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Sociologie - Le vivre-ensemble



LE VIVRE-ENSEMBLE
 
ESSAI BASÉ SUR « L’ORDRE DES CHOSES » DE MICHEL MAFFESOLI
 
AVANT-PROPOS
 
Le causalisme reposant toujours sur l’idée d’absolu, tend à valoriser soit le Dieu, source de toutes choses, soit, sous forme profane, la Raison souveraine expliquant ces mêmes choses. Au contraire, en s’attachant à « l’observation-monstration », l’accent est mis sur la relation existant entre les faits. Non plus un au-delà : la métaphysique, mais bien une physique sociale : la sociologie. Celle-ci devant être, par essence, mondaine. C’est-à-dire s’attachant à ce monde-ci que l’on peut voir, et non à d’hypothétiques arrières mondes, aux contours indéfinis et on ne peut plus nébuleux.
C’est sur cette base que ce « visionnaire », quelque peu outrancier, qu’était Auguste Comte, au-delà des « visions » théoriques préalables, sut inventer la sociologie à partir de ce qu’il nommait l’« empirisme organisateur ». C’est-à-dire l’expérience collective issue de la sédimentation, sur la longue durée des lois naturelles, guidant l’organisation du vivre-ensemble.
Assises traditionnelles, celles de l’expérience collective, étant la cause et l’effet de l’expérience individuelle. Voilà bien la détermination, la limite, permettant que se réalise l’être-sociétal.
À l’autre bout de l’Hexagone, professeur à Strasbourg, Georges Simmel en appelle, lui aussi à cette observation visuelle et humble à la fois[1]. Fondement selon lui, de tout apprentissage sociologique. Dans une lettre à Célestin Bouglé, il rappelle que le « coup d’œil sociologique » est l’impérieuse exigence à laquelle doit s’astreindre tout étudiant en sociologie. Rappel judicieux quand on sait en quoi l’œuvre de cet auteur, négligée en son temps, est particulièrement pertinente pour comprendre le nôtre. Précisément en ce que ce « coup d’œil sociologique », on pourrait dire ce coup d’œil microscopique, permet justement de prendre au sérieux tous ces petits faits de la vie quotidienne sur lesquels, en son sens le plus simple, repose la culture ; autre manière de dire le vivre-ensemble.(146)
 
FONDEMENT DE TOUT VIVRE-ENSEMBLE
Ce qui meut la vie des sociétés, ce n’est nullement l’intelligence désincarnée, mais bien les processus d’attraction/répulsion, de suympathie/antipathie. Empédocle d’Agrigente a mis l’accent sur la bipolarité de l’amitié et de l’inimitié, Carl Schmitt a fait la théorie de l’« ami-ennemi », toutes choses accentuant l’immédiateté du vouloir. Ce qui, rappelle Michel Maffesoli, est la base même de ce consensus dont est fait le fondement de tout vivre-ensemble. « Consensus » qui n’est rien d’autre que le partage des sentiments, que le champ magnétique où s’exercent les attractions sociales.(52)
 
Un vivre-ensemble dégradé, fantasmé au XXe siècle, en Europe
À la fin du XIXe siècle, Freud, Jung, Nietzsche, ont installé – par leurs pensées du soupçon –, un certain relativisme, en soulignant qu’à la ‘perfection’ religieuse, puis rationaliste succédait la ’complétude’ d’un humanisme global sachant intégrer, au mieux, tous les possibles constitutifs de la nature humaine. En effet, selon eux, il importait de compléter la simple raison par les sens, les instincts, les sentiments et autres manifestations de cette capacité de fatasmer constituant l’entièreté de l’humaine nature. Très rapidement ces théories mettant en question la prévalence d’un Dieu Un, puis d’une Raison Unique, ne manquèrent pas d’influencer la vie culturelle, politique ou sociale d’une Europe voyant émerger les rêves bolchevique en Russie, nazi en Allemagne ou fasciste dans les pays latins. Rêves vite devenus cauchemars, mais qui témignaient d’une autre manière de penser et d’organiser le vivre-ensemble. Autre manière ne devant plus grand-chose au « Contrat social » rationnel ayant présidé à la naissance de la modernité.(34)
 
