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Sociologie - Penser la postmodernité (3)



PENSER LA POSTMODERNITÉ (3)
 
LA PENSÉE SELON LA TRADITION
[EXTRAITS][1]
 
SOMMAIRE
 
La vie effective
La loi de réversion

La vie effective
 
C’est la vertu de la tradition, virtu, c’est-à-dire sa force intrinsèque, qui permet de comprendre ce « proche » que l’on ne sait pas, ou que l’on ne veut pas, voir.
(115) Ce « proche » qui est déjà là et meut, en profondeur, la vie quotidienne en ce qu’elle a de plus banal et d’anodin. Quasiment ce qui constitue les éléments physiologiques de l’existence courante : habiter, manger, s’habiller. Cet « habitus » d’antique mémoire constituant ainsi que l’ont bien montré, chacun à sa manière, saint Thomas d’Aquin, Spenglerou Panofsky, l’ajustement de l’animal humain à la biosphère qui est la sienne[2].
(116) Et est-ce paradoxe que de reconnaître que l’on n’est en alignement avec nos contemporains, en phase avec le temps présent que si l’on sait s’assurer[3] à ces trois vieilles idées ayant fait leurs preuves. Assurance reconnaissant que le « nor­mal », d’obédience rationnelle, est de peu d’intérêt face à un « ordinaire » ayant, quant à lui, une profonde signification. Ordinaire complexe, ambigu, parfois imprévisible, où se cris­tallise cette énigme insoluble qu’est la vie.
Telle est bien la véritable base continue du chemin de pensée de Michel Maffesoli. Peut-être faudrait-il dire de sa mélodie théorique.
 
Il est une force du commencement, un principe intérieur qui structure, sur la longue durée, les manières d’être et de penser.
Commencement qui, stricto sensu, nous possède et fait de nous ce que nous sommes. Et ce tant au niveau personnel que collectif. Le commencement, que ce soit celui de l’enfance, du pays, de la nature, est « indice ». C’est-à-dire « index » : il indique le déroulement de ce qui va suivre.
On ne renouvelle pas sa manière. On l’approfondit. Et c’est bien ce rythme de la vie à partir d’une origine que Michel Maffesoli avait nommé, en son temps, « enracinement dynamique ». Croissance à partir des racines, ce qui est le cœur battant de toute pensée traditionnelle. Pensée s’employant à chercher, dans l’œuvre humaine, la « leçon » pouvant s’en dégager. Et ainsi, transmettre ce que l’on a pu acquérir de sagesse aux suc­cessives générations. N’est-ce point cela qui guide la démarche d’une socialisation digne de ce nom ? N’est-ce point-là le secret de ce qui est magistral ? C’est-à-dire ce qui appartient à la démarche initiatique, par opposition à la paranoïa qui très souvent prévaut dans l’enseignement.
Chemin de pensée qu’il est difficile de faire admettre tant il est vrai que prévaut une prétention de se construire et, donc, de construire le monde .à partir de la toute-puissance d’un esprit souverain, maître de lui et de l’univers en son entier.
 
En effet, être l’auteur et l’acteur de son histoire individuelle, et participer, ainsi, à la réalisation de l’Histoire du monde, n’est-ce point le principe directeur des Temps modernes ?
(117) C’est ce qui fait, qu’en étant ou non conscientes, les élites modernes continuent, en dignes héritières de la Théologie, à croire en une Vérité substantielle, unique et valable en tous lieux. Il est dur de leur faire comprendre que, de toute éternité, il y a des vérités momentanées, et locales. Qu’existe une « constellation aléthéiologique », tributaire d’un lieu et du présent. C’est une telle relativisation de la Vérité, disons-le tout net, c’est un tel relativisme qui est à même de saisir la lente, et constante, incubation des phénomènes permettant de comprendre l’émergence de ces événements que l’on se figure nouveaux, alors qu’ils ne font que manifester la perdurance, la vitalité et le resurgissement de racines archétypales.
Un de ces éléments constitutifs de la crise de la moder­nité est bien la saturation de la paranoïa « constructiviste ». Et dès lors, en pratiquant la technique du cheval de Troie, à l’intérieur du savoir établi et de l’opinion publiée, montrer, d’une manière corrosive, qu’au-delà de l’ingénierie sociale, s’attachant à la simple superficialité des choses, il existe un substrat autrement plus profond assurant, (re)assurant, le vivre- ensemble en de solides assises. Ce qui, méthodologiquement, incite à faire diagnostic pour fonder le pronostic. C’est sur un tel va-et-vient que repose la légitime compréhension de la tonalité fondamentale du moment. Autre manière de dire l’Esprit du temps.
 
