.2,23-25).
Le buisson ardent:(Ex.3,1-6).
Mission de Moïse:(Ex.3,7-12).
Révélation du nom divin:(Ex.3,13-15).

Instructions relatives à la mission de Moïse:(Ex.3,16-20).

Prévision de la spoliation des Egyptiens:(Ex.3,21-22).

Pouvoir des signes accordés à Moïse:(Ex.4,1-9).
Aaron interprète de Moïse:(Ex.4,10-17).

Départ de Moïse de Madian et retour en Egypte:(Ex.4,18-23).

Circoncision du fils de Moïse:(Ex.4,24-26).
Rencontre avec Aaron:(Ex.4,27-31).
Première entrevue avec Pharaon:(Ex.5,1-5).
Instructions aux chefs de corvée:(Ex.5,6-14).
Plaintes des scribes hébreux:(Ex.5,15-18).
Nouveau récit de la vocation de Moïse:(Ex.6,1-13).
Généalogie de Moïse et d'Aaron:(Ex.6,14-27).

Cet arbre généalogique concerne Lévi, l'un des douze fils de Jacob, auquel se rattachent à la fois Moïse et Aaron.

Lévi
I
I
....................I....................

Gershôn Qehat Memri

I
I

................I.................................

Amram Yiçhar

(Yokébed) I

I I

..............I........................ I

I I I I
Aaron Miryam Moïse Coré
(Elishéba) (Cippora)
I I
I I
..........I............................. .......I.................
Nadab Abihu Eléazar Itamar Gershom Eliézer
I
I
Pinhas
Notes:

Qehat et Amram vécurent respectivement 133 et 137 ans.

Amram épousa Yokébed, sa tante.

Moïse et Aaron seront les deux serviteurs de Dieu qui libéreront Israël du joug égyptien.

Parmi les quatre fils d'Aaron, Nadab et Abihu mourront sans descendance, en présence de leur père, à la suite d'une faute commise dans le sanctuaire; les deux autres fils, Eléazar et Itamar assureront la succession dans le service sacerdotal. Leur descendance sera répartie par David en24classes:"on forma seize classes avec les chefs de famille des fils d'Eléazar et huit avec ceux des fils d'Itamar". Quant à Pinhas, fils d'Itamar, "il obtint une alliance de paix de Yahvé" dans les circonstances décritesenNb.25,7-13.

Reprise du récit de la vocation de Moïse:(Ex.7,1-17).

Le bâton changé en serpent:(Ex.7,8-13).
Les dix plaies d'Egypte.
L'eau changée en sang:(Ex.7,14-25).
Les grenouilles:(Ex.8,1-10).
Les moustiques:(Ex.8,12-15).
Les taons:(Ex.8,16-28).
Mortalité du bétail:(Ex.9,1-7).
Les ulcères:(Ex.9,8-12).
Les sauterelles:(Ex.10,1-20).
Les ténèbres:(Ex.10,21-29).

Menace de mort pour les premiers-nés d'Egypte:(Ex.11,1-10).

Annonces faites à Moïse et à Aaron.
Institution de la Pâque:(Ex.12,1-14).
Institution de la fête des azymes:(Ex.12,15-20).
Mise en oeuvre des annonces.

La Pâque:(Ex.12,21-28).

Mort des premiers-nés:(Ex.12,29-34).
Spoliation des Egyptiens:(Ex.12,35-36).
Départ d'Israël:(Ex.12,37-42).

La sortie d'Egypte: vous ferez ceci en souvenir de ce jour-là.

Rituel de la Pâque:(Ex.12,43-51).
Rituel des azymes:(Ex.13,3-10).
Consécration à Yahvé des premiers-nés:(Ex.13,11-16).
Première marche des Israélites:(Ex.13,17-22).
D'Etam à la mer des Roseaux:(Ex.14,1-4).
Les Egyptiens à la poursuite d'Israël:(Ex.14,5-14).
Miracle de la mer:(Ex.14,15-31).
Chant de victoire:(Ex.15,1-21).
LA MARCHE AU DESERT
Mara:(Ex.15,22-27).
La manne et les cailles:(Ex.16,1-36).
L'eau jaillie du rocher:(Ex.17,1-7).
Combat avec Amaleq:(Ex.17,8-16).
Rencontre de Jethro et de Moïse:(Ex.18,1-12).
Institution des Juges:(Ex.18,13-27).

EXEGESE PATRISTIQUE.


ORIGENE

Avant d'aborder sa vie et sa méthode exégétique, il y a lieu de préciser qu'au sens strict du terme, Origène n'est pas Père de l'Eglise, faute d'avoir été évêque. A l'origine, en effet, pour recevoir ce titre, il fallait avoir été sacré évêque et avoir joué un rôle éminent au sein de l'Eglise. L'évêque, en effet, est plus que tout autre le "père" de son Eglise particulière parce qu'il en est le docteur autorisé. Par la suite, les marques par lesquelles on reconnut un "Père de l'Eglise" furent les suivantes:-science orthodoxe,-sainteté de vie,-reconnaissance et approbation de l'Eglise (au moins indirectement),-appartenance à l'Eglise ancienne,-participation au Collège épiscopal (à titre d'élément ordinairement essentiel).

C'est d'ailleurs à Augustin qu'est dû l'élargissement de la notion de "Père", lorsqu'il considéra Jérôme comme tel, n'élargissant la notion qu'à un homme ayant reçu le sacrement de l'Ordre. En définitive, pour Origène, dans la mesure où son enseignement a nourri nombre de "Pères en titre", la question de sa "non Paternité" n'est plus guère que formelle.

Théologien et exégète renommé, Origène naquit à Alexandrie vers 185 dans une famille chrétienne.Son père, Léonide,mourut martyr en 202.

-A dix huit ans, il fut chargé par Démétrius, évêque d'Alexandrie, d'un enseignement catéchétique, c'est-à-dire de la formation et de l'initiation des futurs baptisés. A partir de ce moment toute sa vie fut consacrée à la prédication et à l'exégèse de l'Ecriture, mais dans un certain esprit:celui de Pantène[48] etde son successeur au "didascalée"[49], Clémentd'Alexandrie, qui considéraient la culture grecque,littéraireet philosophique comme unepréparationindispensable à la réception de l'enseignement chrétien. C'est pourquoi il suivit à Alexandrie les cours du "maître des disciplines philosophiques",le fameux Ammonios Saccas.A lafaçonde Clément,Origène conçoit le christianisme commeunephilosophie,c'est-à-dire comme un style de vie. Mais il est moins humaniste que lui et il insiste beaucoup sur l'ascétisme: jeûnes, veilles, pauvreté.(On a vu dans sa célèbre mutilation volontaire un rapport étroit avec le texte évangélique:"Il ya des eunuques quisesontrendustelseux-mêmes pourleroyaume de Dieu[50]"). Lorsqu'il entra dans sa vingt-huitième année, il prit la tête de l'école catéchétique d'Alexandrie à la suite de Clément (filiation Pantène-Clément-Origène);il formad'innombrablesdisciples. Le rayonnement de son enseignement fut si grand que même les milieux païens s'intéressèrent à lui. L'activité, la renommée, peut-être aussi la hardiesse des vues d'Origène semblent avoir provoqué sa rupture avec son évêque Démétrios,qui trouva l'occasion de le faire condamner lorsque, au cours d'un voyage en Palestine, il fut ordonné prêtre par les évêques de la province (230). Cette ordination était en effet illégale en raisonde samutilation volontaire.Un synode réunipar Démétrios en 231, interdit à Origène de séjourner et d'enseigner à Alexandrie. Il s'installa donc définitivement à Césarée de Palestine sous la protection de l'évêque Théoctite grâce à qui il put poursuivre son enseignement etsa prédication[51].- Son enseignement lui valut une réputation universelle, d'autant qu'il parcourut l'Orient, et alla même jusqu'à Rome[52].

La pensée origénienne.

- La pensée origénienne et l'essence de l'origénisme ont étéinterprétés dans des sens extrêmement différents; ils sont beaucoup plus complexes que ne le laissent supposer les simplifications outrancières qui se sont donné libre cours aux IVème et au Vème siècles alimentant certains conflits doctrinaux qui ont divisé l'Eglise grecque à cette époque.Les thèses condamnées[53] par différentsconciles et par l'empereur Justinien (édit de 543 visant l'origénisme) correspondent plus à la systématisation que certains disciples ont imposée à la doctrine de leur maître (Evagre le Pontique en particulier) sans compter les déformations quelesadversairesontinfligées à celle-ci, pour mieux la condamner. Ce serait une erreur d'appliquer à Origène tout esprit de système qui aurait eu pour but d'édifier un corps de doctrine définitif et figé. Ses synthèses furent avant tout des appels à l'esprit de libre recherche, des exercices spirituels destinés à élever l'esprit à un point de vue supérieur, des exhortations à l'audace individuelle[54].-

Aux jours d'Origène, l'Eglise connut alternativement des périodes de paix et de persécutions;parmiles empereurs qui se succédèrent à une cadence rapide, certains furent favorables au christianisme, d'autres lui furent hostiles.

-Ce fut aussi une période où les hérésies étaient là, et actives. La sensibilité très vive d'Origène, profondément blessée par son expulsion d'Egypte, jointe à son amour pour le Christ et l'Eglise, le poussa à réagir contre les hérétiques, notamment les Marcionites qui "haïssaient Dieu et sa parole"[55]. Cette lutte jointe à son humilité: "Priez pour que je devienne un juste", va bien à l'encontre de l'idée d'un Origène hérétique qui s'est transmise durant des siècles. Ses homélies nous montrent aussi l'Alexandrin, sous trois autres aspects: homme de l'Ecriture, homme d'Eglise et pasteur, et enfin homme de prière, contemplatif et mystique[56].-

La démarche exégétique d'Origène.

On voit se dessiner la démarche originale d'Origène dans telle ou telle des formules de Clément qui fut son maître, celle-ci en particulier: "La foi au Christ et la gnose[57] de l'Evangile sont exégèse et accomplissement de la Loi".

C'est tout spécialement en fonction du caractèredivinement inspiré de l'Ecriture qu'Origène y chercha une méthode d'exégèse: "La voie correcte pour comprendre les Ecritures et chercher leurs pensées, nous estimons qu'elle est ceque l'Ecriture elle-même nous apprend à penser[58]".

-Voici comment Origène parvient à déceler sa méthode dans le contexte de son enquête biblique:

Dans les Proverbes de Salomon, nous trouvons un commandement de cegenre donné au sujet de l'examen attentif de la divine Ecriture: - Et toi, écris-les trois fois avec réflexion et connaissance, pour que tu répondes des paroles de vérité à ceux qui t'ont interrogé" (Prov.,22,20-21). Il faut donc que chacun inscrivetrois foisenson âme le sens des saintesEcritures: alors le lecteur le plus simple sera édifié par ce qui est, pour ainsi dire le corps de l'Ecriture (nous appelons ainsi l'interprétation qui suit le récit c'est-à-dire l'interprétation littérale), mais ceux qui ontdéjà commencé un peu à progresseretdontle regardpeut être plus large seront édifiés par l'âme de l'Ecriture; et les parfaits devenus semblables à ceux dont l'apôtre dit: "nous disons la sagesse parmi les parfaits,non pas la sagesse dece siècle, ni des princes de ce siècle, voués à la destruction, mais nous disons la sagesse de Dieu cachée dans le mystère, celle que, dès avantlessiècles, Dieu a par avance destiné pour notre gloire" (1 Co.2,6-7), les parfaits seront édifiés par la loi spirituelle (Rm.,7,14) qui contient"l'ombre des biens à venir" (He.10,1)[59].