ACCROISSEMENT ET APPROFONDISSEMENT DU VIVRE-ENSEMBLE
Première étape : la constitution progressive du sens des mots
La spécificité de la connaissance humaine n’est autre que de savoir mettre en œuvre toute une batterie de métaphores d’analogies, et autres figures de rhétorique pouvant traduire la signification du vécu social. Ce n’est pas chose vaine encore moins une attitude frivole. Cela demande rigueur et exigence. Gilbert Durand a pu parler à ce propos de « bassin sémantique » : ce sens des choses qui se constitue peu à peu ; la « nomination » est un moment crucial de l’élaboration de ce qui est. C’est d’ailleurs le fait de dire, de nommer le moins mal possible ce que l’on vit, qui permet un accroissement et un approfondissement du vivre-ensemble.
Lequel est en, crise quand, justement, les mots ne sont plus en congruence avec les choses. Bis repetita placent : la crise est avant tout verbale, c’est quand elle n’a plus conscience de ce qu’elle est, quand elle ne trouve plus les mots pour dire ce qu’elle vit qu’une société n’a plus conscience en ses institutions, en ses élites, en sa manière d’être. La crise comme cosa mentale en quelque sorte.(42) 
 
Deuxième étape : le rôle des mots grâce à leur fonction symbolique (unir ce qui a tendance à s’éparpiller)
Peut-être est-ce au sein de cette rhétorique quotidienne qu’il faut rechercher ce qu’André Breton nommait « l’or du temps ». Ce qui fait sens dans l’insignifiant. Ce qui tout en étant de peu d’importance est d’une importance bien plus essentielle, ce qui constitue le ciment nécessaire à l’être et au vivre-ensemble. Les mots en leurs modulations imagées, métaphoriques ou allégoriques ont donc une fonction symbolique : ils unissent ce qui a tendance à s’éparpiller. C’est l’intuition du surréalisme donnant à la réalité une dimension bien plus riche et l’exhaussant ainsi en un Réel complexe.  
« Réel » gros de l’irréel, celui des rêves, des fantasmes, des fantasmagories diverses ; Réel s’enracinant profond dans les réseaux de la tradition, celui des « us et coutumes ».Toutes choses constituant le socle granitique servant d’assise à l’être-ensemble et qui, à certains moments affleure à nouveau. Réel qu’on ne peut réduire à une narration savante. Surtout lorsque celle-ci n’est plus liée au substrat populaire à partir duquel elle s’est constituée.(45)
 
Troisième étape : la nécessité d’une nouvelle épistémé en accord avec la nouvelle atmosphère du moment
C’est parce que, de facto, dans la société postmoderne, celle des tribus, existe une dialogie entre l’un et le multiple, c’est parce qu’est à l’œuvre un polyculturisme galopant, c’est parce que le multiculturalisme, dans tous les domaines, renaît en des formes sereines ou exacerbées, c’est bien parce que la mosaïque postmoderne devient l’expression d’un Réel éclaté et cohérent à la fois, c’est en fonction de tout cela qu’il faut mettre en jeu , au-delà de nos disciplines académiques, quelque peu figées et infécondes, une nouvelle épistémé en accord avec la nouvelle atmosphère du moment.
Ce qui n’implique pas forcément une nouvelle langue, mais une mutation par rapport aux concepts dogmatiques s’étant rigidifiés tout au long du temps. Ainsi que le note Martin Heidegger (dans Question IV) : «Seule une pensée pluriforme parvient à une parole… » Retrouver des mots pertinents qui, n’étant pas figés dans un système forclos, deviennent peu à peu, des paroles fondatrices. Paroles autour desquelles pourra s’élaborer le (re)nouveau di consensus omnium. Ce sentiment partagé par tous et assurant le ciment, le
 liant, du vivre-ensemble.(65)
 
Quatrième étape : la prise ne compte d’un inconscient collectif ressortant de l’interaction
L’archétype animant l’inconscient collectif, que l’on peut voir à l’œuvre dans la publicité, dans les clips, les jeux vidéos, mais aussi dans les forums de discussion, les listes de diffusion : « nouveau monde » qui n’est en rien réductible à des contenus intellectuels. Il met en scène des émotions de tous ordres. Il actionne des virtualités et des dynamismes étant rien moins qu’individuels. Cet archétype est l’expression d’un imaginaire collectif, c’est-à-dire d’un climat rendant le soi personnel tributaire d’un Soi général, où l’interaction dont il vient d’être question, est l’élément majeur du vivre-ensemble
À l’encontre de ce sur quoi s’est fondée la modernité, les symboles collectifs sont premiers. Et l’on ne peut comprendre les « hystéries » de tous ordres traversant le corps social, que si l’on a cela à l’esprit. Hystéries sportives, rassemblements musicaux, fanatismes religieux, soulèvements politiques imprévus, mimétismes tribaux de tous ordres, ne sont compréhensibles que si l’on sait déconstruire la bien-pensance habituelle, et repérer le retour d’un ordre des choses « archaïque ».(78)
 