Il peut sembler paradoxal, en un temps où le mythe progressiste règne en maître, de rappeler tout ce que nous devons aux racines culturelles, à la mémoire collective, aux instincts animaux qui nous gouvernent
(118) En bref à toutes ces structures anthropologiques dont nous sommes, essentiellement, tributaires. Il s’agit là de ce qui est « in-su », mais dont on ne peut nier l’efficience, non seulement au niveau personnel, mais bien dans la vie sociale. C’est un inconscient collectif dont on n’a pas fini d’explorer les contours.
C’est bien en le prenant en compte que l’on saura, avec justesse, analyser aussi bien la publicité que le succès de telle œuvre filmique, picturale ou musicale. Tant il est vrai que le substrat traditionnel, c’est-à-dire les racines mythiques sont au cœur même de la culture quotidienne. C’est même ce qui, sans que l’on en soit forcément conscient, assure sur la longue durée la perdurance du lien social. Ou mieux la solidité de ce qu’il est convenu de nommer le sociétal.
On peut, à cet égard, parler de « cryptomésie ». Une mémoire cachée en quelque sorte, faisant croire à un individu que telle idée, telle manière d’être, tel comportement lui est propre alors que tout cela vient de fort loin. Est enfoui dans la mémoire collective que l’on peut faire sienne sans s’y référer explicitement. Pour reprendre un oxymore connu : une docte ignorance. On sait sans savoir. On est pensé plus qu’on ne pense. On est agi, plus qu’on n’agit en connaissance de cause !
 
Un tel enracinement dans la tradition est, certes, l’insu de tout un chacun
Mais c’est sur lui, également, qu’une nation assure ses assises. On sait tout ce que l’histoire de France doit à certains mythes. Et il en est de même pour toutes les sagas collectives, quelles qu’elles soient. Les travaux des historiens pourront s’employer à mettre à bas ces contes et légendes ancestraux, ils continueront à animer l’imaginaire des peuples. En son sens strict : leur donner une âme.
Qu’il soit vrai ou faux qu’Énée soit parti de Troie en por­tant son vieux père sur ses épaules importe peu. Il suffit que Virgile en ait fait l’ancêtre de la maison impériale d’Auguste pour que Rome soit auréolée d’une tradition vénérable. Idée romantique, certes, mais permettant de comprendre qu’au- delà des siècles, ou plutôt au travers de ceux-ci, les généra­tions se donnent la main et, ainsi, constituent une chaîne d’union à la solidité éprouvée.
(119) C’est en étant conscient d’une telle continuité que l’on saura reconnaître qu’une pensée authentique n’est que l’écho, plus ou moins assourdi, de ce que Victor Hugo avait, bellement, nommé la « Légende des siècles ».
C’est cet enracinement dans un être authentique qui, curieusement, permet d’être en consonance avec la vie de tous les jours. Là est le secret de toute connaissance ordinaire permettant d’entendre la fusion harmonique existant entre des mélodies élaborées in illo tempore. N’est-ce point ainsi qu’il convient de lire la judicieuse remarque d’Alain reconnaissant que s’il avait été en « communication avec le présent, c’est, à ce que je crois, que j’ai pensé toujours par de très vieilles idées qui ont chance d’être bonnes à tout ; et j’ajoute qu’ainsi préparé j’ai tiré peut-être de mon expérience, qui est celle de tout homme, des connaissances que manquent, au contraire, ceux qui essaient de courir après la dernière idée[4]. »
Sagesse roborative sachant faire créance à ces « très vieilles idées » dont on n’a pas fini d’éprouver la viridité et qui résistent à l’usure du temps. Elles sont le fondement de ce que dans le pragmatisme anglo-saxon, on nommait la common decency(George Orwell), cœur battant de la vie ordinaire[5].
 
C’est grâce et par ce sens moral inné que peut se légitimer tout vivre-ensemble
Il s’agit, en quelque sorte, d’une faculté instinctive, d’un sentiment spontané qui, au-delà ou en deçà des rationalisations subséquentes, assure le sens des choses, c’est-à-dire leur signification profonde.
(120) C’est en oubliant cette « décence ordinaire » que l’on court après la dernière idée venue. Et ce, faut-il le rappeler, d’une manière vaine. Tant il est vrai que ce qui est « moderne », c’est-à-dire à la mode, a peu de consistance, et ne résiste pas à l’épreuve du temps, c’est-à-dire à celle de l’expérience col­lective dont la sédimentation s’est faite d’âge en âge : « Qu’ils n’ont été ni plantés, ni semés, que leur tronc n’a point jeté de racines dans la terre, et qu’un souffle les emporte comme de la paille[6] ». La sagesse juive l’a dit et redit de mille manières, et on retrouve cela dans toutes les cultures du monde : il n’y a de force qu’à partir des racines. C’est ce qui assure la production et la reproduction de toute vie mondaine.
Sagesse, a dit Michel Maffesoli, qu’il faut comprendre en son sens plénier, où s’allient tout à la fois le goût d’exister, ce que rappelle l’étymologie du terme sapidus, et le savoir de l’expé­rience collective (saperé). C’est en fonction de cela que l’on peut dire qu’à l’opposé d’un universalisme progressiste, ayant imposé, tout au long de la modernité, les valeurs occidentales efficaces mais bornées, on voit revenir l’universalité de la pro­gressivité. Celle d’une sagesse reconnaissant comme humaines ces valeurs qui comme le disait en une formule craquante de sens, Vincent de Lérins : quod semper, quod ubique, quod ab omnibus, « Tenir pour vérité de foi ce qui a été cru partout, toujours et par tous. »
 