Il existe donc trois sens distincts dans l'Ecriture, trois sens que percevront respectivement les commençants (ou littéralistes), les progressants et les parfaits. Les commençants ne pourront saisir que le premier,les progressants seulement les deux premiers;seuls les parfaits pourront saisir tous les trois. Origène précise encore le parallélisme anthropologique de ces trois sens: "De même que l'homme est composé d'un corps, d'une âme et d'un esprit (cf.1Th.5,23)[60], de même aussi est composée la sainte Ecriture, donnée pour le salut des hommes par la générosité de Dieu"[61].

Compte tenu des éléments de référence, le premier des trois sens est pour Origène tantôt sens corporel, tantôt sens littéral et il doit être recherché avant tout autre, car il est le "sens historique". L'Alexandrin,représentévolontierscomme unallégoristedédaigneux de l'histoire, n'hésite pourtant pas à conforter son exigence: "Il y a beaucoup plus de choses qui se sont vérifiées réellement au sens historique qu'iln'y en ad'ajoutées pour être comprises simplement au sens spirituel"[62].

Origène s'est heurté au fait que ce sens littéral, auquel on devait s'attacher, pouvait quelquefois"désigner non seulement des choses illogiques[63], mais même des choses impossibles", ce qui obligeait à ne pluss'y attarder,parce que de toute façon incomplet, et à "chercher dans les Ecritures inspirées de Dieu, un sens digne de Lui". D'où son effort pour passer rapidement au sens spirituel ou allégorique qui, lui, était toujours valablement présent.

Ce sens spirituel se rapporte "aux biens spirituels" consécutifs à la contemplation des mystères dela sagesse divine,soit dans l'Eglise, soit dans le monde, soit dans l'âme.

- Ce sens spirituel, remarquons-le, intègre une vision platonicienne de l'univers. Toute la nature visible n'est que le symbole du monde invisible et chaque individu a son correspondant, son type, son modèle dans l'idéal...Qu'il s'agisse de récits, de prescriptions, de noms ou de chiffres, il n'est rien qui ne soit exprimé par figure: le privilège des maîtres est d'interpréter correctement ces images et ces symboles...Origène interprète souvent, à la suite de Philon, les données scripturaires comme des allégories des réalités morales. Ainsi les arbres du Paradis sont les vertus; l'arche du déluge est l'âme, Agar représente la culture profane, Sara la Sagesse. Tout une symbolique philosophique se substitue à la typologie biblique..

De plus,chez Origène,le sens spirituel intègre toute la topologie ou analogie entre les actions de Dieu dans les évènements, les institutions et les personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ici, Origène, en continuateur de Justin et d'Irénée, sait qu'il prolonge la Tradition commune de l'Eglise. Pour ne donner ici qu'un seul exemple, la sortie d'Egypte figure la libération baptismale[64].-

-La recherche du sens spirituel ne va d'ailleurs pas sans un certain ésotérisme: dans les mystères du salut sont intégrés des mystères de l'au-delà, puisés dans les traditions apocalyptiques apocryphes chères au judaïsme et au judéo-christianisme. On retrouvera cette tendance ésotérique dans le système théologique d'Origène; dans son exégèse, le moindre détail de l'histoire de l'Ancien Testament devient le signe et la figure des évènements terrestres ou célestes de l'histoire du salut.

Pour Origène, comme le montre bien le texte qui suit, l'Ecriture est, au même titre que l'humanité du Christ,un des modes de la présence du Verbe divin dansle monde. Par elle, la Sagesse éternelle, la Parole substantielle de Dieu devient la nourriture de l'âme.

"L'Esprit Saint a voulu envelopper et cacher dans des paroles ordinaires, sous l'écran d'une histoire et du récit de choses visibles, des mystères secrets...A travers le récit de guerre et la description faisant alterner vainqueurs et vaincus[65], quelques uns des mystères ineffables se révèlent aux hommes qui savent examiner à fond les textes de ce genre...Tous ces textes ont été tissés par un art divin de la sagesse afin de former une sorte de revêtement et de voile pour les significations spirituelles et voilà ce que nous avons appelé le corps de la Sainte Ecriture; et le but était que, par le moyen de ce que nous avons appelé le revêtement de la lettre tissé par l'art de la sagesse , les hommes puissent, le plus nombreux possible, être édifiés et progresser, qui autrement ne le pourraient pas[66] ".

La compréhension de la Parole divine à travers le texte sacré dépend de la disposition intérieure de l'âme, de sa docilité au Verbe divin. La vie spirituelle correspond à un progrès continuel dans l'intelligence spirituelle de l'Ecriture. Selon les étapes du progrès spirituel, selon la transformation intérieure de l'âme, des aspects sans cesse nouveaux du Verbe divin se révèlent à celle-ci: de nouveaux noms du Verbe lui deviennent intelligibles.

Comme son systèmethéologique,la méthode exégétique d'Origène est dominée par la notion de révélation progressive et d'éducation lente et graduelle des créatures spirituelles[67].-

Toujours présente à son esprit, sa théorie des trois sens s'est révélée dans son exégèse, ses homélies et commentaires comme une théorie typologique à trois plans empruntée à l'Epitre aux Hébreux (He.,10,1)[68] et à la structure ternaire qu'elle nous propose: ombre,image, vérité[69].A l'ombre de l'Ancien Testament succède l'image du Christ et de son Eglise,laquelle seconsommera dans la vérité du Royaume.Appliquée avec succès,elle constituera la valeur permanente de son oeuvre.

Le lecteur doit être averti que la pensée origénienne et l'essence de l'origénisme ont été interprétés dans des sens extrêmement différents: pour les uns, il s'agit purement et simplement d'un système néo-platonicien;pour d'autres, sans que son christianisme soit en doute, il y a conflit entre la foi traditionnelle et le système philosophique. D'autres enfin, comme H.Crouzel, se sont plu à reconnaître chez lui une grande sagesse mystique.

L'eau de Mara.

"Ils arrivèrent à Mara, mais ils ne purent en boire l'eau, parce qu'elle était amère. C'est pourquoi ce lieu fut appelé Mara...Yahvé indiqua à Moïse un bois; Moïse le jeta dans l'eau, et l'eau devint douce"(Ex.,15,23-25).

Le breuvage de la Loi est amer, très amer...Mais si Dieu montre le bois qu'il faut jeter dans cette amertume pour la changer en douceur, alors on pourra boire...

Salomon nous dit quel est ce bois lorsqu'il appelle la sagesse "bois

de vie pour tous ceux qui l'embrassent"(Prov.3,18). Si donc le bois de la sagesse-du Christ-est mis dans la Loi, nous montrant comment il faut comprendre la circoncision et le sabbat, comment la législation sur la lèpre doit être observée, comment il faut discerner le pur et l'impur, alors l'eau de Mara devient douce, l'amertume de la Loi se change en la douceur de l'intelligence spirituelle et le peuple de Dieu peut étancher sa soif.

Car si tout cela n'est pas interprété en esprit, le peuple, qui a laissé les idoles et s'est tourné vers Dieu, entendant les prescriptions sur les sacrifices, est aussitôt repoussé; il ne peut boire, il sent qu'il y a là quelque chose d'amer et d'âpre...

Aussi, pour que cette eau de Mara puisse être bue, Dieu indique le bois qu'il faut y jeter, afin que celui qui y aura bu ne meure point, qu'il n'en sente même pas l'amertume. D'où il apparaît que si quelqu'un veut boire à la lettre de la Loi sans le "bois de vie", c'est-à-dire sans le Mystère de la Croix, sans la foi du Christ, sans l'intelligence spirituelle, l'amertume extrême de ce breuvage le fera mourir. Sachant cela, l'Apôtre Paul disait que la "lettre tue", ce qui était dire ouvertement que l'eau de Mara est mortelle si on la boit avant qu'ellesoitchangée ettournée en douceur[70](InExodum,h.7).

SAINT EPHREM

Chez Ephrem[71],la référence constante àl'Ancien Testament pour expliquer le Nouveau a le mérite de mettre en relief la pensée des auteurs inspirés qui ont produitce dernier.Son exégèsethéologique de la relation entre Moïse et Jésus est, de ce point de vue, particulièrement fructueuse.

Exégèse tendant à montrer que tout cela arriva avec Moïse au désert afin que s'accomplit la parole: "comme moi".

Textes en présence:
Evangile de saint Jean:

6 :(11)Alors Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua aux convives, de même aussi pour les poissons, autant qu'ils en voulaient.(12)Quand ils furent repus, il dit à ses disciples: "Rassemblez les morceaux en surplus, afin que rien ne soit perdu".(13)Ils les rassemblèrent donc et remplirent douze couffins avec les morceaux des cinq pains d'orge restés en surplus à ceux qui avaient mangé.(14)A la vue du signe qu'il venait de faire, les gens disaient: "C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde".

19 :(25)Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère,Marie,femme de Clopas et MariedeMagdala.(26)Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait dit à sa mère: "Femme, voici ton fils".(27)Puis il dit au disciple: "Voici ta mère". Dès cette heure-là le disciple l'accueillit chez lui.

Deutéronome:

18 :(15)Yahvé ton Dieususciterapour toi,dumilieude toi, parmi tes frères, un prophète comme moi, que vous écouterez.

31 :(7)Puis Moïse appela Josué et lui dit aux yeux de tout Israël: "Sois fort et tiens bon: tu entreras avec ce peuple au pays que Yahvé a juré à leurs pères de leur donner et c'est toi qui les en mettras en possession.(8)C'est Yahvé qui marche devant toi, c'est lui qui sera avec toi: il ne te délaissera pas et ne t'abandonnera pas".

34 :(6)Yahvé l'enterra dans la vallée, au pays de Moab, vis à vis de Bet-Péor. Jusqu'à ce jour nul n'a connu son tombeau.

Evangile de saint Matthieu:

14 :(25)A la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer.(26)Les disciples le voyant marcher sur la mer furent troublés: "C'est un fantôme" disaient-ils, et pris de peur, ils se mirent à crier.

17 :(1)Six jours après,Jésus prend aveclui Pierre, Jacques, et Jean son frère, et les emmène, à l'écart, sur une haute montagne.(2)Et il fut transfiguré devant eux: son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière.(3)Et voici que leur apparurent Moïse et Elie, qui s'entretenaient avec lui.(4)Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus: "Seigneur, il est heureux que nous soyons ici; si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie;(5)comme il parlait encore voici qu'une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et voici qu'une voix disait de la nuée: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur, écoutez-le".

27 :(52)De nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent;(53)ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville Sainte et se firent voir à bien des gens.

Exode:

24 :(10)Ils virent le Dieu d'Israël. Sous ses pieds, il y avait comme un pavement de saphir, aussi pur que le ciel même.

A partir de ces extraits de l'Ecriture, commentant le discours sur le pain de vie, Ephrem nous propose le texte suivant:

Rassasiés au désert comme jadis les Israélites à la prière de Moïse, ils (les Apôtres) s'écrièrent: "Celui-ci est le prophète dont il est dit qu'il viendra dans le monde" (Jn,6,14). Ils faisaient allusion aux parolesde Moïse:"Le Seigneur vous susciteraunprophète"(Deut,18, 15),non pasn'importelequel,mais unprophètecomme moi,quivous rassasierade pain dansle désert.Comme moi:il a marché sur lamer (Mt,14,25-26); il est apparu dans la nuée (Mt,17,5); il a libéré son Eglise de la circoncision; il a remplacé Josué, le fils de Nun, par Jean qui était vierge et il lui a remis Marie, son Eglise[72] (Jn,19,25-27) comme Moïse remit son troupeau à Josué (Dt,31,7-8).