RESSOURCEMENT DU VIVRE-ENSEMBLE
Première source : le retour en force de l’irréel dans l’organisation du vivre-ensemble
La constante, c’est le mythe du Puer aeternus (syndrome de Peter Pan : refus de grandir) qui, à certaines époques, souligne la reviviscence, la juvénilité de l’ordre des choses. Et il est aisé de voir en quoi et comment ce mythe trouve, de nos jours, une vigueur nouvelle. Par là se dit et se redit l’éternelle enfance du monde. L’importance des mythes, la fascination pour la mythologie, la célébration des dieux et des déesses (du stade, de la musique, de la télévision, etc.) en témoignent. On ne peut réduire le Réel à une réalité rationnelle.
L’irréel refait une entrée en force dans l’organisation du vivre-ensemble. C’est bien cela que ne peuvent pas saisir les esprits pressés, aux pensées courtes, désirant avant tout aller droit au but.
C’est bien cela que les esprits pressés ne peuvent pas saisir. les esprits pressés, aux pensées courtes, désirant avant tout aller droit au but.
En ces moments où les mythes retrouvent une force attractive, il faut prendre le temps de la réflexion ; savoir baguenauder autour d’une pensée centrale
C’est ainsi que l’on aborde au mieux, la complexité et l’entièreté des choses. C’est ainsi que l’on peut comprendre la gravité qui est à l’œuvre dans les contes et légendes dont on ne peut plus nier l’insolence et la juvénile vitalité.(79)
 
Deuxième source : l’indéniable vigueur des mythes dans la vie quotidienne postmoderne
Les historiens de l’Antiquité prémoderne ont pu montrer que la relation aux mythes était ce qui caractérisait le vivre-ensemble grec : c’est à partir de telle ou telle interprétation de la mythologie que l’on a telle ou telle organisation spécifique de la cité : par exemple, celle de Sparte ou celle, toute différente d’Athènes.
L’archéo-sociologie, dans le même ordre d’idée, celle d’une connaissance radicale, ne peut que constater comment les mythes trouvent une indéniable vigueur dans la vie quotidienne postmoderne. Les jeunes générations, en particulier, sont saisies par le (re)nouveau mythique. On peut même parler dans les diverses effervescences sociales ponctuant la vie courante, d’une véritable expérience mythique à forte charge religieuse et exprimant une sorte de connaissance innée de la vie dans ce « monde-ci ». Une telle restauration ne manque pas de poser question. Peut-être même est-ce la question primordiale qui doit préoccuper l’observateur social.
Donc, restauration du mythe ; de son efficacité sociétale dont rien ni personne n’est indemne. Le chef d’entreprise le sait bien, qui a du mal à mobiliser les énergies de ses cadres. Il en est de même du politique n’arrivant plus à faire rêver ses militants ou ses sympathisants à partir d’un simple programme rationnel. Et que dire de l’éducateur voyant tourner en dérision une culture et un mode d’apprendre singulièrement datés ? Sans oublier les parents dont le désarroi face aux mutations des valeurs affectives est tout à fait touchant ! En tout cela et dans bien d’autres domaines encore, il faut reconnaître que les mœurs évoluent. Encore faut-il accepter que le sens des mots y participe.(82)
 
Troisième source : le repérage dans les divers phénomènes contemporains du socle granitique sur lequel s’élabore le vivre-ensemble
Le chemin à faire pour bien saisir les leçons des mythes et le retour des archétypes dans la vie quotidienne,au-delà de la paranoîa conceptuelle, il faut :
        accepter que toute image visible d’une culture donnée s’enracine profond dans un substrat invisible, dans lequel on doit aller périodiquement se ressourcer ;
        comprendre que c’est un tel ressourcement qui se trouve en jeu de nos jours.
Rappelant ainsi que les thèmes mythologiques achétypaux constituent ces « pensées élémentaires » de l’humanité dont il faut reconnaître la richesse, ce qui faisait dire à Claude Lévi-Strauss que les hommes avaient « toujours aussi bien pensé ».
D’où la nécessité de savoir repérer, dans les divers phénomènes contemporains, ces images élémentaires, ces émotions de base, ces fantasmes immémoriaux, constituant le socle granitique sur lequel s’élabore le vivre-ensemble. Ces structures anthropologiques sont parfois oubliées. A contrario, il est des moments où elles renaissent, retrouvent force et vigueur et, dès lors renforcent la dynamique sociétale, cause et effet de l’énergie populaire.(85)
 