Est-ce, comme il est aisé de le dire, être réactionnaire que de s’assurer de telle façon
Ce n’est pas certain. Et la sensibilité contemporaine fatiguée d’une dévastation du monde aux effets par trop prévisibles, est prête à entendre l’injonction de Joseph de
Maistre : « nos pères ont jeté l’ancre, tenons-nous-y[7]... »
(121) Voilà qui fait autorité : c’est-à-dire ce qui fait croître, assure pérennité et surplus d’être. La force des racines est une banalité de base que l’on ne peut plus ignorer. La haine du passé a marqué le cycle moderne. Le sens de la tradition, celui d’un ordre symbolique est, certainement, la caractéristique essentielle de ce qui est en cours dans le cycle postmoderne.
L’ordre symbolique est celui de la correspondance, qu’il convient de comprendre en son sens plénier : l’interaction, la réversibilité, l’action-rétroaction entre des phénomènes, des situations, des manières d’être que l’on pourrait croire sépa­rées ; et qui furent séparées tout au long de la modernité.
Ne fût-ce que d’une manière allusive il est, en effet, nécessaire de rappeler que les Temps modernes mirent à profit, d’un point de vue théorique puis pratique l’adage connu : diviser pour mieux régner. En découpant le Réel en ron­delles et en « bocalisant » le savoir, on obtint des résultats efficients. La nature fut domestiquée et/ou dominée. La vie sociale, à l’identique, fut « curialisée » et aseptisée à outrance. Norbert Elias résuma un tel processus dans ce qu’il nomma la « dynamique de l’Occident[8] ». Et c’est bien en effet, une occidentalisation du monde qui prévalut jusqu’à la fin du XIXe siècle.
 
L’ordre symbolique en cours dans les sociétés postmo­dernes renoue, technologie aidant, avec la solidarité organique constituant le ciment des sociétés prémodernes
Autre manière de nommer la dimension traditionnelle dans la manière de penser et d’organiser le vivre-ensemble.
(122) Ce qui induit qu’au- delà de la grisaille du concept l’on sache revenir à la « vie effective », ce qu’ Heidegger nommait la facticité de l’existence.
C’est, d’ailleurs, l’inquiète interrogation de ce dernier qui permet de penser, avec justesse, lucidité, et pertinence, le retour à la fécondicité de la tradition. Son constat est clair, accablant aussi : « Aucune époque n’a accumulé sur l’homme des connaissances aussi nombreuses et aussi diverses que la nôtre... mais aussi, aucune époque n’a moins su ce qu’est l’homme[9]... » Une information proliférante mais abstraite et désincarnée aboutit, stricto sensu, à un non-sens sociétal dont la fameuse crise est le nom !
La correspondance renoue avec la « vie effective ». C’est- à-dire avec une connaissance concrète issue de la sagesse des âges. Pour celle-ci l’action du vivre-ensemble est fonction de l’être profond des choses. Chacune d’entre elles, à sa place, et jouant son rôle, entrant en interaction dans la symphonie de l’ensemble. Il s’agit là, certes, d’une méta­phore, mais qui est des plus utiles pour penser la mutation en cours. Michel Maffesoli dit bien « penser » et non dogmatiser, car la métaphore a pour fonction d’arracher ceux qui en sont capables, à leurs certitudes. La pensée métaphorique est une pensée qui transporte.
Elle unit ce qui est disparate, divers, mais n’en appelle pas moins à une harmonie, fût-elle conflictuelle. Principe de subsidiarité qui, avant d’avoir une application administrative, par exemple dans l’Union Européenne, exprimait la complémentarité des compétences et des autorités multiples en un ensemble pluriel mais non moins cohérent. En ses spécificités, ses qualités particulières, chacun, chaque phé­nomène, chaque entité, s’intégrant dans une organicité des plus solides.
 