Tout cela arriva afin que s'accomplisse la parole: "comme moi".

-Pouvait-on montrer de façon plus dense et plus convaincante, en partant de l'épisode de la "Multiplication des pains" de l'Evangile, mais non sans faire allusion à d'autres, que Jésus est le nouveau Moïse, dépassant le premier tout en accomplissant sa figure? De même,Ephrem montredans son"Commentairedel'Evangile concor- dant"[73] qu'il y a plus de raisons aujourd'hui pour croire en Jésus que les Juifs et le Pharaon n'en avaient eu pour "croire en Moïse", alors, souligne-t-il, "qu'aucune révélation n'avait été faite à ce sujet par un prophète et qu'aucune voix n'avait été entendue dans le ciel". Et Ephrem d'insister sur l'importance des signes et des miracles pour provoquer la foi, soit en Moïse, soit en Jésus.

L'extrême intérêt que suscite la figure de Moïse chez Ephrem s'ex- plique sans doutenon seulement par sonimportance dans l'histoire du peuple de Dieu, mais encore par l'influence, même combattue, du Judaïsme ambiant. Pour Ephrem, et cela est décisif, Moïse n'est pas seulement le législateur, transmettant à Israël la loi ancienne, il est encore le prophète, annonçant, en actes et en paroles, Jésus, le nouvel Israël et même son Eglise, "la Jérusalem d'en haut notre mère, qui est apparue à Moïse sur la montagne" (Ex.,24,10). En scrutant à la lumière de Jésus la personne et le destin de Moïse, Ephrem se rapproche tout à la fois du monde juif et de Jésus, non sans percevoir mieux sa transcendance. Un trait notamment manifeste la supériorité de Jésus sur Moïse: le récit de la Transfiguration, lu à la lumière de Mt27,53, nous apprend que Jésus a ressuscité ce Moïse dont personne n'avait vu la sépulture (Dt.,34,6).

Désormais, dans l'Eglise que Moïse avait contemplée sur la montagne, Jésusa exalté sesdisciples et envoyés enles rendant"sembla- bles à Moïse": en effet, celui-ci portait avec lui les ossements des justes, de même que les apôtres portaient avec eux le corps qui justifie tous les corps[74].-

Ala faveur de cesexégèses,l'interdépendancedesdeuxTestaments est clairement mise en évidence. VaticanII, dans Dei Verbum, insistera sur cette complémentarité à fin pédagogique: "Les livres de l'Ancien Testament, intégralement repris dans le message évangélique, atteignent et montrent leur complète signification dans le Nouveau Testament auquel ils apportent en retour lumière et signification".

SAINT GREGOIRE LE GRAND

Au sein de la méthode communedes Pères,celletrèspersonnellede Grégoire[75], et c'est là son grand mérite, accentue l'intériorisation aimante des Ecritures dans l'aujourd'hui, tant personnelqu'ecclésial[76]. Pour Grégoire, si les mots de Jésus s'envolent, les pensées qu'ils expriment sont plus immuables que le ciel et la terre.

Passant des mots de Jésus à ses pensées, il quitte l'extériorité de l'unique Verbe pour son intériorité. C'est ce que ce prédicateur-exégète nous dit en plusieurs homélies faisant écho aux paroles du Christ. Chez Luc[77], le Christ incite ses envoyés à accepter la nourriture de leurs hôtes, déclarant que le travailleur mérite son salaire, que l'ouvrier est digne de sa récompense; de ce principe de droit naturel, Grégoire, dans une homélie adressée aux évêques (Hom.,17,7 in Evang), tire l'enseignement suivant:

A notre unique ouvrage sont dues deux récompenses: l'une en notre cheminement (terrestre), l'autre dans la patrie. La première nous soutient dans le travail, la seconde nous rémunère dans la résurrection. Ainsi la récompense présente doit opérer en nous une tendance plus vigoureuse vers la récompense suivante.

- Ce commentaire subtil lit le discours missionnaire dans le contexte del'ensembledesenseignementsduNouveauTestament sur les oeuvres bonnes, méritoires de vie éternelle (à cause de la charité qui les inspire)[78].-

Dans le même ordre d'idées, l'Homélie32,6, va plus loin encore en commentant Matthieu (16,24-28)[79]:

Parmi ceux qui sont ici, certains ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le Règne de Dieu...Il fallait en effet promettre aux disciples grossiers même quelque chose par rapport à la vie présente, afin qu'ils puissent s'établir plus fortement dans la vie future. Ainsi au peuple israélite une terre est promise en vue de sa libération par rapport à la terre d'Egypte et il est persuadé par des promesses terrestres alors qu'il devait être appelé à des dons célestes. Pourquoi cela ?...Si un peuple charnel n'avait pas reçu des dons limités il n'aurait pas cru aux grands dons. Le Dieu tout-puissant, donc, par ses largesses terrestres, persuadait de tendre vers les réalités célestes; ainsi, en percevant la réalité visible, il apprendrait à espérer ce qu'il ne voyait nullement...Ainsi donc parlant en cet endroit à ses disciples grossiers, la Vérité promet la vision du Règne de Dieu sur terre, pour le faire plus fidèlement espérer dans le ciel par eux.

-Ici, dans une recherche consciente et explicite de subtilité, Grégoire dépasse un certain messianisme purement spirituel. Il anticipe même son rejet définitif par Jean XXIII et celui fait en ces termes par le concile de Vatican II:

Pour annoncer à tous les hommes le mystère du salut, pour tout récapituler dans le Christ, l'Eglise doit prendre soin de la totalité de la vie de l'homme, même terrestre, dans la mesure où elle est liée à sa vocation céleste.

L'Homélie32,6 de Grégoire l'avait déjà compris: non seulement dans l'Ancienne Alliance, mais même dans la Nouvelle, les promesses de Dieu présentent un aspect terrestre, en vue de rendre plus crédible, par son accomplissement, la promesse de la vie éternelle[80].-


Exégèse de Grégoire en vue de nous apprendre à projeter la lumière de l'auto-révélation du Dieu de Moïse sur toutes les souffrances que peuvent impliquer nos mutabilités de créatures.

Texte en présence:

Exode3,14: Dieu dit à Moïse: "Je suis celui qui suis". Et il dit: "Voicice que tu dirasauxIsraélites:"Je suis"m'a envoyéversvous.

Etre, pour Dieu, c'est demeurer éternel et immuable. Car tout ce qui change cesse d'être ce qu'il a été et commence à être ce qu'il n'était pas. Mais être, pour Dieu, c'est de ne jamais exister de façon dissemblable. Aussi est-il dit à Moïse: Je suis celui qui suis... Du fait de regarder ce que par nature il est, libérés de notre mutabilité, nous sommes fixés dans l'éternité. Changés, nous le serons en celui-là même que nous verrons, parce que nous serons exempts de la mort en voyant la vie, nous nous élèverons au-dessus de notre mutabilité en voyant l'Immuable. Nous ne serons sujets à aucune altération, en voyant celui que rien n'altère.

-Notons-le au passage: un pareil texte prépare les affirmations explicites de saint Thomas d'Aquin sur l'acte unique et immuable par lequel, dans l'éternité participée, les élus verront face à face leur Créateur: en et un par cet acte unique, "nous nous élèverons au-dessus de notre mutabilité en voyant l'Immuable".

Grégoire exégète nous achemine donc vers une éternisation résultant d'une intériorisation. En nous jetant vers l'intérieur de l'Ecriture, il nous ramène à notre propre intériorité, à la contemplation et à l'exercice de notre liberté dans l'amour.

Son exégèse-comme celle des Pères en général-est totale, représentant non pas une science auxiliaire de la théologie, mais la théologie même. S'il est particulièrement vrai, dans son cas, que les quatre sens de l'Ecriture, dans leur connexion mutuelle, inclu- ent ce que nous appelons aujourd'hui la théologie fondamentale, la théologie dogmatique, la théologie morale et la théologie ascétique et mystique[81], il n'est pas moins vrai que son accent préférentiel porte vers une lecture aimante des Ecritures, anticipation terrestre de l'aimante vision de leur Auteur et Objet. Plus précisément encore: de l'aimante vision de leur Auteur total, Tête et membres , et de leur Objet total: tous les élus de Dieu vus et aimés en lui.

Pour Grégoire, "dans la sainte Ecriture tout entière, Dieu nous parle à seule fin de nous attirer à son amour et à l'amour du prochain".

En nous aidant à atteindre cette fin, l'Ecriture pourra prendre fin, disparaître lors de son obtention. Le chrétien parfait est pour Grégoire celui qui sait lire l'Ecriture au point d'aspirer, par elle, à sa disparition définitive dans la luminosité enfin parfaite d'un amour indéfectible.

Ici-bas, avant d'être néantisée, "la lecture de l'Ecriture est, en un sens, le tout de la vie chrétienne...(car) elle engage l'homme à se convertir à Dieu et aux hommes".[82]-




LA SORTIE D
’EGYPTE ET L’INITIATION CHRETIENNE

L'Ancien Testament nous donne de l'Exode une interprétation eschatologique,en nous le montrant comme une figure des temps messianiques. Le Nouveau Testament, quant à lui, déclarera cette typologie réalisée dans le mystère du Christ, qui accomplit le Nouvel Exode, annoncé par les Prophètes, en libérant les hommes du pouvoir du démon. Les Pères de l'Eglise, tout en maintenant ces deux interprétations, vont surtout montrer dans l'Exode les grands évènements de la vie de l'Eglise présente, c'est-à-dire des sacrements par lesquels la puissance de Dieu continue d'accomplir la libération des hommes, figurés dans l'Exode et substantiellement acquise en Jésus-Christ. Nous verrons d'abord comment les Pères nous montrent dans la traversée de la Mer Rouge, suivie de la manducation de la manne, la figure du baptême et de l'Eucharistie reçus au jour anniversaire de la sortie d'Egypte, puis comment cette interprétation s'étend à l'ensemble de l'Exode.

Le thème de la traversée de la Mer Rouge comme figure du baptême est l'un des plus importants de la typologie ancienne. On comprend cette importance si l'on se souvient que le baptême était donné dans la nuit du samedi saint au dimanche de Pâques, c'est-à-dire dans le cadre de la fête juive[83] qui rappelait la sortie d'Egypte. Le parallélisme entre l'évènement religieux de la sortie d'Egypte et l'évènement spirituel de la sortie du péché par la traversée de la piscine baptismale s'imposait donc à l'attention. Le rapprochement rituel lui-même de l'eau du baptême et de l'eau de la Mer Rouge n'est pas une simple rencontre, du fait que la signification de l'eau baptismale n'est pas celle d'une purification, mais d'un rite d'initiation. Or un rite d'initiation est toujours une certaine imitation rituelle d'un évènement historique. Il en était déjà ainsi du baptême juif. On sait en effet qu'à l'époque de l'ère chrétienne, l'initiation des prosélytes à la communauté juive comprenait, en dehors de la circoncision, un baptême.Or ce baptême, écrit G. Foot-Moore, "n'était une purification ni réelle, ni symbolique, mais essentiellement un rite d'initiation". Et le but de cette initiation, c'était de faire passer le prosélyte par les mêmes étapes que celles par lesquelles le peuple d'Israël était passé au temps delasortied'Egypte.Le baptême juif était donc une imitation dupassage dela MerRouge etdubaptême du désert(Exode,14,30).