Quatrième source : le nouvel imaginaire qu’est en train de (re)créer le développement  technologique
Il peut paraître paradoxal de parler de ressourcement aux mythes fondateurs, ou d’enfouissement dans les tréfonds des archétypes primordiaux, en un moment où une culture technologique tend à contaminer l’ensemble de la vie quotidienne.
Mais de bons esprits n’ont pas manqué de remarquer que chaque fois qu’un nouveau cycle commence, les phénomènes paradoxaux tendent à prévaloir. La postmodernité n’est pas exempte d’une telle tendance qui voit, d’une manière paroxystique, la coïncidentia oppositorum, la concordance des opposés, que sont le développement technologique et la référence nostalgique aux mythes ancestraux.
Peut-être même est-ce la figure rhétorique de l’oxymore (ceci et son contraire) qui permet de comprendre nombre de phénomènes contemporains.
Souvenir du bon vieux temps, valorisation du patrimoine artistique, culturel, architectural, célébration des arts premiers, retour de la mode ethnique, accélération du commerce éthique, allant de pair avec une sensibilité écologique : le naturel, l’originel sont à l’ordre du jour. Il s’agit en tous ces domaines de célébrer l’organique. C’est-à-dire l’organicité liant tout un chacun à la tribu qui est la sienne et au territoire lui servant de support.
Les réseaux sociaux, les sites communautaires favorisent cette interaction et suscitent une contamination dont on commence à peine à mesurer les effets.
Là est, en effet, le paradoxe actuel qui voit les valeurs de la tradition se multiplier grâce à la vitesse de la culture cybernétique. C’est bien un nouvel imaginaire qui est en train de (re)créer le développement technologique. En la matière le ressourcement du vivre-ensemble à ses mythes anciens. Pour rester dans la figure de l’oxymore, il s’agit bien là d’un véritable enracinement dynamique.(86)
 
PERDURANCE DU VIVRE-ENSEMBLE
C’est bien parce qu’il y a un tel enracinement qu’il est nécessaire d’ajuster la réflexion à ce qui est
Qu’à l’image de ce qui est en jeu dans la vie sociale, véritable enjeu sociétal, la pensée retrouve elle aussi une réelle « organicité ». C’est en ce sens, d’ailleurs, que dépassant l’habituelle attitude critique, qui fut la marque de la modernité, elle (re)devient radicale : elle sait retrouver et dire les racines de l’être-ensemble.
C’est, en effet, un enjeu d’importance lui permettant d’échapper d’une part au négativisme de « l’esprit qui toujours nie » et d’autre part à la stigmatisation de ce qui est au nom de ce qui devrait être, au nom de ce que l’on aimerait qui soit…
Pour éviter cet écueil que serait une sociologie de circonstance, la référence à la mythologie est une parade de choix
Très précisément en ce qu’elle rappelle qu’il n’y a de croissance que grâce aux racines, éléments primordiaux du donné mondain. On peut éclairer cela par la remarque de Hannah Arendt rappelant que la tempête soulevée par la pensée radicale – elle prend l’exemple de Platon ou de Heidegger –, vient de ce qu’elle n’a pas son origine dans le siècle, mais qu’elle vient de l’immémoriel.Une telle pensée permet un accomplissement, parce que, justement elle fait retour à l’immémorial.(87)
 
On ne saurait mieux dire ce qui, à certains moments, va éclairer le présent en fonction du passé
Éclaircie qui est gage d’avenir. C’est ce qui peut s’appeler la « conquête du présent »
s’accorder à ce qui reste non pollué dans la société contemporaine ; se ressourcer à ces espaces de liberté où se niche, de plus en plus le vivre-ensemble
Un tel présentéisme » enraciné : vie courante, importance de la banalité de la proxémie, est ainsi le terreau, la bonne terre permettant qu’il y ait croissance sociétale. Mais, comme vient de le montrer Michel Maffesoli, le paradoxe n’est qu’apparent car, pour croître il faut des racines et c’est cela même que l’on est en train de (re)découvrit. C’est même le cœur battant de la socialité postmoderne, dont on voit ici les multiples exemples dans les sites communautaires propres à Internet et qui strito sensu « actualisent » ce qui est essentiel : ce qui rend actuels les anciens archétypes !
« Provenance est toujours avenir ». Un tel avertissement, revenant de manière récurrente dans l’œuvre de Martin Heidegger, est particulièrement instructif si l’on veut s’accorder aux caractéristiques essentielles de la culture postmoderne. (88)
 
La pensée organique est cela même qui, parce qu’enracinée, permet de comprendre la correspondance fondamentale entre les divers éléments du tout sociétal
Et cela même à l’encontre d’un anthropocentrisme dont on commence à mesurer les effets dévastateurs. la pensée organique est cela même qui, parce qu’enracinée, permet de comprendre la correspondance fondamentale entre les éléments du tout sociétal. La radicalité d’une telle sensibilité théorique nous arrache à la routine philosophique. Et ainsi penser, c’est s’accorder à ce qui reste de non-pollué dans la socialité contemporaine. Se ressourcer à ces espaces de liberté, ces utopies interstitielles, où se niche, de plus en plus, le vivre-ensemble et qui constituent ce que Michel Maffesoli a nommé « terreau », lieu où les racines se confortent.
C’est en s’accordant à ces mystérieux intersignes que sont les nouvelles formes de solidarité, les nouvelles manières d’exprimer la générosité humaine, les phénomènes caritatifs et autres expressions de l’ambiance émotionnelle, que la sociologie compréhensive sera en congruence avec le Réel où les fantasmes mythiques jouent un rôle de choix. Le mythe, c’est ce qui unit des initiés entre eux. Et c’est bien une forme contemporaine de l’initiation qui se joue dans le pacte émotionnel : celui de l’intensité d’un présent enraciné dans l’ancienne communauté de destin. (89)
 
