Parcours

Fermer Parcours lévinassien

Fermer Parcours axiologique

Fermer Parcours cartésien

Fermer Parcours hellénique

Fermer Parcours ricordien

Fermer Parcours spinoziste

Fermer Parcours habermassien

Fermer Parcours deleuzien

Fermer Parcours bergsonien

Fermer Parcours augustinien

Fermer Parcours braguien

Fermer Parcours boutangien

Fermer Glossématique

Fermer Synthèses

Fermer Ouvrages publiés

Fermer Suivi des progrès aux USA

Fermer Parcours psychophysique

Fermer L'art et la science

Fermer Parcours nietzschéen

Fermer Philosophies médiévales

Autres perspectives

Fermer Archéologie

Fermer Economie

Fermer Sciences politiques

Fermer Sociologie

Fermer Poésie

Fermer Théologie 1

Fermer Théologie 2

Fermer Théologie 3

Fermer Psychanalyse générale

Fermer Points d’histoire revisités

Fermer Edification morale par les fables

Fermer Histoire

Fermer La numérisation du monde

Fermer Phénoménologie

Fermer Philosophie de l'attachement

Fermer Philosophie et science

Fermer Sciences Cognitives

Mises à jour du site

03/06/2018
Nouvelle persective :
Philosophie de l'attachement
- Présentation
- Articles recueillis sur la philosophie de l'attachement

07/05/2018 ajout :
Parcours braguien
- Religion et raison

08/04/2018 ajout :
La numérisation du monde
- L'intelligence artificielle (2)

17/03/2018 ajout:
Philosophie et science
- Esquisse d'un retour de l'esprit dans les sciences
Parcours habermassien
- Les relations entre l'Allemagne et la France

11/03/2018 ajout:
Parcours spinoziste
- L'ethique de Spinoza est une oeuvre systémique

04/03/2018 nouvelle perspective :
Sciences Cognitives
- Le cerveau social et ses implications

04/02/2018 ajout :
La numérisation du monde
- Le numérique au sein de l'enseignement supérieur
- Le numérique et ses fortes potentialités

Liens Wikipédia
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Parcours habermassien - Les relations entre l'Allemagne et la France

Lire cet article au format PDF

 

 

LES  RELATIONS ENTRE L’ALLEMAGNE ET LA FRANCE

 

HABERMAS publie un nouvel essai et une biographie lui est consacrée chez Gallimard. Pour Le Point, le grand penseur allemand s’exprime sur les relations entre nos deux pays.

Le 16 mars 2017, le jeune candidat à la présidentielle française Emmanuel Macron, 39 ans, qui fut un temps l'assistant du philosophe Paul Ricœur (1913-2005), a rencontré à Berlin le philosophe allemand Jürgen Habermas, 87 ans.

Propos recueillis par Pascale Hugues,correspondante du Point en Allemagne.
Interview traduite de l’allemand par Anne-Marie Geyer.
Publié le16 février 2018 sous le titre « Nous n’avons pas besoin d’un Macron en Allemagne »

« Les intellectuels engagés dans le débat public sont une espèce rare. Heureusement,il y a Jürgen Habernas ! » se réjouissait récemment un éditorialiste allemand. Né en 1929, représentant la seconde génération de l’illustre école de Francfort créée après la guerre à leur retour d’exil par Max Horkheimer et Theodor Adorno, Jürgen Habermas a toujours pensé à la confluence de la sociologie, des sciences politiques et de la philosophie. Un des intellectuels les plus renommés de notre époque, il n’a jamais hésité à intervenir, à protester, à donner son avis.De la bioéthique à la mondialisation, du libéralisme à l’Europe, Jürgen Habermas se mêle aux débats de notre temps. Il a suivi de près les immenses mutations qui ont chamboulé son pays depuis la chute du Mur, plaidant pour un « patriotisme constitutionnel » afin de défier le « nationalisme économique » qui servit d’identité de substitution aux Allemands d’après guerre, Jürgen Habermas est aussi un des grands penseurs de l’Europe. Il a soutenu avec enthousiasme le candidat Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle et a même accepté de venir débattre avec lui à l’université Humboldt de Berlin.

Alors que l’Allemagne vient de se doter d’un accord de gouvernement CDU-SPD après quatre mois et demi de tractations, Jürgen Habermas a choisi de nous livrer ses réflexions.

Le Point : En 2017, vous avez soutenu avec beaucoup d’enthousiasme la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle française. Pourquoi l’admirez-vous autant ? Rêvez-vous, comme beaucoup de vos compatriotes, d’un « Macron allemand »?