Parmi les exemples, d’un tel « uni-vers » (l’un et le divers) organique, celui fort bien analysé par Erwin Panofsky
(123) Il le fait en montrant, avec érudition, les analogies intrinsèques existant entre des phénomènes en apparence disparates. Ainsi l’étroite connexion existant entre l’architecture gothique et la pensée scolastique[10]. La société médiévale, qui n’était en rien obs­curantiste comme a voulu le faire croire le progressisme du XIXe siècle, reposait en son entier sur un complexe système de solidarités organiques où les droits et les devoirs s’épau­laient réciproquement. Ce qui ne fut pas pour rien dans l’efflorescence intellectuelle, architecturale et sociétale dont l’histoire, de multiples manières, porte témoignage, et dont les œuvres de fiction contemporaines montrent l’étonnante fécondité.
S’il est un aspect permettant de comprendre la vitalité médiévale et la fascination qu’elle continue d’exercer de nos jours, en particulier pour ce qui concerne les jeunes généra­tions, c’est bien le fait qu’au-delà ou en deçà de la maîtrise de l’Histoire constituant le fondement de la dogmatique moderne, c’est une conciliation de l’homme et du fatum qui est en jeu dans la solidarité organique propre à la prémodernité et qui renaît dans la postmodernité.
La maîtrise de l’Histoire repose sur la prétention à éradiquer le mal et donc à dépasser la mort. Cela trouve son origine dans le mythe salvateur de la croix rédemp­trice et s’achève, au XIXe siècle, dans l’élaboration des théo­ries d’émancipation à consonance socialisante.
 
Ainsi que le remarque Chateaubriand, « l’histoire de la société moderne commence au pied et de ce côté-ci de la croix[11]. »
(124) Le pro­létariat, forme profane du Sauveur, devant permettre la réa­lisation de la société sans classes. Le paradis sur terre en quelque sorte.
Tout autre est l’accord avec le destin caractérisant le sentiment tragique de l’existence propre à la solidarité orga­nique. Pour une telle sensibilité ou atmosphère mentale, il s’agit, avec humilité, de composer avec la part d’ombre : mal, péché, dysfonction, caractérisant l’humaine nature. Tout l’art de vivre consistant à apprivoiser cette part du diable, voire à savoir l’utiliser en vue non d’un bien-être absolu, mais d’un mieux-être relatif. D’où l’importance de la sagesse progressive venant du fin fond des âges. Sagesse de la tradition, sachant, de savoir incorporé (et non pas simplement conceptuel), qu’il ne sert à rien de regimber contre la nécessité, il suffit de savoir s’en accommoder.
« Grise est la connaissance, vert l’arbre d’or de la vie », rappelle Goethe. Voilà qui incite à chercher ce qui est et non ce que l’on aimerait qui soit. Voilà, aussi ce qui fonde la réversibilité entre amor fati et amor mundi ! Accepter, et donc, aimer le destin, prédisposant à aimer ce monde, et non le dévaster. En bref, le retour à l’organicité tradi­tionnelle, c’est rappeler, comme l’a fait Michel Foucault, l’étroit rapport existant entre les « mots et les choses » : c’est-à-dire l’épistémé. Celle-ci étant tout simplement « l’ordre en son être même[12] ». Ordre naturel et jaillissant, ordre antérieur à toutes théories, mais qui n’en vivifie pas moins le vivre- ensemble fondamentaL.
 
La loi de réversion
 
C’est bien la vie effective, celle de tous les jours, qui nous incite à prendre acte d’un point de saturation auquel est arrivée la civilisation moderne
(125) Saturation entraînant le choc en retour dont il vient d’être question. D’où le processus de récurrence s’exprimant bien sûr, d’un point de vue théorique, mais également dans les pratiques quotidiennes de l’homme sans qualité. Une véritable palingénésie est en cours.
Genèse nouvelle en ce qu’elle invalide ce qui fut le dogme moderne par excellence : le monde se résume en sa matérialité. Palingénésie insistant sur le fait :
         d’une part, que la connaissance du social (en ce qu’il a de simple­ment rationnel), n’est possible que sur la base d’une prise en compte du sociétal (avec la charge émotionnelle que l’on sait) ;
        d’autre part, que cet élargissement du social en un sociétal plus complexe ne permet plus de considérer l’économie comme étant l’ultima ratio de toute vie en société.
Ce fut, en effet, la marque spécifique des Temps modernes que de déifier la matérialité économique. Et, tout comme Dieu était, dans les religions monothéistes, causa sui, cause de lui-même, et donc, de tout ce qui était subséquent, de même, pour les économistes dévots du « chiffre » tout prend sa source, et trouve sa fin dans le bien-être matériel. De ce point de vue on pourrait parler d’une « astro-économie » n’ayant rien à envier à l’astrologie stricto sensu, en ce que l’une et l’autre prédisent ce qu’il est bon de faire pour accéder au bonheur.
 (126) Certes, cela se pare de légitimations et de rationalisations, apparemment plus sophistiquées. De sorte que si l’on sait décrypter les habituels boniments des prestidigitateurs économistes, et de leurs affidés politiques, il est aisé de repérer le simplisme de la vulgate « bourgeoisiste » : la vie de l’esprit, la conscience sociale, l’inconscient collectif, tout cela n’est que le  « reflet » de la matérialité des choses, nouveau dieu dont l’économie est l’évangile, et ceux qui en sont les défenseurs, les prophètes attitrés.
 