Par ailleurs le Nouveau Testament lui-même verra dans la sortie d'Egypte une figure du baptême. Saint Paul rappelait aux Juifs que leurs Pères "avaient traversé la mer et avaient été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer, en figure" du baptême chrétien (I Cor.,10,2-11) et l'Evangile johannique nous montrait dans les grands thèmes de l'Exode des figures des sacrements chrétiens. Nous avons maintenant les données à partir desquelles va s'élaborer la tradition catéchétique.

Cette tradition, nous chercherons à rassembler les principaux textes où elle se rencontre. Nous constaterons combien elle est stable, ce qui nous permet d'y voir une donnée commune et non le fait d'une école particulière. Nous noterons au passage les enrichissements qu'elle pourra présenter.

Premier texte où le thème du baptême apparaît

Le premier texte où le thème nous apparaît-et déjà constitué dans ses grandes lignes au point qu'il y aura peu à y ajouter-est le De baptismo de Tertullien[84].


Tertullien
.

Dans les chapitres VIIIetIX, l'auteur nous donne les principaux textes de l'Ancien et du Nouveau Testament où apparaît le rôle de l'eau dans l'économie du salut.

"Ainsi, combien de faveurs de la nature, de privilèges de la grâce, de solennités rituelles, que de figures, d'anticipations, de prophéties toutes ordonnées au culte de l'eau (IX,1)".

Or, parmi ces fêtes rituelles, la première est le passage de la mer Rouge:

"C'est d'abord le peuple libéré de l'Egypte qui en traversant l'eau échappa à la puissance du roi égyptien ; l'eau anéantit le roi lui-même et toutes ses troupes. Quelle figure plus éclatante du sacrement de baptême? Les païens sont libérés du monde et ils le sont par l'eau; ils délaissent le diable, leur ancien tyran, englouti dans l'eau (IX,1)".

Nous sommes ici dans la perspective primitive du baptême et de la rédemption.La rédemption est conçue comme victoiredu Christsur le démon, victoire par laquelle l'humanité est libérée. C'est cette libération que le baptême applique à chaque chrétien. Dans le baptême, le démon est à nouveau vaincu, l'homme libéré, et ceci par le signe de l'eau. C'est cette théologie dont la sortie d'Egypte nous offre l'image : ce que Dieu opéra alors, par le sacrement de l'eau pour libérer un peuple charnel d'un tyran charnel et pour le faire passer de l'Egypte au désert, il l'opère par le sacrement de l'eau également, pour libérer un peuple spirituel d'un tyran spirituel et le faire passer du monde au royaume de Dieu.


Zénon de Vérone
.

Nous voyons reparaître ce thème, avec des précisions nouvelles, dans les principales catéchèses du IVème siècle. Nous avons de Zénon de Vérone[85] de petits sermons d'une dizaine de lignes sur l'Exode, qui sont de brefs commentaires des lectures de ce livre, faites durant le temps pascal.

Aux éléments indiqués par Tertullien, d'autres s'y trouvent ajoutés. Moïse et Aaron figurent le sacerdoce, qui préside au baptême, et par leur nombre les deux Testaments quilui rendenttémoignage: la colonne de nuée figure le Christ, conformément à la typologie johannique. Quant à son double aspect de nuée et de lumière, il correspond, nous dit Zénon, aux deux jugements, celui de l'eau qui a eu lieu, et celui du feu, qui aura lieu. Nous avons ici sans doute une allusion au parallélisme du déluge et du jugement final, thème courant dans le christianisme primitif[86].

Puis Zénon continue: "Nous devons voir dans la mer la fontaine sacrée dans laquelle ceux qui ne fuient pas, mais portent leur péché, sont purifiés par les mêmes eaux par lesquelles les servi- teurs de Dieu furent libérés. Marie, qui frappe son tambourin avec les femmes, est la figure de l'Eglise (typus Ecclesiae), qui avec toutes les Eglises qu'elle a enfantées, conduit le peuple chrétien, non dans le désert, mais dans le ciel, en chantant des hymnes et en frappant sa poitrine".

Ces dernières lignes ajoutent des éléments essentiels. La mer Rouge est expressément identifiée à la piscine baptismale, dont l'eau enlève les péchés. Ainsi l'image se fait plus précise et épouse la liturgie. La traversée de la piscine baptismale est figurée par la traversée de la mer Rouge. Dans les deux cas, cette traversée amène la destruction des ennemis temporels ou spirituels. Enfin, la vision de l'Eglise quiengendre de nouveaux enfants parle baptême est un thème important du christianisme primitif. Plus particulièrement la conception du baptême comme génération est fréquente. Cette dernière image (de l'enfantement des Eglises) semble propre à Zénon et se rattache à sa conception générale du baptême.

(Rapprochant Grégoire d'Elvire de Zénon, J.Daniélou note quelques éléments typologiques complémentaires: l'Egypte était la figure du monde, Pharaon du diable[87], les fils d'Israël étaient à l'image du premier père, dont ils sont aussi descendus. Il relève aussi une variante par rapport à Zénon pour qui la colonne lumineuse était le type du Christ; pour Grégoire d'Elvire c'est Moïse, envoyé pour libérer les fils d'Israël, qui était le type du Christ).


Ambroise
.

Le document capital, en domaine latin, pour nous montrer combien la typologie fait partie de la catéchèse sacramentelle, est sans contredit l'œuvre de saint Ambroise qui concerne les pratiques initiatiques (oeuvre mystagogique). Celle-ci comprend le De mysteriis et le De sacramentis.

Dansle premier ouvrage,Ambroise énumèrelesfigures du baptême:

l'Esprit de Dieu agitant la surface des eaux (Genèse1,2), le déluge, le passage de la mer parnos pères sous la nuée (attestée par l'apôtre Paul en1Cor.,10,1-2[88]). Moïse lui-même le dit dans son cantique: "Tu soufflas de ton haleine, la mer les recouvrit".

-Tu vois que dans le passage des Hébreux, où l'Egyptien a péri et où l'Hébreu s'est échappé, la figure du saint baptême est déjà préformée. Qu'apprenons-nous d'autre en effet chaque jour dans ce sacrement, sinon que la faute est noyée et l'erreur abolie, tandis que la piété et l'innocence demeurent en sécurité?- (De myst.III,13).

S'agissant de la nuée, Ambroise y voit le signedela présence de l'Esprit-Saint: "C'est elle qui est venue sur la Vierge Marie et la vertu du Très-Haut l'a couvert de son ombre." Elle est la figure de la présence de l'Esprit-Saint dans les baptisés.

Ambroise reprend le même thème, avec de nouveaux détails, dans le De Sacramentis, son deuxième ouvrage. Il montre la supériorité des sacrements chrétiens sur les mysteria juifs: "Qu'y a-t-il de plus important que le passage du peuple juif à travers la mer? Pourtant les Juifs qui ontpassé sont tous morts dans le désert.Aucontraire, celui qui passe par cette fontaine, c'est-à-dire des choses terres-tres aux choses célestes,-c'est là en effet le "passage", c'est-à-dire la Pâque, le passage du péché à la vie,- celui donc qui passe par cette fontaine ne meurt pas, mais ressuscite[89].Ambroise,dont les liens avec l'exégèse alexandrine sont bien connus, interprète ici la Pâque au sens philonien du "passage des choses terrestres aux choses célestes".

Colonne de nuée et colonne de lumière.

Quant à la colonne de nuée, Ambroise l'interprète un peu différemment: "Qu'est-ce que la colonne de lumière, sinon le Christ Seigneur qui a dissipé les ténèbres du paganisme et répandu la lumière de la vérité et de la grâce spirituelle dans les coeurs des hommes.Quant à la colonne de nuée,c'est l'Esprit-Saint. Le peuple était dans la mer et la colonne de lumière le précédait, puis la colonne de nuée le suivait, comme l'ombre du Saint-Esprit. Tu vois que, par l'Esprit-Saint et par l'eau, la figure du baptême est rendue manifeste".

La double interprétation de la colonne est l'écho d'une double tradition. Que la colonne de lumière figure le Christ, c'est là un thème qui remonte au judaïsme lui-même. Le Livre de la Sagesse (en10,17) y voit la figure de la Sophia divine:

Elle les conduisit par une route semée de merveilles

Elle fut pour eux un ombrage pendant le jour

Et comme la lumière des étoiles pendant la nuit.

Philon y voit la figure du "Logos" ("un guide ineffable qu'il n'est pas possible de voir avec les yeux du corps"). L'Evangile de Jean nous montre le Christ comme colonne de lumière: "Celui qui me suitne marche pas danslesténèbres".Clémentd'Alexandriereprend l'interprétation de Philon en l'appliquant au Verbe incarné. Nous avons vu tout à l'heure Zénon l'appliquer au Christ.

Quant à la nuée, saint Paul (dans 1Cor.,10,2) la met en rapport avec l'Esprit. Et nous avons vu tout à l'heure Ambroise la rapprocher de la nuée qui a couvert Marie lors de l'Annonciation. Or il est bien clair que ce dernier texte est une allusion à la Demeure de Dieu dans le tabernacle, où la nuée, devant la Tente signale Sa présence. On voit tout le passé dont ce symbolisme est chargé.

(J.Daniélou note enfin que le texte du De mysteriis d'Ambroise présente un groupement où la sortie d'Egypte vient après l'Esprit reposant sur les eaux et le déluge-et précède l'adoucissement des eaux de Mara par le bâton de Moïse. Il relève qu'il est très voisin de celui du De baptismo de Tertullien: le déluge, la traversée de la mer Rouge, les eaux de Mara, le rocher du désert (où la tradition selon saint Paul a vu plutôt une figure de l'Eucharistie), divers passages de l'Evangile (dont l'eau jaillissant du côté percé du Christ).

Nous sommes là, souligne le cardinal Daniélou, en présence de groupements qui ne sont pas accidentels, et, pour reprendre le mot même d'Ambroise, de testimonia qui étaient fixés et qui se transmettaient dans l'Eglise, et que chaque catéchèse commentait à sa manière.


Origène
.