L’IMMANENCE VÉCUE
La conscience porte maintenant son attention sur le vécu, le concret et les situations quotidiennes
Elle le fait suite à son refus des deux écueils qu’étaient l’idéalisme et le matérialisme. Mais cette nouvelle destination, bien entendu, ne permet pas de faire système puisqu’ il s’agit de suivre la vie en sa sempiternelle métamorphose.
Pour rester, encore, dans l’ordre des banalités phénoménologiques, c’est cela même qui permet de revenir à ces évidences ou intuitions originaires. Donatrices de significations.en ce qu’elles se content de tout ramener à l’immanence vécue.
Rückfrage, que l’on peut traduire par question du retour, peut-être question du rétro, en tout ce qui nous rappelle ce qui est à l’origine, c’est-à-dire ce qui ouvre (orire) le vivre-ensemble collectif.
 
Le préconceptuel
Question du retour se fondant sur la fameuse « époché » ou mise entre parenthèses des théories sur le monde. En effet, la suspension de nos routines philosophiques (n’est-ce point cela la doxa ou opinion savante ?) fait ressortir ce qui est fondamental, préconceptuel : les attitudes corporelles, les manières d’être, les us et coutumes que, pour reprendre une image familière, « on suce avec le lait maternel ». Toutes choses constituant cet habitus dont saint Thomas d’Aquin a montré l’importance, et qui ne sont rien d’autre que le commerce que l’on établit avec les choses en deçà et au-delà des représentations théoriques. (94)
 
 Le retour de l’être-là
Constat d’une grande banalité, mais qui est on ne peut plus masquée par la manière conceptuelle qui, par besoin de sécurité intellectuelle, tend à s’abstraire de la touffeur quotidienne. Ce retour à l’originel, donc aux choses-mêmes, permet
        d’une part, de rappeler tout ce que l’animal humain, comme toute autre espèce d’ailleurs, doit à l’innéité ; aux idées innées et aux manières d’être enracinées. Les habitudes, instincts et diverses humeurs individuelles ou collectives ne peuvent être compris que dans une telle perspective : il y a un donné irréfragable que l’on ne peut plus négliger.
        d’autre part, l’être-là enraciné est loin d’être homogène. Il ne peut, en rien, être réduit à l’unité. Le fantasme de l’Un est, certainement, la spécificité de la tradition occidentalo-moderne.
Revenir à l’ordre des choses réel incite à reconnaître que la complexité, ou la bigarrure prévaut. On peut comparer le Réel au manteau d’Arlequin ou à la figure artistique de la mosaïque où diversité et cohérence font bon ménage en une harmonie qui, tout en étant conflictuelle n’en est pas moins réelle.
Manteau d’Arlequin où les fragments, quoiqu’ordonnés, ne permettent pas une interprétation totalisante, voire totalitaire.
 
L’évidence originaire
Et cela la sagesse populaire le sait bien « qu’il faut de tout pour faire un monde ». Voilà ce qu’est une « évidence originaire ». Ce qui reconnaît la pluralité comme élément constitutif de toute vie en société. Or, pour le dire en des termes plus soutenus, ce qui fait reposer l’ordre des choses sur un « polythéisme des valeurs » ou chaque entité : valeur, idée, phénomène, habitude, etc., occupe la place qui lui convient et, ainsi, contribue à l’organisation de l’ensemble. (95)
 
L’intuition originaire
Très précisément en ce que, instinctivement, on pourrait dire en cette  intuition, le monde vécu est proche de celui que décrit la science-fiction. C’est-à-dire que
        d’une part, le festif (l’étrange, l’étranger, tous ces « aliens » peuplant nos villes) est accepté comme tel, et
        d’autre part, on pressent que ce monde « fictif » est bien le nôtre. Quelque part, nous sommes aussi des aliens ; et l’on s’accepte comme tel.
Michel Maffesoli le répète à l’envi, il y a de l’oxymore dans l’air du temps. Tout un chacun est autre que ce que l’on croit qu’il est. Chaque situation est autre que là où on voudrait la réduire.
C’est ce pluralisme dans les manières d’être et de penser qui est en cause et effet tout à la fois du tribalisme et du nomadisme postmodernes.
Ou plutôt qui redonne à ces structures « archaïques », (c’est-à-dire à ces fondamentaux) une vigueur nouvelle. Ce qui signifie que l’individu et son identité ne sont plus à l’ordre du jour.
De même l’assignation à résidence dans un «  état » stable laisse la place à une intense circulation, à un « commerce »dans tous les sens du terme. Bref, l’errance tend à prévaloir.
 