C’est bien cela qui, de multiples manières, et un peu partout, semble être mis en cause
Les diverses « indignations », révoltes, rébellions et effervescences ponctuant l’actualité tra­duisent le fait (sans en être forcément conscientes) que ce que certains mystiques nomment le « règne de la quantité » (René Guénon) ne fait plus totalement recette. Les jeunes générations n’entendent plus « perdre leur vie à la gagner ». En bref, le qualitatif, sous ses divers aspects, retrouve une étonnante vitalité. La reviviscence de la religiosité en témoigne. L’importance des phénomènes culturels en est un indice indé­niable. Les forums de discussion philosophiques et autres sites communautaires montrent bien que l’autonomie de la vie de l’esprit est une réalité incontournable.
Le sociologue américain Pitirim Sorokin a bien mon­tré que, régulièrement, dans la vie des sociétés, intervient un phénomène de saturation. Ainsi, par exemple, lorsqu’un consensus culturel à dominante rationaliste (idealistic) atteint sa limite, on observe un basculement dans son antithèse, et le consensus sera de plus en plus émotionnel (sensate[13]). Ce dernier pouvant prendre des formes on ne peut plus diverses : du sentimentalisme, voire de la sensiblerie des séries télévisées au bénévolat dans des « ONG » humanitaires, en passant, on l’a dit, par les « indignations » de tous ordres : (127) politiques, sportives, musicales, ou tout simplement, quotidiennes.
 
C’est cette saturation paroxystique qui produit un ren­versement axiologique ou basculement de l’axe de la connais­sance[14]
Pour le dire avec une expression utilisée en géo­métrie : point d’inflexion où s’opère un changement de direction. En la matière, la fin d’une monopolisation épistémique, par exemple celle du rationalisme, provoquant un « choc en retour », la récurrence de phénomènes, d’idées, d’interprétations que le progressisme moderne avait eu l’ambition ou la prétention de dépasser. Pour donner une image, faisant écho à une pratique largement répandue en tous domaines : le vintage [le millésimé] postmoderne comme nostalgie des racines anthropologiques.
Il s’agit là d’une véritable « loi de réversion ». Ce que certains musicologues nomment le « miracle de l’octave » par lequel toute progression en avant devient, inéluctablement, retour au point de départ. C’est-à-dire à ce qui est fonda­mental : l’octave. Ce mouvement qui à partir d’un son de l’échelle musicale fait progresser vers et arriver au même son, peut s’appliquer aux phénomènes sociaux où s’exprime la nos­talgie de l’origine. Henry Corbin montre qu’un tel processus d’itération, loin d’être simplement régressif, est l’expression d’une sorte d’automultiplication[15].
Un tel « miracle de l’octave » permet à Michel Maffesoli de faire une distinction entre simple progressisme, idéologie fort théorique d’un Progrès illimité, et « progressivité » n’envisageant la crois­sance qu’à partir de racines lointainement ancrées dans la tradition immémoriale de l’humanité[16].
 
(128) Progressivité des choses rendant attentif à cet « innéisme » nous rappelant l’essence animale de notre espèce
Obligeant, également, d’admettre qu’un réel invisible sous-tend la réalité visible. Toutes choses qui furent bien développées en psychologie : Gestalttheoriemettant l’accent sur la prévalence de l’ensemble ; en éthologie lorsqu’elle repère des Urbilder, images primordiales que l’ins­tinct animal intègre spontanément ; en anthropologie, ainsi Lévi-Strauss : « Les hommes ont toujours aussi bien pensé. »
Le processus d’anamnèse archétypologique est un élé­ment fondamental de l’espèce humaine. C’est la nostalgie de ce que certaines sociétés de pensée nomment la « parole perdue ». Parole fondatrice à tout établissement social qui, perdue, dévoyée, oubliée, n’en reste pas moins à l’origine d’une quête constante. Il se trouve que, sous des noms divers, cette éternelle « quête du Graal » est un élément essentiel de l’architecture postmoderniste et un élément moteur de l’architectonique postmoderne.
La répétition dans le stylisme contemporain, le retour à l’ethnique, le « vintage » sous ses diverses modulations, le succès de la généalogie, la lancinante référence au « tribalisme » en ses diverses manifestations, le gothique musical, la nostalgie du médiéval, l’importance de l’ésotérisme et du syncrétisme religieux, la marchandisation des produits du terroir et du folklore, tout cela et bien d’autres choses encore rappellent la prégnance de l’anamnèse archétypologique dans la structu­ration sociétale postmoderne. Anamnèse impliquant, dès lors, un changement dans l’axe de la connaissance. Celle-ci n’est plus unilatérale, mais bien plurielle. Réversion. Inversion. Rebroussement.
 