Les textes que nous avons considérés jusqu'ici étaient des catéchèses sacramentaires. Mais il est intéressant de constater que nous retrouvonsles mêmes interprétations dans d'autresouvrages. Je commencerai par Origène. Le fait a d'autant plus de valeur que celui-ci est moins porté vers l'aspect sacramentel. C'est dans les Homélies sur l'Exode qu'ilestamené à commenterle récit d'Egypte. Il le rattache aussitôt à l'interprétation spirituelle qu'en a donné saint Paul et, après avoir cité le texte de 1 Cor.,10,1-4[90], il ajoute: "Vous voyez combien la tradition de Paul diffère de la lecture historique. Ce que les Juifs estiment traversée de la mer, Paul l'appelle baptême; ce qu'ils croient être une nuée, Paul établit que c'est l'Esprit-Saint. Et il veut que ce passage soit interprété dans le même sens queleprécepte du Seigneur disantdansl'Evangile: Celui qui ne renaîtra pas dans l'eau et l'Esprit-Saint ne pourra entrer dansle royaumedes cieux." Origène ne poussera pas dans le détail cette interprétation sacramentelle du passage delamerRouge,mais il en développe quelques aspects où apparaît sa marque personnel- le. Nous sortons de l'interprétation commune pour entrer dans les interprétations particulières des docteurs. Il commente d'abord la phrase de Moïse à Pharaon: "Nous ferons un voyage de trois jours dans le désert." Cest trois jours qui précèdent la Pâque, Origène y voit la figure du-triduum-pascal du Seigneur: "Pharaon voulait empêcher les fils d'Israêl de parvenir au lieu des miracles, il voulait les empêcher de progresser jusqu'à pouvoir jouir des mystères du troisième jour. Ecoute en effet ce que dit le Prophète: "Le Seigneur nous ressuscitera après deux jours, et le troisième nous ressusciterons et nous vivrons sous son regard. Le premier jour est la Passion du Seigneur, le second celui de la descente aux Enfers, le troisième celui de la résurrection. Et c'est pourquoi le troisième jour Dieu les précédait, le jour dans une colonne de nuée, la nuit dans une colonne de feu. Si, selon ce que nous avons dit plus haut, l'Apôtre nous enseigne à juste titre que dans ces paroles les mystères du baptême sont contenus, il est nécessaire que ceux qui sont baptisés dans le Christ soient baptisés dans sa mort et soient ensevelis avec lui (Rom.;6,3) et ressuscitent avec lui le troisième jour. C'est pourquoi, lorsque tu auras reçule sacrement(mysterium)au troisième jour,Dieucommencera à te conduire et à te montrer la voie du salut".

Ainsi le "mystère" des trois jours permet à Origène de rattacher le passage dela mer Rouge à lathéologie généraledubaptême comme participation à la mort et à la résurrection du Christ.

Plus loin, selon un nouveau thème, la poursuite des Egyptiens figure celle des démons cherchant à détourner l'âme du baptême:"(Paul)nomme ce (passage) baptême accompli dansla nuée etla mer,pour que toi aussi,qui es baptisé dans le Christ, dans l'eau et l'Esprit-Saint, tu saches que les Egyptiens te poursuivent et veulent te ramener à leur service, je veux dire "les dominateurs de ce monde" et "les esprits mauvais" que tu as servis jadis. Ils s'efforcent de te poursuivre, mais tu descends dans l'eau et tu deviens sain et sauf et, purifié des souillures du péché, tu remontes homme nouveau, prêt à chanter le cantique nouveau"[91].

Origène propose une dernière interprétation des Egyptiens qui figurent les "passions" et où le passage de la mer Rouge prend un sens plus spirituel de lutte contre la chair. Nous sommes dans la tradition de Philon[92].

(Plusieurs Pères de l'Eglise, sans nier la consistance propre de ces évènements del'Ancien Testament,ont voulu mettre en gardeleurs fidèles contre toute confusion de la réalité avec l'ombre, car, lorsque les figures sont confondues avec ce qui est signifié par elles, le risque est grand de ruiner toute l'économie évangélique. Dans un Sermon sur le baptême, saint Basile, l'évêque de Césarée, s'en est fait l'apôtre: "Tu fuis le baptême qui n'est pas figuré dans la mer, mais accompli dans la réalité, non dans la nuée, mais dans l'Esprit. Si Israël n'avait pas traversé la mer, il n'aurait pas échappé au Pharaon ; et toi si tu ne passes pas par l'eau, tu n'échapperas pas à la cruelle tyrannie du démon").

Cette doctrine de la figure, précise J.Daniélou, nous allons la trouver exprimée encore, dans sa plénitude, à propos de notre "passage", par saint Jean Chrysostome.


Saint Jean Chrysostome
.

Ici, nous sommes en présence d'un représentant de la célèbre école d'Antioche, d'un élève de Diodore de Tarse,non suspect de complaisance pour l'allégorie. Sa défense de la typologie en prend d'autant plus de sens. C'est à propos du verset paulinien (1,Cor., 10,4), qu'il est amené à étudier la question de la relation du passage de la mer Rouge avec le baptême: "Comment (le passage de la mer Rouge) est-il le type (du baptême à venir)? Commence par apprendre ce qu'est le type et ce qu'est la réalité. Alors je te rendrai compte aussi de cela. Qu'est-ce donc que le type, qu'est-ce que la réalité? Tu as souvent vu un portrait de roi, tracé en noir. Le peintre ajoute ensuite des lignes claires et représente le roi, le trône royal, les chevaux, les gardes qui se tiennent à ses côtés, les ennemis enchaînés et soumis. Or, par les choses que tu vois dessinées, tu ne sais pas tout et tu n'ignores pas tout. Tu sais, de façon confuse, qu'il s'agit d'un roi et d'un cheval. Mais qui est ce roi, qui est cet ennemi, tu ne le sais pas avec précision, tant que la teinte des couleurs n'est pas venue préciser le visage et le rendre plus distinct. Or, de même que pour ce tableau tu ne demandes pas de savoir tout, avant la précision apportée par les couleurs, mais, même si tu ne saisis que confusément le sens de ce qui est représenté, tu penses que le dessin est suffisamment exact; ainsi dois-tu raisonner au sujet de l'Ancien et du Nouveau Testament , et ne pas exiger de la figure toute l'exactitude de la réalité. Nous pourrons alors t'apprendre quelle est la parenté de l'Ancien et du Nouveau Testament et de ce "passage" à notre baptême".

Cette comparaison, qui semble apparaître ici pour la première fois,

(...), fera fortune. Nous la retrouverons dans Cyrille d'Alexandrie. Plus récemment Claudel l'a reprise: "L'Ancien Testament annonce le Nouveau par cette éloquence figurative des évènements qui peut se traduire de diverses manières: soit comme l'ombre et le contour de la réalité...; ou c'est l'esquisse avant le tableau"[93]. Il faut reconnaître que cette conception de l'Ancien Testament, comme constituant un portrait du Christ qui se fait par touches successives, en sorte qu'il n'y manque que la réalité et que le Christ à sa venue puisse dire: "C'est moi dont vos Ecritures donnent l'image", est remarquablement suggestive pour faire comprendre le lien des deux Testaments.

Ce principe général, Chrysostome va l'appliquer à l'Exode: "Là il est question d'eau, et ici d'eau; là d'une piscine et ici de la mer; là tous descendent dans l'eau,et ici tous également. Tu veux apprendre maintenant la réalité qu'ajoutent les couleurs? Là ils furent libérés par la mer de l'Egypte; ici ils le sont de l'idolâtrie; là le Pharaon est submergé, ici le diable; là les Egyptiens sont asphyxiés, ici le vieil ennemi est étouffé sous les péchés. Tu vois maintenant la parenté de la figure et de la réalité et la supériorité de la réalité sur la figure. En effet, il ne faut pas que le type soit absolument étranger à la réalité: autrement il ne serait plus figure. Et il ne faut pas non plus qu'il lui soit absolument semblable car il sera alors la réalité elle-même. Mais il doit demeurer dans une mesure convenable, sans posséder toute le réalité et sans la perdre tout entière...Ne demande donc pas à l'Ancien Testament de te donner le tout, mais même si tu rencontres certains mystères obscurs et ténus, sache t'en contenter. En quoi consiste encore une fois la parenté du type et de la réalité: en ce qu'il s'agit ici et là de tous, ici et là d'un passage à travers l'eau; en ce que comme eux nous avons été délivrés de l'esclavage; mais il ne s'agit pas du même: eux le furent de l'esclavage des Egyptiens; nous, de celui des démons; eux, de celui des barbares; nous, de celui du péché. Ils furent appelés à la liberté; nous aussi; mais non à la même liberté, car nous l'avons été à une liberté beaucoup plus excellente. Et si ce qui nous concerne est plus grand que ce qui leur est arrivé, et supérieur, ne t'en étonne pas. C'est là en effet surtout le propre de la réalité, d'avoir à l'égard du type une supériorité considérable, mais non une opposition, non une hostilité."

Enfin, Chrysostome relève un trait que le texte de Paul indiquait déjà. La suite figure la suite

L'Eucharistie.

"Tu as vu à propos du baptême quel était le type, quelle était la réalité: vois, je vais te montrer la table aussi et la communion des mystères esquissée là, si encore une fois tu ne réclames pas de la retrouver tout entière, mais que tu examines les faits, comme il est naturel de les trouver dans une esquisse et dans des figures? En effet, après le passage sur la mer, la nuée et Moïse, Paul reprend: . De même, dit-il, que toi, montant de la piscine des eaux, tu t'avances en hâte vers la table, ainsi eux, étant remontés de la mer, vinrent à une table nouvelle et merveilleuse, je veux dire la manne. Et de même que tu as un breuvage mystérieux, le sang salutaire, ainsi eux eurent une espèce merveilleuse de boisson, ayant trouvé, là où il n'y avait ni source, ni eaux courantes, une abondance d'eaux jaillissant d'un rocher sec et aride". Cette source, Paul l'appelle spirituelle. Mais ce n'est pas sa nature qu'il désigne par là, mais son mode miraculeux de produc- tion: "En effet ce n'est pas la nature de la pierre, mais la puissance efficace de Dieu qui fit jaillir les eaux".

Ce dernier passage est précieux à un double point de vue. En premier lieu nous y voyons apparaître clairement la comparaison de la manne et du rocher d'eauxvives comme figure del'Eucharistie suc- cédant, dans la nuit pascale, au baptême, figuré par la traversée de la mer Rouge.

(Nous nous trouvons alors en présence de deux typologies pour l'eau du rocher: l'une que l'on peut appeler paulinienne (figure de l'Eucharistie) et l'autre dite johannique (figure du baptême). La première est commune à saint Jean Chrysostome et à ses pairs de l'Ecole d'Antioche. Elle a également été adoptée, comme nous le verrons sous peu par Ambroise, contemporain de Chrysostome.

Quant à la typologie johannique, il faut préciser que les Pères jusqu'alors évoqués, avant Ambroise et Chrysostome, l'ont effectivement retenue et qu'il en sera de même pour d'autres à venir.)

J.Daniélou rappelle à présent en quels termes Ambroise a évoqué la typologie paulinienne dans son De Sacramentis:

"Que contient la figure qui a précédé au temps de Moïse? Que, alors que le peuple juif avait soif et qu'il murmurait parce qu'il ne pouvait pas trouver d'eau, Dieu commanda à Moïse de toucher la pierre avec son bâton. Il toucha la pierre et elle répandit une eau abondante selon la parole de l'Apôtre: Ils buvaient de la pierre spirituelle qui les accompagnait. Et cette pierre était le Christ. Bois, toi aussi, pour que le Christ te suive. Vois le mystère. Moïse est le prophète; le bâton est la parole de Dieu; l'eau coule, le peuple de Dieu boit. Le prêtre frappe; l'eau jaillit dans le calice, pour la vie éternelle". Et Ambroise continue en rapprochant de la pierre d'où l'eau jaillit le côté percé du Christ sur la croix, d'où jaillissaient l'eau et le sang, dont le dernier figure pour lui l'Eucharistie.

Nous voyons ainsi le rocher du désert, selon la tradition paulinien- ne, interprété de l'Eucharistie. Mais l'Evangile johannique lui donne un sens baptismal et cette interprétation est la plus fréquente chez les Pères. Elle apparaît dans le De Baptismo de Tertullien:

"C'est cette eau qui coulait de la pierre qui accompagnait le peuple. Si en effet la pierre était le Christ, nous voyons sans aucun doute que le baptême est consacré parl'eau dans le Christ".