Jürgen Habermas : Vos questions me semblent formulées avec un peu trop d’enthousiasme. Nous n’avons pas besoin d’un Macron allemand puisque nous en avons un français - nous avons besoin d’un gouvernement allemand qui apporte la réponse juste. Ce qui distingue Macron de tous les dirigeants européens, c’est l’instinct politique avec lequel il voit en l’avenir de l'Union européenne un défi décisif, non seulement pour celle-ci mais aussi pour sa propre nation. Son sens des priorités va de pair, semble-t-il, avec l’heureuse coexistence de trois qualités :

  • sa volonté de faire bouger les lignes en politique.
  • une intelligence constructive apte à tracer une ample perspective ;
  • et la force de parole avec laquelle il a convaincu la majorité de la nation française et qui, espérons-le, sera entendue en Allemagne et en Europe.

Le Point : Partagez-vous cette image que la plupart des Allemands ont (ou avaient) de la France : un pays déprimé, râleur, incapable de se réformer ?

Jürgen Habermas : Je n’ai pas été en France ces derniers mois, mais j’ai l’impression que c’est plus qu’un gouvernement qui a changé : cela a suscité des attentes et le climat a changé. Bien sûr, j’entends aussi les nombreuses voix critiques, mais cette nouvelle polarisation politique est un signe de vitalité. Cependant, je compte sur la sagesse politique et le sens républicain du président : les partis politiques vont bientôt régénérer leurs forces et ne pas se laisser dépérir dans l’ombre populiste du succès plébiscitaire. Il n’y a pas si longtemps, Angela Merkel était «la femme la plus puissante au monde» et l’Allemagne conduisait les affaires européennes.

Le Point : la France de Macron est-elle en train de reprendre le leadership européen ?

Jürgen Habermas : il s’agit moins de leadership que de juste initiative. Celle-ci vient aujourd’hui du président français. Si cela satisfait les Français, c’est bien comme ça. Mais, plus que la fierté nationale, ce qui importe, c’est le but auquel doit conduire cette initiative, à savoir renforcer l’esprit de coopération entre tous les participants et modérer l’égoïsme national, y compris le nationalisme économique allemand. Il faut en effet que les peuples d’Europe comprennent que la solidarité qu’ils exercent aujourd’hui servira à plus long terme leurs propres intérêts.

Le Point : Emmanuel Macron a prononcé à la Sorbonne, deux jours après les élections allemandes, un plaidoyer en faveur de la relance de l’Europe. Pourquoi, à votre avis, a-t-il trouvé si peu d’écho, voire d’enthousiasme, en Allemagne ? Depuis le début de la crise bancaire, le gouvernement comme la presse allemande ont informé l’opinion publique de manière unilatérale – en ce sens que, pour faire court, nous, Allemands, sommes les trésoriers de l’UE et Merkel doit veiller sur notre argent. Dans ce débat sur les causes de la crise et ses remèdes nécessaires, nos divergences de style en matière économique et nos propres expériences des crises au fil de l’Histoire jouent, certes, un rôle non négligeable. Mais le respect fanatique des règles qui habite la politique d’austérité imposée par Schàuble trouve son écho jusqu’aujourd’hui dans l’opinion publique sur un ton qui ne facilitera pas au prochain gouvernement le retour à une appréciation souveraine du nécessaire équilibre des intérêts en Europe. La réunification allemande sous le sigle du retour à la « normalité » nationale a, hélas, engendré un changement de mentalité politique : il en résulte que l’accent est mis sur la défense des intérêts nationaux. Cette myopie est peu favorable à une politique de relance de la coopération européenne.

Le Point : Au sommet de sa puissance économique, l’Allemagne est-elle en pleine crise identitaire ? Votre pays est-il en train de changer profondément ?

Jürgen Habermas : Longtemps le verrou du « plus jamais ça » a tenu ; mais, depuis les législatives du 24 septembre, les nouveaux députés de l’AfD siègent au Bundestag.

Le Point : Y voyez-vous un danger ?

Jürgen Habermas : Quelque chose a changé, en effet, mais l’extrémisme de droite ne m’inquiète pas vraiment, pas encore. Ce point de vue est subjectif et seulement valable pour l’instant, car il est difficile de présumer de l’avenir à ce sujet. Que le populisme de droite s’exprime sous la forme d’un parti politique est certes une nouveauté en République fédérale. Mais cela résulte du cumul de réactions fort diverses – non seulement le rejet du nombre croissant de migrants mais aussi, par exemple, la peur du déclassement due à la prise de conscience des inégalités croissantes dans les classes moyennes. La répartition régionale des succès électoraux de l’AfD révèle aussi que le vote extrémiste de droite est le reflet de certaines expériences négatives et des conséquences sociales de la réunification dans l’ex-RDA. Avant tout, je vois dans le populisme diffus la note à payer pour une décennie de dépolitisation voulue dans une république du bien-vivre douillet où les vrais sujets d’importance, tel l’avenir de l'Europe, ne relevaient plus du débat public. Cette phase s’est terminée sous l’effet polarisant de la crise des migrants.