Dans l’organicité des choses, l’interaction entre la connaissance et l’existence est chose commune
(129) Michel Maffesoli l’a, souvent, rappelé : connaître (cum nascere), c’est naître avec ; avec l’autre, avec le monde. Mais il faut plusieurs naissances et plusieurs morts pour faire une vie individuelle, a fortiori pour ce qui concerne la vie sociale. Il s’agit là d’une banalité de base, bien étrangère à la paranoïa théorique propre aux tribus intellectuelles, mais qui est au fondement même de la sagesse des peuples.
C’est dans un tel va-et-vient des genèses et des déclins, des naissances et des morts, qu’il faut situer la pertinence de l’anamnèse archétypologique et le processus du rebrous­sement : il n y a pas de Vérité révélée une bonne fois pour toutes, mais bien des certitudes relatives issues de la vie effec­tive, c’est-à-dire du bon sens, et de la droite raison intimement mêlés. C’est ainsi qu’il convient de comprendre la constellation alethéiologique : les vérités étant tributaires de « dévoilements » (a-letheia) momentanés, suivis d’oublis, d’enfouissements liés, aussi, au temps.
Il est des pages de Valéry Larbaud où il décrit, poétique­ment, le va-et-vient des vagues sur les plages de Sète à la fois découvrant et recouvrant les falaises que ces mêmes vagues érodent. Processus infini du flux et du reflux que le poète compare à celui de la vie effective. Il n’y a de dynamique que lorsque la force prend le temps de se régénérer. Pour le dire en des termes plus soutenus : il existe une dialogie entre progression et « ingression ». Dévoilement et retrait.
On peut, à cet égard, parler d’un rebroussement épistémologique. C’est-à-dire d’une connaissance réinvestissant des pans entiers du Réel humain que le principe de réalitééconomique avait, naïvement, cru dépasser. Redécouvrant les forces de l’esprit. Toutes choses qui par contagion, vitalité d’Internet aidant, tendent à investir tout à la fois la sphère de la vie privée et celle de l’espace public.
(130) En bref, reprise en compte de l’entièreté de l’être.
N’est-ce point ce que Oswald Spengler, dans le premier quart du XXe siècle, d’une manière audacieuse, en parlant du « Déclin de l’Occident », nommait « pseudo-morphose » ? Utilisant une métaphore minéralogique, il s’emploie à mon­trer qu’une idée nouvelle s’élabore à partir d’un fragment primitif. Et que, de plus, cette concrétion va se faire à l’abri d’une cavité déjà existante[17]. La « forme » ainsi créée n’est que « pseudomorphe » et ne peut exister qu’à partir d’un substrat plus ancien, et avec l’aide d’une « niche » s’inscrivant, elle aussi, dans la longue durée.
 
Certes, comparaison n’est pas raison, mais la métaphore est éclairante et l’analyse qui suit instructive en ce qu’elles montrent, en un moment qui ne s’y prêtait pas, l’importance de la tradition
C’est-à-dire de ce qui fut, en son temps, « donné » et dont la dynamique est on ne peut plus actuelle. Retour du tribalisme, du nomadisme, de l’hédonisme : ces valeurs traditionnelles retrouvent, en de nombreux domaines, une étonnante vitalité dans la postmodernité.
Rien ni personne, dans la culture quotidienne, n’est indemne du « choc en retour » traditionnel. Et ce tant en ce qui concerne ces éléments de base culturels que sont le fait de manger, de s’habiller, d’habiter. En chacun de ces cas, l’authen­tique, l’originel, le primitif, le singulier (et l’on pourrait, à loisir, continuer la liste) retrouvent une actualité soulignant que la vie effective n’existe qu’en fonction de ce qui est substantiel ; de ce qui s’enracine dans la mémoire immémoriale de l’humanité.
Un tel rebroussement, ce nécessaire « pas en arrière », peut être rapproché de cette « loi » de l’hétérogenèse des fins caractérisant le devenir humain.
(131) C’est-à-dire cet étonnant entrelacement du prévisible et de l’imprévisible, de l’action et de l’inertie, du hasard et de la nécessité par lequel, grâce auquel, on pourrait comprendre l’incompréhensible vitalité populaire[18]. En d’autres termes, et c’est cela qui fait la grandeur du sentiment tragique de l’existence, le propre de l’humaine nature est de savoir s’ajuster aux hasards de la vie, s’en accom­moder, les faire siens : les accepter comme tels.
On est là au cœur battant de la pensée traditionnelle : ce qui s’assure sur la mémoire comme « rassemblement de l’être[19] ». N’est-ce point cela à quoi nous convie Hölderlinlorsqu’il déclare : « Qui a pensé le plus profond aime le plus vivant/Et comprend la haute jeunesse » (« Socrate et Alcibiade ») ? C’est ce qui pense radicalement, ce qui pense au plus près des racines qui peut s’accorder à la viridité juvé­nile. C’est ce qui permet d’éviter que la trouvaille théorique devienne bavardage, que la « forme » s’achève en simple for­mule vide de sens.
La mémoire, ainsi comprise comme anamnèse archétypologique, permet de comprendre le curieux retour, que l’on en soit ou pas conscient, du mythe dans la vie courante. Le mythe, comme parole fondatrice, ne se forme pas sur des représentations théoriques. Il se contente de présenter, c’est-à- dire rendre présent ce qui est, de toute éternité, le ciment sociétal. Il rend manifeste ce qui apparaît ; il prend au sérieux les phénomènes, se donnant à voir et, donc, à vivre.
En ce sens, et en ce sens seulement, la pensée demeure en marche. Elle est chemin et, ainsi, exprime, c’est-à-dire fait ressortir, l’être de l’homme.
 