Peu avantTertullien,Cyprien,le saint évêque et martyrde Carthage, adoptant la même idée, avait explicitement critiqué l'interprétation eucharistique:

"Toutes les fois qu'il est question seulement de l'eau dans les Ecritures, il s'agit du baptême. C'est ainsi que le prophète a prédit que, chez les païens, dans des lieux qui auparavant étaient arides, des fleuves jailliraient et abreuveraient la race élue de Dieu, c'est-à-dire ceux qui ont été faits fils de Dieu par le baptême. Il dit en effet: S'ils ont soif dans les déserts, Dieu leur procurera de l'eau, il la fera jaillir pour eux de la pierre; la pierre s'ouvrira et l'eau jaillira et mon peuple boira (Isaïe,48,21).Cecis'est accompli dans l'Evangile quand le Christ, qui est la pierre, a été ouvert par le coup de lance dans sa Passion. C'est lui qui, rappelant ce qui avait été prédit auparavant par le prophète, s'écrie: Si quelqu'un a soif, qu'il vienne et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eaux vives jailliront de son sein. Et pour mieux marquer que le Seigneur parle ici non du calice, mais du baptême, l'Ecriture ajoute: Il dit ceci de l'Esprit que recevraient ceux qui croiraient en lui. Or c'est par le baptême que l'Esprit est reçu".

Ce texte de Cyprien vient bien à notre propos. D'une part, il rattache le baptême au texte d'Isaïe qui en représente la première typologie, comme nous l'avons vu, et il montre dans le baptême la réalisation de cette typologie. Par ailleurs, il rapproche la pierre du désert, frappée par le bâton de Moïse et d'où jaillit l'eau vive, du Christ en croix percé par la lance, et du côté duquel jaillit l'eau, figure du baptême. C'est là un thème antique dans la typologie, que nous retrouverons dans toute la tradition. Ensuite il interprète le texte de Jn.,7,37, comme étant une interprétation figurative du rocher du désert. Le Christ, à la fête des Tabernacles, qui rappelait par ses tentes le séjour au désert et par les ablutions le rocher d'eau vive,se présente comme étantcelui qui réalise cesprophéties et qui donne l'eau véritable[94]. Nous avons ici le groupement des principaux textes relatifs à notre thème. L'argument apporté par Cyprien pour établir que le rocher d'eaux vives figure le baptême pour saint Jean, est certain: l'effusion du Saint-Esprit désigne en effet sûrement le baptême. Mais Cyprien en ajoute un autre, qui est celui de la non-réitération: "Quand le Christ dit: Celui qui boira de cette eau n'aura plus jamais soif, il désigne le baptême d'eau salutaire qui est reçu une seule fois et n'est pas réitéré, tandis que le calice duSeigneur est continuellement désiré etbudansl'Eglise". Cet argument de non-réitération est précisément celui qui sert à Oscar Cullmann pour discernerles figures baptismales del'Evangile johannique et en particulier la signification baptismale de l'épisode de la Samaritaine.

(Ainsi le noyau central de la typologie patristique de l'Exode est constitué par les figures sacramentaires. Saint-Augustin, par le texte qui va suivre apporte une contribution décisive à ce noyau central).

Ce texte,souligne J.Daniélou, est d'autant plus intéressantqu'avec l'exposé, il apporte aussi la justification de la typologie. Il est tiré

du Contra Faustum. Les manichéens, après les marcionites, opposaient les passages choquants de l'Ancien Testament à la foi chrétienne. Comment justifier tous ces passages? On ne pouvait pas les mettre sur le même plan que l'Evangile. Pourtant, ils étaient l'œuvre d'un même Dieu. Irénée avait été dès lors amené, dans son livre contre les gnostiques, à y voir une économie provisoire, figure de l'économie définitive amenée par le Christ. Tertullien à son tour avait consacré un grand ouvrage à défendre l'Ancien Testamentcontre Marcion,en montrantsasignification typologique. C'est en effet la notion de type, qui marque à la fois continuité et infériorité, qui permet le mieux de penser la relation entre les deux Testaments. A deux siècles de distance, c'est l'argumentation que reprend Augustin contre les manichéens, héritiers des marcionites. Le Douzième livre du Contra Faustum est un traité de typologie comme l'Adversus Marcionem. Le récit de la création,les sacrifices d'Abel et de Caïn, la construction de l'arche, la lutte de Jacob avec l'ange, tous les grands sacrementa de l'Ancien Testament y sont expliqués.

Augustin en vient alors à l'Exode:

"Quant à la sortie d'Israël hors d'Egypte, ce n'est pas moi qui en parlerai, mais l'Apôtre". Suit la citation de 1Cor.,10,1-4: "En expliquant une chose, il nous introduit à l'intelligence des autres? SI, en effet, le Christ est "pierre" à cause de sa solidité, pourquoi n'est-il pas aussi la manne en tant que pain vivant descendu du ciel? Quand l'Apôtre dit: Ils mangèrent une nourriture spirituelle, il montre que cela doit s'entendre spirituellement du Christ, de même qu'il a expliqué pourquoi il appelait le breuvage spirituel, en ajoutant que la pierre était le Christ. Pourquoi alors le Christ n'est-il pas la nuée et la colonne, qui par sa force soutient notre infirmité et, en brillant la nuit et non le jour, fait que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient soient aveugles. De même pour la mer Rouge, qui est le baptême consacré par le sang du Christ; les ennemis qui poursuivent sont les péchés passés qui périssent. Le peuple est conduit à travers le désert:les baptisés, qui ne jouissent pas encore dela patrie, maisl'espèrent,sont comme dans ledésert. Les eaux amères deviennent douces par le bois:car les ennemis du peuple s'adoucissent parle signe dela croix du Christ. Les soixante dix palmiers arrosés des douze fontaines préfigurent la grâce de l'apostolat, répandue sur les peuples. L'ennemi qui s'efforce de lui barrer la route est vaincu par les mains étendues de Moïse, figure de la croix du Seigneur. Et les morsures des serpents sont guéries par le serpent d'airain".

Ce passage qui rassemble toutes les figures de l'Exode,estinstructif au point de vue de la méthode. Il s'agit, nous dit Augustin, de partir des types scripturaires et de trouver par analogie la signification d'évènements ou d'institutions voisines. Ainsi Paul nous apprend que le rocher du désert figure le Christ. Mais la traversée du désertcomprend desévènements parallèles,les douze fontaines, l'eau de Mara. On est en droit de les interpréter à partir de la même méthode.



1 Bien que n’étant pas à proprement parler une exégèse patristique, ce texte a été introduit compte tenu de son importance.

[2] Evangile: ce mot français est une transcription d'un substantif grec qui signifie "bonne nouvelle". La racine n'est pas fréquente dans l'Ancien Testament grec, c'est pourquoi il faut être attentif à sa présence dans quelques unes des grandes prophéties messianiques, notamment dans Isaïe(52,7), où"lemessager de bonnes nouvelles annonce le salut".

[3] Paul reprend ici la terminologie chère aux Grecs: tout ce qui est grec est "civilisé", tous les autres peuples sont rangés sous le terme générique de "barbares".Auv.16, par contre, il se place au point de vue théologique et distingue les Juifs, "peuple élu", du reste de l'humanité quel que soit son degré de culture-rangé sous le terme générique de Grecs.

[4] "Dans cette seule Epitre aux Romains, le verbe justifier et le substantif justice ou justification n'apparaissent pas moins de quarante fois. L'auteur développe ce thème en quatre orientations principales:

1/ Dieu est juste, ce qui veut dire qu'il demeure fidèle à lui-même et à son dessein de salut pour les hommes; cette justice est donc moins distributive que souveraine, royale et salvifique;

2/ La justice de Dieu en action s'exerce à l'égard de l'homme pécheur(Rm.3, 23-24) voué à son péché et à la colère de Dieu: "En effet la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l'injustice"(Rm.1,18).

3/ Cependant l'acte gratuit de Dieu qui justifie l'homme crée en lui une vie nouvelle: en communiquant à l'homme la justification gratuite, le Christ inaugure en lui la vie de l'Esprit, la sanctification. Le justifié se met au service de la justice, c'est-à-dire d'une vie approuvée par Dieu, et porte donc des fruits à la gloire de Dieu.

4/ Plus délicateest la question du rapport entre cette justification gratuite et initiale,

et le jugement final. D'une part, l'apôtre insiste sur l'importance des oeuvres, l'obéissance à la loi d'amour et le jugement où chacun sera jugé selon ses oeuvres; d'autre part,dans les principales évocations de ce jugement,il fonde son assurance, non sur ses oeuvres, mais sur Dieu qui justifie et sur le Christ qui est mort et intercède pour tous"(note TOB).

[5] "Dans sa traduction de l'Epitre aux Romains, Luther ajouta ici le mot seulement. Cette adjonction donna lieu au temps de la Réforme à une vive polémique. Elle ne trahissait cependant pas la pensée de Paul qui, dans ce passage, vise à retirer tout rôle aux oeuvres dans la justification du pécheur. Pour lui, la foi est le seul chemin vers la miséricorde de Dieu"(note TOB).

[6] En disant Abraham notre ancêtre, Paul ne s'adresse pas forcément à des judéo-chrétiens; on peut aussi penser soit qu'il se solidarise avec le peuple juif, soit qu'il considère Abraham comme le père de tous les croyants, de quelque origine qu'ils soient, ce qui est l'idée essentielle de ce chapitre.

[7] Dans la figure d'Abraham, Paul veut montrer que, bien loin de s'opposer aux écritures de l'Ancien Testament, la justification par la foi en constitue au contraire le thème fondamental. Par là l'Apôtre établit l'unité théologique des deux Alliances.

[8] La TOB traduit: "il a de quoi s'enorgueillir", soulignant dans une note que ce thème d'orgueil revient souvent chez Paul. Certains y ont même vu le thème central de sa pensée: (R.Bultmann).

D'une part, l'œuvre de Dieu en Jésus-Christ a détruit tout orgueil humain, surtout sous sa forme religieuse; d'autre part, une nouvelle assurance (orgueil) est donnée à l'homme dans l'œuvre de Jésus-Christ, "lui qui nous a donné d'avoir accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu"(Rm.5,2).

[9] En s'appuyant sur le cas d'un coupable gracié, "Saint Paul montrera que l'on peut être juste sans les oeuvres" (Lagrange).

[10] Selon la terminologie de l'Ancien Testament, ce mot signifie que ces péchés sont non seulement "recouverts", de sorte que Dieu, ou l'homme, ne les voient plus, mais qu'ils sont anéantis, qu'ils n'existent plus, comme le montre ici le rapprochement avec l'idée de la remise des offenses (pardon).

[11] Commele montreceverset et le verset suivant de Jérémie,l'Ancien Testament avait déjà fait largement sien le thème de la circoncision du cœur, dépassant de loin le signe physique de la chair. Saint Paul reprendra longuement cette prescription salvifique dans ses épîtres aux Romains et aux Galates:

Epître aux Romains 2:(25) La circoncision en effet te sert si tu pratiques la Loi; mais si tu transgresses la Loi, avec ta circoncision, tu n'es plus qu'un incirconcis.(28) Car le juif n'est pas celui qui l'est au-dehors, et la circoncision n'est pas au-dehors dans la chair.(29) Le vrai juif l'est au-dedans et la circoncision dans le cœur, selon l'esprit et non pas selon la lettre: voilà celui qui tient sa louange non des hommes, mais de Dieu.

Epître aux Galates 5: (2) C'est moi, Paul, qui vous le dis: si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien.(6) En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité.