L’importance du nous communautaire
C’est bien l’importance du « nous » communautaire et le nomadisme multiforme qu’il génère qui induisent une nouvelle compréhension du rythme de la vie. Rythme où le relationnisme est primordial. Ce que l’on peut éclairer par une remarque de Heidegger : « rythme…ne veut pas dire fleuve ou flux, mais bien « jointure ». Le rythme est l’élément reposant qui ajointe et dispose la mise en chemin de la danse… ».
« Jointure ». Belle image soulignant que l’important est la relation, le lien avec l’altérité sous ses divers aspects. Une telle « mise en chemin » sociétale est particulièrement évidente dans l’imaginaire d’Internet, ou dans le relationnisme induit par le « smartphone ». Dans chacun de ces cas, ce qui importe, c’est de rentrer en contact avec « ceux de sa tribu ». Étant entendu, faut-il le préciser, que ce contact n’est pas de l’ordre du « contenu », mais se contente de privilégier le « contenant ». C’est-à-dire degré zéro de la dimension rationnelle et prévalence du rapport émotionnel. En bref, être-ensemble pour être ensemble ! (96)
 
Le « Vibrer avec l’Autre »
On est bien là au point nodal de ce que l’on peut nommer l’aporie [difficulté extrême] mystique
Il n’est pas question de chercher une solution. De réformer, révolutionner, changer de société. Mais bien au contraire de vibrer avec l’Autre, autre de la nature (deep ecology), autre du groupe (tribalisme), autre de la déité (religiosité).
C’est un tel retour au « ça » socio-anthropologique qui en appelle à une archéo-sociologie, une sociologie des profondeurs étant à même de repérer et d’évaluer la dynamique interne propre aux pulsions primitives du vivre-ensemble.
Là où la dichotomisation moderne avait prévalu (matériel/spirituel, corps/esprit, hédonisme/ ascétisme), l’intuition originaire pré et postmoderne, trouve et retrouve la « jointure ». Liaison entre la nature et la technologie permettant qu’à l’opposé d’une action, quelque peu paranoïaque – ultima ratio de la modernité, activisme aboutissant à un monde « construit » –, ce qui s’esquisse dans le retour à la « jointure », c’est un monde où la contemplation retrouve droit de cité. Alors que le « constructivisme » promettait le » meilleur des mondes », l’aporie mystique se contente d’œuvrer pour un monde meilleur.(97)
 
L’associationnisme
Relationnisme ou « associationnisme » montrant qu’il est bien délicat, voire impossible, de se dépêtrer de l’héritage du passé qui rappelle tout ce que nous devons à l’autre (celui du territoire et du groupe) qui nous constitue pour ce que nous sommes. 
L’associationnisme rappelle que l’on n’existe que sous le regard de l’autre. Le relationnisme met cela en situation en un lieu donné. Toutes choses rappelant l’aspect concret et inéluctable de la dépendance aux choses et aux autres dont est pétrie la condition humaine. Ce qui, également montre en quoi la liberté est un idéal abstrait qui est, très souvent, le propre d’esprits bornés, la plupart du temps peu assurés sur eux-mêmes. La religion de la liberté ne voulant pas se reconnaître comme telle, est diantrement asservissante en ce qu’au nom d’une illusion elle conforte le « conformisme logique », négation s’il en est de ce qui fait la noblesse de l’esprit humain : la lucidité.(98)
 
L’édification toujours inachevée du temple du savoir
Celle-ci aux belles époques de la pensée ne se leurre pas sur une illusoire liberté, consciente qu’elle est de tout ce qu’elle doit aux prédécesseurs : la longue lignée des sages ayant contribué à l’édification de ce temple toujours inachevé qu’est le savoir. Ce qu’elle doit aussi à ce qui sert de racines à l’entièreté de l’être. Lucidité, enfin, permettant de saisir le Réel en sa solide évanescence : une continue discontinuité de flux, de vibrations, d’ébranlements dont la somme constitue l’inéluctable communauté de destin propre aux sociétés humaines.
En bref, au-delà des systèmes conceptuels par trop étroits et combien rigides, une pensée authentique permet de repérer, parfois de saisir, les soubresauts intérieurs du monde. C’est cela que souligne la tautologie riche de sens : ce qui est est. Autre manière de dire : le monde va.
 