D’où la nécessité de chercher, ou plutôt de faire ressortir le sens originaire de ces paroles fondatrices qui fut recouvert, au long du temps, par le poids mort des mots dogmatiques
(132) C’est cela le dévoilement qui, au-delà ou en deçà de la conscience s’intéresse à l’instinct vital. Comme le disait avec ironie, et quelque impertinence, Paul Valéry : « Parfois je pense, et parfois je suis » !
Peut-être est-ce ainsi que l’on peut tout à la fois s’accorder au destin, ce qui enraciné, sans succomber au fatalisme. Le mythe étant une sorte de mésocosme, un monde du milieu entre le micro et le macrocosme. Expression d’une relation de sympathie reliant entre eux des individus unis sur un même lieu, qu’il soit réel ou symbolique. Reliance, c’est-à-dire ouverture à l’altérité à partir d’un enracinement dans les ténèbres de la terre-mère.
Quelle qu’elle soit, la mythologie, toujours renaissante, exprime la perdurance des us et des coutumes. Ou encore, le fait que l’expérience individuelle, quelle en soit ou non consciente, est tributaire, en son fond, de l’expérience collec­tive. Les divers mimétismes, ce que Durkheim nommait le « conformisme logique », en témoignent. C’est également ce que Gabriel Tarde avait souligné en parlant des « lois de l’imitation ». Et il est instructif de voir que ces réflexes synchrones ne se retrouvent pas seulement chez les jeunes de banlieue. À des degrés divers, ils sont à l’œuvre dans toutes les tribus postmodernes : politiques, intellectuelles, religieuses, culturelles. Le libre examen a fait son temps. L’esprit critique n’est plus la caractéristique essentielle du moment.
Pour le dire fort simplement, nous sommes en une époque tournante où s’opère un changement de plan. Ayons l’humilité de reconnaître qu’un tel phénomène est on ne peut plus fréquent dans les histoires humaines. Et quand s’opère un tel tournant décisif, dans un processus compensatoire, on éprouve la nécessité d’appuyer ses assises sur des valeurs éprouvées.
 
C’est ainsi que les mythes, que le rationalisme à la mode, c’est-à-dire moderne, avait évacués ou marginalisés, retrouvent une étonnante jeunesse
(133) C’est cela que je nomme ici : anamnèses archétypologiques. Nombreux sont ceux qui ont fait référence aux « archétypes ». Ceux-ci n’effraient plus que quelques nostalgiques d’une philosophie des « Lumières » à la flamme bien vacillante ! Un auteur, sulfureux, tel Carl-Gustav Jung, en a dressé les contours d’une manière particulièrement pertinente. En particulier, en montrant tout ce que les rêves les plus per­sonnels devaient à l’inné, à l’instinctif propres à l’inconscient collectif. Il est, à cet égard, intéressant de noter tout ce qu’il devait (il s’y réfère souvent) à l’ethnologie de Lévy-Brühl[20].
Gilbert Durand a bien montré comment ces struc­tures anthropologiques se retrouvaient, avec constance, dans de nombreuses cultures. Et la sociologie de l’imaginaire se contente de montrer en quoi la référence aux mythes, aux contes, légendes et autres sagas collectives, est un levier métho­dologique des plus pertinent, pour décrypter tous ces phéno­mènes contemporains que sont : publicité, films, musiques, chorégraphie, stylisme, sans cela incompréhensibles[21]. En bref, le quotidien relevant du substantiel.
Etonnante vitalité de ce que furent les « idées » platoni­ciennes ou les « nombres » pythagoriciens ! En chacun de ces cas, ce sont des principes essentiels qui sont en jeu. Principes servant de fondement (principium) et assurant l’autorité (prin­ceps) des valeurs communes.
 