[12] La plupart des commentateurs discernent ici une allusion au rite baptismal par immersion.

[13] Plusieurs peuples voisins des Israélites étaient en effet circoncis, à l'exception toutefois des Philistins, appelés en conséquence "les incirconcis".

[14] Figure (du grec tupos, traduit aussi par type); ce terme apparaît chez Justin comme le terme technique désignant la correspondanceentrelesdeuxTestaments. Il le définit lui-même ainsi: "Parfois l'Esprit-Saint a fait qu'il se produise visiblement quelque chose qui était une figure de l'avenir"(Dialogue.CIV,1). L'usage qu'il en fait semble tributaire de Paul en Rm.5,4:"Cependant la mort a régné d'Adam à Moïse même sur ceux qui n'avaient point péché d'une transgression semblable à celle d'Adam, figure de celui qui doit venir".

Paul utilise le mot "allégorie" (allegoria) pour signifier la même réalité que tupos. Dans l'Epître aux Galates (4,21-26), il développe l'allégorie des deux alliances, celles d'Agar et de Sara: "celui (le fils) de la servante est né selon la chair, celui de la femme libre en vertu de la promesse. Il y a là une allégorie, ces femmes représentent deux alliances: la première se rattache au Sinaï et enfante pour la servitude, , c'est Agar (car le Sinaï est en Arabie) et elle correspond à la Jérusalem actuelle qui de fait est esclave avec ses enfants. Mais la Jérusalem d'en haut est libre, et elle est notre mère".

Ce terme d'allégorie sera maintes fois utilisé par les Alexandrins.

[15] Voir page 68, les huit membres de la famille de Noé et la note n°109.

[16] B.de Margerie,IEPGO,p45.

[17] La traduction réalisée sous la direction de R.Arnaldez, C.Mondésert et J. Pouilloux, au Cerf, Paris, de 1961 à 1979, ne comporte pas moins de 35 volumes.

[18] Gnose: enseignement ouvrant des perspectives sur les mystères de l'au-delà en vue de l'édification de l'homme pour son accession au repos suprême. Elle est ainsi un perfectionnement de la foi, commun et offert à tous quant à son fondement, mais réservé quant à son développement à ceux qui se laissent guider par (Strom.,VII,12,59,6).

Telle estl'œuvre delavraiegnose dans sa doubleetuniqueméthode:(Strom.,VII,15,102,1-2).

[19] Clément est dit "d'Alexandrie", non pas pour y être né (vers 140), mais parce qu'après avoir beaucoup voyagé, allant de maître en maître (Grèce, Italie méridionale,Asie Mineure), il rencontra Pantène à Alexandrie et s'y fixa. Il y reçut le sacerdoce et devint le maître d'Origène. Il dut quitter sa ville d'adoption pourJérusalem,vers210ou215,parcequeson enseignement ne convenait plusàson évêque. C'est alors qu'Alexandre, l'évêque de Jérusalem recourut à ses services et l'envoya en ambassadeur auprès de l'Eglise d'Antioche en lui demandant de rédiger plusieurs ouvrages. Il mourut v.220.

[20] Les principes généraux de la morale du Pédagogue sont puisés dans la philosophie grecque stoïcienne et platonicienne. Comme "l'action droite" du sage stoïcien par la pureté de son intention, donne une signification nouvelle à un acte moral qui, pour l'homme commun n'est que soumission extérieure à un mode de convenance, ainsi "l'action droite" du chrétien, par sa conformité à la Raison incarnée dans le Christ, donne un sens nouveau à la moralité hellénique et la transfigure.

[21] P. Hadot,"Clément d'Alexandrie",in Encyclopaedia Universalis,Vol.4,p614.

[22] On sait par ce résumé que les Hypotyposes (esquisses) comprenaient des exégèses de la Genèse, de l'Exode, des Psaumes, de l'Ecclésiaste et des Epîtres de Paul.

[23] La gnose dont il est fait état correspond pour lui à une tradition, en grande partie orale et secrète, transmise du Christ aux Apôtres, et des Apôtres à une suite de maîtres spirituels, dont le principal, aux yeux de Clément, fut Pantène. Il s'agit de la montée de tous les êtres vers la perfection à travers des demeures hiérarchisées dans lesquelles chacun séjourne comme disciple puis comme maître pendant de très longues périodes, avant de s'élever à une demeure supérieure; le gnostique, déjà dans un état divin, rempli de la connaissance et de l'amour qui sont propres à Dieu, reçoit en quelque sorte la certitude qu'il parcourra toutes les étapes de l'initiation après la mort pour accéder jusqu'au repos suprême.Mais contrairement à l'automaticité qu'elle revêt pour les faux-gnostiques (Valentin et Basilide notamment), pour les gnostiques, elle est un progrès moral continuel en cette vie et dans l'autre; ce progrès résulte de l'activité libre de l'âme, progrès qui est sans limites, puisque comme nous le dit Clément bien avant Grégoire de Nysse:

"Dieu recule sans cesse et fuit loin de celui qui le poursuit" (Stromates,I,II,5,4).

[24] B.de Margerie,IEPGO,pp102-103.

[25] "Vers une Forme unique, ramener grâce à une vision d'ensemble ce qui est en mille endroits disséminé"(Platon,Phèdre265d).

[26] "La continence nousramasse,nous ramèneàcette Unité que nousavionsperdue en glissant dans le Multiple"(St Augustin,Confessions, XXIX,40).

[27] On sait que, peu après Clément, saint Grégoire le Thaumaturge publiera un traité sur l'impassibilité et la passibilité de Dieu.

[28] En effet, la signification précise du nom Isaac est: Que Dieu rie, sourie, soit bienfaisant.

[29] B.de Margerie,IEPGO,p111.

[30] Né à Londres en 1801, après ses études à Oxford, il devint prêtre anglican. Après la lecture des Pères de l'Eglise, il se convertit au christianisme en 1845. Ordonné prêtre en 1847, il accéda au cardinalat en 1879. Fondateur de l'Oratoire anglais, puis recteur de l'université catholique de Dublin de 1851 à 1858, il développa dans ses ouvrages une spiritualité élevée et ouverte aux besoins de son temps. Il mourut à Birmingham en 1890.

[31] Cardinal J.H.Newman in Apologia pro vita sua.

[32] "Le symbole de Nicée, accepté en 325 par le concile du même nom, avait proclamé, sous l'influence conjuguée de théologiens occidentaux et de quelques théologiens orientaux inspirés par Marcel d'Ancyre, que le Fils de Dieu est consubstantiel (homosousios) au Père. L'ensemble des théologiens orientaux, conduits par Eusèbe de Césarée n'avaient pas tardé à réagir contre cette notion qui était étrangère à la tradition origénienne chère à l'Eglise d'Orient. Sans être totalement favorable à Arius, ce mouvement de réaction s'opposa vivement à Marcel d'Ancyre et Athanase (partisans du Concile de Nicée),etparvint à gagnerles empereursàcettepolitique religieuse"(P. Hadot,Athanasein Encyclopaedia Universalis,p712). Notons au passage qu'à Ancyre (aujourd'hui Ankara), Paul avait fondé une communauté chrétienne en 51, à qui il adressa ses lettres de soutien (Epître aux Galates).

[33] Ces exils furent décrétés par les empereurs romains qui sévirent au nom de leur arianisme: Constantin Ier, dit le Grand (306-337), Constance II (337-361), fils du précédent, qui avait reçu à sa mort les pouvoirs pour l'Asie et l'Egypte. Athanase fut envoyé à Trèves (capitale romaine des Gaules) (335-337), à Rome et Aquilée (339-346), dans le désert d'Egypte à deux reprises (356-361) et (362-363), et enfin dans la banlieue d'Alexandrie (366). Il n'occupa son siège épiscopal que pendant les 2/3 de sa vie d'évêque. Il mourut en 373.

[34] Sérapion: anachorète puis évêque de Thmuis en Egypte, était un ami commun d'Antoine et d'Athanase.

[35] ibid, P.Hadot.

[36] Premier temps, le Sauveur, Dieu depuis toujours et Fils; deuxième temps, plus tard, à cause de nous, il prit chair de Marie et devint homme.

[37] B.de Margerie, IEPGO,pp140-141.

[38] Tu m'as ouvert l'oreille (autre traduction dans le psautier romain: tu m'as formé un corps), pour entendre et obéir à cette directive nouvelle et précise.

[39] Ce rappel, fait avec force, s'inscrivait dans le cadre de la polémique sur le rôle d'Isaac dans l'économie du salut, polémique qui régnait à cette époque et qui s'étendit sur plusieurs siècles.

[40] Pour ces versets, se reporter aux pages 98 et 99 de ce livre.

[41] Bien que non patristique, cette exégèse a été reproduite, compte tenu de son ancienneté.

[42] Rupert de Thuy (forme ancienne) ou de Deutz (forme germanique) né vers 1075 à Liège en Rhénanie, est entré très jeune au monastère bénédictin de Saint-Laurent de Liège. Après "L'Office divin", il a rédigé un vaste commentaire de la Bible (De Trinitate) en trois parties, rapportant chacune à une personne de la Sainte Trinité: la Genèse au Père, l'histoire d'Israël et la Prophétie au Fils, le Nouveau Testament au Saint-Esprit. Il s'est trouvé mêlé aux controverses médiévales sur l'Eucharistie, soutenant la présence réelle,dans son Commentairedel'Evangilede St Jean, contre les disciples de l'hérétique Bérenger de Tours. Il est mort vers 1130.

[43] Voir le Psaume 86, lu au second nocturne de l'Office de la Dédicace, dont les antiennes sont précisément empruntées au récit de la vision de Jacob.

[44] Evangile de Jean,(1,51).

[45] "Quelle est cette échelle si haute, sinon la série des ancêtres du Christ que nous connaissons tous par la généalogie évangélique?...Les anges qui montent et descendent le long de cette échelle, ce sont les prédicateurs de la vérité, les annonciateurs et les témoins de la double génération , divine et humaine de Jésus-Christ. Jamais ils se tiennent fixés en haut ou en bas, car jamais ils n'annoncent un Christ pur homme ou pur Dieu, mais d'un pied sûr ils vont et viennent, disant en montant: "Au commencement était le Verbe" et en descendant,"Le Verbe s'estfait chair". Aussi est-ce à bon escient que Matthieu et Luc se partageant la tâche, l'un, Matthieu, descend d'Abraham jusqu'au sein de la Vierge, tandis que l'autre, Luc,remonte de Celui qui passait pour fils de Joseph jusqu'à Dieu",Rupertde Thuy, in Genesim I,7, c,22.

[46] "On ne trouve pas habituellement un symbolisme aussi complet et aussi détaillé que chez Rupert. L'échelle de Jacob fut cependant commentée assez tôt dans un sens allégorique, ainsi qu'en témoigne le traité 13 de Zénon de Vérone, c.3. Ce saint du IVème s., voit dans l'échelle la croix du Christ; ses deux côtés sont les deux Testaments, ses degrés sont la suite des vertus qui mènent le chrétien de la conversion à la perfection; les anges qui descendent ou qui montent sont les hommes qui retournent au siècle après y avoir renoncé, ou qui persévèrent dans le chemin du ciel" (note due au cardinal de Lubac qui a sélectionné cet extrait de Rupert dans Catholicisme, Paris Cerf 1995).

[47] Cette localité est toujours associée au terme de Paddam-Aram (plaine d'Aram identique à celui d'Aram-Naharaïm, ou Aram des deux rivières); cette contrée est située entre le Kabour à l'est et la grande boucle de l'Euphrate.