L’innéité des principes moraux
Déclarer que le monde va suppose que nous avons une connaissance innée des principes moraux, que cette conscience habituelle est immédiate, cause et effet du vivre-ensemble. La philosophie médiévale nommait cela « syndérèse ». Cette étincelle de l’âme exprimant une empathie profonde avec la vie en sa complexe richesse. Cette vie qu’il est fréquent de dénigrer, mais cette vie, alpha et oméga de tout et, bien sûr de la compréhension que l’on peut en avoir. Cette vie dont on peut dire paraphrasant Virgile : patuit Dea, elle se révéla déesse. C’est-à-dire ce en quoi et grâce à quoi le monde s’ordonne. Autre manière de parler de l’ordre des choses.
Ordonnancement où ce qui prévaut est non pas un « je » illusoire à la caducité programmée, mais un « nous » exprimant bien l’entièreté de l’être. En effet, ce « nous » il faut le comprendre comme étant la manière métaphorique de dire l’interaction, la correspondance existant entre les éléments naturels et humains du donné mondain. D’où la référence à la théorie des ensembles. « Nous » permettant donc de comprendre le « holisme » postmoderne.(99)
 
La conscience d’un tout plus vaste que le tout social
Un « tout » – bien plus vaste que le tout social qui présidait dans la pensée de Durkheim –, intégrant l’espace, la sédimentation culturelle, les générations actuelles et passées ; toutes choses caractérisant la communauté de destin et la solidarité organique qui la définit.
Dans une telle mise en perspective, le nous en appelle à une écosophie, c’est-à-dire à une sagesse du vivre-ensemble ne visant pas un but précis, celui du « sens » lointain, mais s’accordant tant bien que mal à un « sens » proche : la signification de ce « vécu » que tout un chacun vit avec d’autres en un lieu donné. Ce que l’on peut résumer par une expression proposée par l’École de Palo Alto en Californie : la Proxémie. (100)
 
NÉCESSITÉ DU RETOUR AU DONNÉ
On ne peut en effet se contenter de dépasser le donné, il faut constamment y revenir En bref constater que la raison propre à la culture ne peut que s’enrichir de l’apport de l’instinct naturel.
C’est de cette conjonction que peut naître une nature spirituelle, celle que l’écosophie s’applique à dévoiler !
 
Redécouvrir l’alliance des contraires
Tension fondatrice que celle voyant dans l’opposition le mouvement même de la vie. Mais tension reconnaissant la coïncidentia oppositorum la source de tout équilibre, celui de l’harmonie conflictuelle. Il s’agit d’une logique dite « contradictorielle », celle où le tiers est donné. Celle où l’on ne dépasse pas ce dernier en une synthèse aussi illusoire que fallacieuse. Logique « contradictorielle » enfin qui, stricto sensu, donne corps aux idées. C’est-à-dire les rend vivantes.
En un oxymore particulièrement saisissant, décrivant bien la situation qui était la sienne, prisonnier politique d’un pouvoir dictatorial, celui du nazisme, le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer donne une métaphore de la dialogie : « résistance et soumission ».
Que ce soit dans le monde naturel ou social, c’est bien ce double mouvement qui est au cœur même de la société humaine ; et que l’on mesure bien entendu, dans l’immémoriale sagesse populaire dont les stoïciens ont su tirer profit : agir ce n’est pas dominer, mais avec discernement, se joindre au déploiement des choses.
 
Reconnaître qu’il n’y a de vie qu’à partir et grâce aux déterminations
Determinatio logique qui, tout à la fois, limite et pourtant donne à être. Et contre les préjugés habituels du savoir établi, se souvenir que, comme le rappelait le physicien écossais James Maxwell(1831-1879), la cire est un liquide dur, et la chandelle un solide mou !
Constatation fruit du bon sens et de la droite raison réunis. Constatation empirique qui à l’encontre de l’activisme paranoïaque ayant conduit à la dévastation du monde, dont on peut voir chaque jour les effets, sait que sur la longue durée, il suffit de prêter la main à l’élan interne animant la nature, et que c’est cela qui assure l’équilibre du cosmos en sa totalité.
vivreensemblefig1.jpgL’« Angelus Novus » (tableau de Paul Klee), par exemple, ne progresse pas dialectiquement. Il a le visage tourné vers le passé. Le vent « le pousse irrésistiblement dans l’avenir auquel il tourne le dos… ce que nous appelons le progrès est cette tempête ». On peut dire que cette curieuse image, alliant les contraires ou unissant passé et avenir, souligne bien la perdurance de l’empreinte mnésique dans l’inconscient collectif. Prégnance des archétypes dont on peut voir les innombrables effets dans les succès des produits du terroir, dans les célébrations patrimoniales, les attachements localistes et autres réaffirmations des racines fondatrices du vivre-ensemble.
Ce sont les manifestations quotidiennes de ce que Goethe appelait les Urphänomen, ou phénomènes primitifs, qui doivent redynamiser une pensée fondée sur l’interaction entre le mot et la chose, l’expérience et l’idée, l’apparence et la signification, en bref sur une reliance rassemblant ce que l’habituelle attitude de l’analyse moderne s’était employée, avec constance, à séparer ; à dichotomiser à outrance, à séparer.(110)
Il s’agit là d’une mise en perspective « holistique » pressentant que, même si ses manifestations varient, la tradition, ce donné primordial de la condition et situation humaines, est une et qu’elle perdure dans le temps, retrouvant à certaines époques une vigueur nouvelle.
C’est ainsi qu’une lucidité, prudence et discernement, la pensée peut être l’écho d’un ordre des choses primordial. Écho de cette tradition souterraine dont on peut, prétentieusement, nier l’existence, mais qui, de manière têtue, sourd donc de nombreux problèmes de la vie quotidienne. L’imaginaire populaire en est pétri. Et les enthousiasmes de tous ordres : sportifs, musicaux, religieux, afoulements divers en témoignent d’une manière irréfutable.
 