Le Point : Doit-on par conséquent dédramatiser ? L’Allemagne est-elle en voie de «normalisation» – comme tous les autres pays européens, elle a, elle aussi, un parti populiste?

Jürgen Habermas : Je n’irai pas jusqu’à dire cela. Car, depuis la fin du régime nazi, ce n’est pas la même chose que cela advienne en Allemagne ou en France – à savoir que certaines expressions, certains ressentiments, tabous chez nous depuis des décennies, acquièrent à nouveau une certaine normalité. Sur ce point, l’opinion publique en Allemagne fédérale réagit encore avec une sensibilité particulière.

Le Point : Comment percevez-vous aujourd’hui votre pays? Les Allemands sont-ils plus décontractés, plus sûrs d’eux-mêmes?

Jürgen Habermas : Plus sûrs sur la scène internationale.

Le Point : Trump, Erdogan, Poutine et le reste éveillent chez vous et chez nous les mêmes sentiments.

Jürgen Habermas :  Mais la nécessité que l’Europe devienne enfin « adulte », comme on dit, inquiète davantage l’Allemagne, plus transatlantiste et plus pacifiste. D’une manière générale, le sentiment d’une identité nationale prétendument « saine » est moins prononcé chez nous... Ce qui n’est pas sans avantages dans la constellation postnationale qu’est l’Allemagne. Donc plus sûrs d’eux-mêmes, oui. Plus décontractés, non. Mais il y a des raisons à cette forme de tension : la menace terroriste nous concerne aussi, ainsi que les mutations.

Le Point : Le « patriotisme constitutionnel » que vous aviez théorisé, selon lequel les Allemands ne doivent pas se sentir attachés à leur pays, coupable d’atrocités durant la Seconde Guerre mondiale, mais aux institutions démocratiques qui garantissent le respect des citoyens, est-il toujours d’actualité à l’heure de la montée des populismes dans toute l’Europe ?
Seulement si nous voulons réussir à construire une Europe ayant la capacité d’agir. Les peuples de nos petites nations européennes doivent être à même de reconnaître que seule une démarche commune leur permettra de co-décider de leur propre destin politique. Emmanuel Macron veut inviter 80 chefs d’Etat et de gouvernement à Paris pour célébrer le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, soulignant que «ce sera l’occasion de réfléchir à l’organisation du monde». Cette idée n’est-elle pas un peu présomptueuse?

Jürgen Habermas : Votre président aime les grands gestes; et sans doute, après tous les malheureux grands gestes que l’Allemagne a faits, pour lesquels l’empereur Guillaume II était déjà connu avant la Première Guerre mondiale, manquons-nous du juste regard pour apprécier les choses. J’ai le sentiment que Macron, lui, ne perdra pas son regard, et sous ces prémices, il ne peut pas être dommageable qu’il rappelle à ses collègues, timides et étriqués, que la politique ne se limite pas à l’opportuniste adaptation aux nécessités du jour et du pouvoir, prétendument systémiques. Le courage d’innover en politique exige un regard informé sur l’avenir. Il faut avoir le goût d’en savoir plus que les réalistes blasés qui s’empressent de dire que « celui qui a des visions doit consulter un médecin ». Jusqu’à présent, les visions de Macron demeurent à la hauteur de son intelligence. Et tant que c’est le cas, je suis reconnaissant à toute personnalité politique qui ose exiger encore de ses électeurs un raisonnement dépassant le cadre de la norme.

Le Point : Ne voyez-vous pas le danger que cette commémoration attise les ressentiments contre l’Allemagne?

Jürgen Habermas : Je ne vois pas ce danger. Mais il serait bon, à mon sens, que, par peur d’un tel danger, nos dirigeants rappellent que l’ancienne République fédérale, jusqu’à Helmut Kohl, s’est inscrite tranquillement dans le concert des nations, et que c’est précisément en considérant les intérêts de toute l’Europe qu’elle y a joué un rôle moteur, et ce à l’avantage de son propre peuple.

 

 


Date de création : 17/03/2018 @ 16:21
Dernière modification : 17/03/2018 @ 16:28
Catégorie : Parcours habermassien
Page lue 350 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


^ Haut ^