[48] (saint)Pantène: théologien sicilien, acquis à la philosophie stoïcienne; il passa au christianisme et dirigea l'école d'Alexandrie où il s'était établi vers 180, après un voyage missionnaire, sans doute en Arabie.

[49] Didascalée (du grec didaskaleton: école): nom donné à l'école catéchétique d'Alexandrie qui dispensait son enseignement aux catéchumènes.

[50] Matthieu, 19,12.

[51] P.Hadot, "Origène et origénisme" in Encyclopaedia Universalis, pp,230 à 232.

[52] Il mourut à Tyr vers 253 des suites de tortures subies durant la persécution de Décius. Son oeuvre comporte des livres d'apologie et de polémique: "Réfutation de Celse",..., des livres théologiques: "Des Principes" ou Peri Archôn,..., des livres ascétiques: "Exhortation au martyre", "Sur la prière",...,.

[53] Ces thèses condamnées se rapportent à la préexistence des âmes, à l'égalité originelle de tous les esprits, à leur chute due à la satiété de la contemplation, à la forme sphérique des corps ressuscités et au salut universel de tous les esprits qui retrouveront à la fin des temps leur condition première.

[54] P.Hadot,Ibid.

[55] "Ils se font un autre Dieu Créateur, dissociant les deux Testaments. Et Origène de comparer l'enseignement des hérétiques à de la fausse monnaie, une monnaie humaine et de mauvais aloi qui ne porte pas sur elle l'effigie du Seigneur; on l'a frappée hors de l'hôtel de la monnaie, c'est-à-dire hors de l'Eglise. Aussi devons-nous fuir cet enseignement: c'est un argent inique et porteur de peste."

[56] Luc Brésard, in Introduction aux Homélies sur les Psaumes 36 à 38 d'Origène (SC411 pp.24 et 25).

[57] Gnose: principe d'interprétation donné par la foi; seule la foi donne la gnose del'Ecriture,et de ses mystères.La gnose est développement de la foi, intelligence par l'action de l'Esprit de ce qui est Esprit au-delà de la lettre.

[58] Traité des Principes, IV,.2.4.

[59] J.Daniélou in Message évangélique et Culture hellénistique Tournai 1961, Livre III, chap.V.

[60] Ière Epître aux Thessaloniciens:"Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit gardé sans reproche à l'Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ".

[61] J.Daniélou,Ibid.
[62] Ibid.,IV.3.4(20).

[63] Quand l'auteur sacré parle du doigt de Dieu ou de son oeil, tous ces anthropomorphismes sont pour lui un sens littéral et "premier", et c'est chercher un sens spirituel ou allégorique que de dégager le sens figuré sous ces métaphores. D'où le constat de la présence fréquente d'un sens figuré dans l'Ecriture, par opposition au sens propre qui est à écarter.

[64] B.de Margerie, IEPGO,pp119-120.

[65] cf.,Ex.,17,11-16, p 202.

[66] Origène, in Traité des Principes,IV,2.6.(13).

[67] P.Hadot,Ibid.

[68] Cf. rappel de ce texte p 207.

[69] Cette dialectique typologique sera évoquée à nouveau avec Ambroise, dans ce tome, et ultérieurement, à nouveau avec Origène pour le chapitre des Psaumes.

[70] Cette application au mystère de la croix devient naturellement une application au mystère du baptême: Tertullien,De baptismo,9.

[71] cf. la précédente exégèse le concernant ainsi que sa biographie, p 23 s.

[72] On peut ainsi remarquer que, déjà pour Ephrem, Marie, au pied de la croix, contient l'Eglise.

[73] Ouvrage encore appelé Diatessaron (Sources chrétiennes n°121).

[74] B.de Margerie, IEPGO, p 175.

[75] Biographie et précédente exégèse de Saint Grégoire le Grand, à la page 41 de ce document.

[76] "Ce n'est pas seulement, d'ailleurs, l'Ecriture qui, dans le jeu du sens moral croît avec et dans le lecteur, c'est encore l'Eglise, dont il est membre, l'Eglise, corps du Christ, l'Eglise qui est au carrefour du sens allégorique et du sens moral (tropologique): car l'Ecriture en manifestant le Christ, dévoile l'Eglise qui "le répand et le communique" et cette Eglise continue d'être construite par lui dans les efforts, suscités par sa grâce, de garder ses commandements"(B. de Margerie).

[77] Evangile de Luc:

10,7: Demeure dans cette maison-là (cette maison d'un "fils de paix"), mangeant et buvant ce qu'il y aura chez eux; car l'ouvrier mérite son salaire.

[78] Texte et note de B. de Margerie in IEPLO p.162:

"Le concile de Trente a cité tous les textes qui suivent à propos du mérite des bonnes oeuvres, accomplies en état de grâce".

Epître aux Hébreux:

6,10: Car Dieu n'est point injuste, pour oublier ce que vous avez fait et la charité que vous avez montrée pour son nom, vous qui avez servi et qui servez les saints.

10,35: Ne perdez donc pas votre assurance; elle a une grande et juste récompense.

Deuxième épître à Timothée:

4,7: J'ai combattu jusqu'au bout le bon combat, j'ai achevé ma course; j'ai gardé la foi.

[79] Evangile de Matthieu:

16.24: Alors Jésus dit à ses disciples: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive.

25: Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera.

26: Que servira-t-il donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il ruine sa propre vie? Ou que pourra donner l'homme en échange de sa propre vie?

27: C'est qu'en effet le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa conduite.

28: En vérité, je vous le dis: il en est d'ici présents qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venant avec son royaume.

[80] B.de Margerie,IEPLO,p163.

[81] Au sens littéral correspond la théologie fondamentale, au sens allégorique la théologie dogmatique, au sens tropologique la théologie morale, au sens anagogique la théologie ascétique et mystique.

[82] B.de Margerie,IEPLO,pp184,185.

[83] Dans sa "Vie de Moïse", Philon donne des précisions sur cette fête pascale: "(224) En ce mois de l'équinoxe de printemps, vers le quatorzième jour, quand le disque de la lune est sur le point d'être plein, est fêté le Passage, festivité publique, appelée en hébreux Pâques; pour cette fête, il n'y a pas de sacrifices par les prêtres de victimes amenées par les particuliers à l'autel, mais par une disposition de la Loi, tout le peuple est prêtre, chacun amenant ce qu'il offre en son propre nom et le sacrifiant de sa main.(225) Et donc tout le peuple rayonnait de joie, chacun s'estimant honoré de la prêtrise. Mais d'autres passaient les heures dans les larmes et les gémissements, des parents à eux étant morts récemment et en menant leur deuil ils souffraient un double chagrin, car ils ajoutaient à celui que leur causait la mort de leurs proches, le chagrin d'être privés du plaisir et de l'honneur de la cérémonie, vu qu'il ne leur était pas permis en ce jour ni de se purifier, ni de s'asperger."

Se plaignant à Moïse de cette situation douloureuse, ces derniers obtinrent de lui la possibilité de célébrer la Pâque, au sein d'un deuxième groupe, un mois plus tard à condition que leur période de deuil fût révolue; purent ce joindre à ce groupe ceux qui, le jour de la fête officielle, se seraient trouvés en déplacement.

[84] Le Carthaginois Tertullien (155-222 environ) d'abord païen militant devint, après sa conversion, le premier écrivain chrétien du monde latin à commenter les Ecritures, non plus seulement en grec-langue qui constituait un lourd handicap pour l'Eglise d'Occident, et dans laquelle il écrivit cependant plusieurs livres-, mais en latin. En partie grâce à lui, l'exégèse biblique est passée de la langue savante du bassin méditerranéen en celle parlée par la masse urbaine aussi bien à Carthage qu'à Rome. Sa contribution à l'exégèse chrétienne, notamment dans la lutte contre la fausse gnose fut d'une très grande importance. Vincent de Lérins écrivait à son sujet au Vème s.: "Chez les Latins, on doit le considérer, sans hésitation, comme le prince de nos écrivains...Autant de mots presque autant d'idées."

Un peu oublié pendant le Moyen-Age, cet Africain revient au premier plan de la pensée ecclésiale à la faveur de la Réforme et de la Contre-Réforme. Bossuet s'en inspire et après lui Newman...Sans négliger l'importance des figures et des allégories, Tertullien a mis l'accent, contre Marcion (Adversus Marcionem), sur une méthode d'exégèse littérale, longtemps avant l'école d'Antioche. Comme saint Justin, il a souligné l'importance des grandes prophéties, dont il a donné "une interprétation exacte". Dans son interprétation authentique de l'Ecriture, il y apparaît comme un exégète magistral de saint Paul. J.F. Steinmann qui l'a bien étudié a souligné "la notion claire et toute moderne qu'a Tertullien du caractère évolutif de la révélation, en relation étroite avec la demutatio (changement) générale du monde. Non moins moderne est son sens des contradictions de la nature et de la dialectique de l'histoire".

[85] Originaire d'Afrique, il devint évêque de Vérone (vers 360) dont il est le patron.

[86] Evangile de Matthieu:

24,38:...les gens ne se doutèrent de rien jusqu'à l'arrivée du déluge, qui les emporta tous. Tel sera aussi l'avènement de Fils de l'Homme.

[87] Il en est de même pour saint Hilaire lorsqu'il commente le Psaume 135(134) où sont évoquées les peines infligées par Yahvé à Pharaon: "Pharaon, c'est-à-dire le démon,est misàmortquandle peuple estbaptisé;ilestnoyéavectouteson armée".

[88] Première épître de Paul aux Corinthiens:

10(1):...nos pères ont tous été sous la nuée, tous ont passé à travers la mer.

(2): tous ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer.

(3): tous ont mangé le même aliment spirituel.

(4): tous ont bu le même breuvage spirituel; ils buvaient en effet à un rocher

spirituel qui les accompagnait et ce rocher c'était le Christ.

[89] Le baptême est une mort au péché, une fois pour toutes, à l'exemple du Christ, comme il est dit dans Rom.,6,6: Comprenons-le bien, notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fût réduit à l'impuissance ce corps de péché, afin que nous cessions d'être asservis au péché. Sans doute la disparition définitive du péché est-elle l'apanage de la Jérusalem nouvelle que chante l'Apocalypse: Il essuiera toutes larmes de leurs yeux: de mort, il n'y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus, car l'ancien monde s'en est en allé (Apoc., 21,4). Mais "vivants à Dieu dans le Christ Jésus",la grâce opère déjà en nous une "mort au péché" (état de grâce) qu'il s'agit de rendre effective chaque jour un peu plus.

[90] voir ci-avant note 383.

[91] Hilaire a proposé une autre interprétation, les démons étant incarnés en Pharaon: "Pharaon, c'est-à-dire le démon, est mis à mort quand le peuple est baptisé; il est noyé avec toute son armée."

[92] On retrouve la même dualité d'interprétation concernant les Egyptiens chez Grégoire de Nysse. Dans son Sermon sur le baptême, c'est l'interprétation traditionnelle "où le diable avec ses suppôts, les esprits de malice, est accablé de tristesse et anéanti". Dans sa Vie de Moïse, on voit, à la manière d'Origène, les passions remplacer les démons.

[93] Introduction au livre de Ruth,p.85.

[94] Jn.,7,37: Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et il boira".


Date de création : 16/01/2007 @ 09:09
Dernière modification : 12/03/2007 @ 17:56
Catégorie : Théologie 1
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