Les générations se donnent la main et ainsi constituent une chaîne à la solidité éprouvée
C’est en étant conscient d’une telle continuité que l’on saura reconnaître qu’une pensée authentique n’est que l’écho, plus ou moins assourdi, de ce que Victor Hugo avait, bellement, nommé la « Légende des siècles ».
C’est cet enracinement dans un être authentique qui, curieusement, permet d’être en consonance avec la vie de tous les jours. Là est le secret de toute connaissance ordinaire permettant d’entendre la fusion harmonique existant entre des mélodies élaborées in illo tempore. N’est-ce point ainsi qu’il convient de lire la judicieuse remarque d’Alain reconnaissant que s’il avait été en « communication avec le présent, c’est, à ce que je crois, que j’ai pensé toujours par de très vieilles idées qui ont chance d’être bonnes à tout ; et j’ajoute qu’ainsi préparé j’ai tiré peut-être de mon expérience, qui est celle de tout homme, des connaissances que manquent, au contraire, ceux qui essaient de courir après la dernière idée. »
Sagesse roborative sachant faire créance à ces « très vieilles idées » dont on n’a pas fini d’éprouver la viridité et qui résistent à l’usure du temps. Elles sont le fondement de ce que dans le pragmatisme anglo-saxon, on nommait la common decency (George Orwell), cœur battant de la vie ordinaire. C’est grâce et par ce sens moral inné que peut se légitimer tout vivre-ensemble.
Il s’agit, en quelque sorte, d’une faculté instinctive, d’un sentiment spontané qui, au-delà ou en deçà des rationalisations subséquentes, assure le sens des choses, c’est-à-dire leur signification profonde.(119)
 
L’EN COURS DANS LE CYCLE POSTMODERNE
L’ordre symbolique en cours dans les sociétés postmo­dernes renoue, technologie aidant, avec la solidarité organique constituant le ciment des sociétés prémodernes. Autre manière de nommer la dimension traditionnelle dans la manière de penser et d’organiser le vivre-ensemble.
Ce qui induit qu’au-delà de la grisaille du concept, l’on sache revenir à la « vie effective », ce qu’ Heidegger nommait la facticité de l’existence.
C’est, d’ailleurs, l’inquiète interrogation de ce dernier qui permet de penser, avec justesse, lucidité, et pertinence, le retour à la fécondicité de la tradition. Son constat est clair, accablant aussi : « Aucune époque n’a accumulé sur l’homme des connaissances aussi nombreuses et aussi diverses que la nôtre... mais aussi, aucune époque n’a moins su ce qu’est l’homme... » Une information proliférante mais abstraite et désincarnée aboutit, stricto sensu, à un non-sens sociétal dont la fameuse crise est le nom !
La correspondance renoue avec la « vie effective ». C’est- à-dire avec une connaissance concrète issue de la sagesse des âges. Pour celle-ci l’action du vivre-ensemble est fonction de l’être profond des choses. Chacune d’entre elles, à sa place, et jouant son rôle, entrant en interaction dans la symphonie de l’ensemble. Il s’agit là, certes, d’une méta­phore, mais qui est des plus utiles  pour  penser la  mutation en  cours. Michel Maffesoli dit  bien « penser » et non dogmatiser, car la métaphore a pour fonction d’arracher ceux qui en sont capables, à leurs certitudes. La pensée métaphorique est une pensée qui transporte. (122)
 


[1] Cf. P. Watier, Simmel, sociologue, Circé, 2003.




Date de création : 24/01/2015 @ 16:37
Dernière modification : 24/01/2015 @ 16:56
Catégorie : Sociologie
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