(134) C’est bien ce que la pensée tradi­tionnelle rappelle avec force : la nécessité d’un « enracinement dynamique » comme ciment socio-anthropologique fondamen­tal. Ou, pour le dire autrement, la progressivité des choses
C’est cette progressivité, autrement plus subtile et nuan­cée que le simple progressisme, qu’il est bien difficile de faire admettre à une élite moderne : du politique à l’universitaire en passant par le journaliste, se satisfaisant du « conformisme logique » dont il a été question. Elite s’employant toujours à dénigrer, à dénier, à refuser les plus simples constatations du bon sens. Avec l’ironie qu’on lui connaît, Alain ne notait-il pas : « J’ai vécu par mon métier dans le monde des réfutateurs, détestable espèce[22] ».
Mais voilà que la réfutation n’est plus de mise dans les moments où la mutation sociétale est indéniable. Les mœurs évoluent. Les mots pour le dire changent aussi. Mais, bien au-delà de ce que l’on voudrait nous faire accroire comme étant du domaine de l’économie, la crise est bien, essentiel­lement, un jugement porté par ce qui est en train de naître sur le cycle en voie d’achèvement. Et les « réfutateurs » ont beau pousser des cris d’orfraie, le Réel est là, irréfragable Réel, nourri des rêves ancestraux, qui reconnaît comme une loi, humaine, peut-être la plus imprescriptible, que toute chose a une fin. Ce qui est l’indice d’une nouvelle naissance.
Cela ne se déduit pas à partir de théories abstraites, mais s’observe, empiriquement, dans l’existence de tous les jours et dans la vie collective. Chaque civilisation repose, ainsi que l’a, bellement, montré Volney, sur les ruines de celle qui l’a précédée. C’est donc la procédure inductive qui nous incite à reconnaître que l’essence de la progressivité rejoint le cycle des naissances et des morts.
 
N’est-ce point cela que la tradition culturelle nomme « Anastasie » (anastasis) ?
(135) Ainsi qu’on peut le lire dans le Bailly [dictionnaire grec-français], c’est tout à la fois le fait de renverser et d’élever, de se relever après un sommeil, de surgir à nouveau. Pour les chrétiens, c’est la résurrection des morts. Oui, la décadence est toujours jubilatoire en ce quelle annonce une (re)naissance en gestation. C’est ce que les historiens, n’ayant pas peur des mots, ne cessent de constater. Et, pour ne citer qu’un exemple parmi bien d’autres, il suffit de voir, ainsi que le montre, avec acuité, Daniel-Rops, comment de l’antiquité à la christianité un monde qui va mourir laisse la place à un monde qui naît[23].
C’est là le secret bien connu que souligne la pensée traditionnelle : la vie effective est perpétuelle réversion en ce quelle réinvestit, régulièrement, les éléments primordiaux que l’on avait cru dépasser, et qui n’en constituent pas moins les pierres de touche des constructions à venir. Peut-être est-ce là ce curieux mystère qu’est la perdurance, sur la longue durée, de l’espèce humaine. C’est, en tout cas, ce qui, au-delà des modes éphémères et des prêts-à-penser subalternes, permet de repérer la solidité d’une démarche authentique. Car il est vrai que « tous les penseurs essentiels disent toujours fonda­mentalement le Même[24]... »
 


[1] Michel Maffesoli, « L’Ordre des choses », CNRS EDITIONS, octobre 2014.
[2] Cf. saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, (1a-2ac, question 49) ; O. Spengler, Le Déclin de l’Occident, Gallimard, 1948 ; E. Panofsky, Architecture gothique et pensée scolastique, Editions de Minuit, 1992.
[3] Au sens montagnard : on s’assure pour grimper.
[4] Alain, Histoire de mes pensées, in Les Arts et les Dieux, op. cit. p. 32.
[5] Cf. B.Bégout, De la décence ordinaire : court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de Georges Orwell, Ailia, 2008.
[6] Livre d’Isaïe, II, 24.
[7] J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, 1er entretien, Pélagaud, 1850, p. 50.
[8] N. Elias, La Dynamique de l’Occident, Calmann-Levy, 1975, et La Société de cour, Calmann-Lrvy, 1974.
[9] M. Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, Gallimard, 1953, p. 266.
[10] E. Panofsky, op.cit. p., 69.
[11] F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe, liv. 31, ch. 2.
[12] M. Foucault, Les Mots et les Choses, op. cit., p. 12.   
[13] P. Sorokim, Social and Cultural Dynamics, New York, 1937
[14] Cf.  l’analyse de G. Durand, Science de l’homme et tradition, Sirac, 1975, p. 182.
[15] H. Corbin, En Islam iranien, Gallimard, 1971, p. 145-146.
[16] M. Maffesoli, Matrimonium, Petit traité d’écosophie, CNRS Editions, 2009.
[17] O. Spengler, Le Déclin de l’Occident, t. II, Gallimard, 1948, p. 173.
[18] Cf. l’analyse de E. Donaggio, Karl Löwith et la philosophie. Une sobre inquiétude, Payot, 2013, p. 223.
[19] Cf. M. Heidegger, Approche de Hölderlin, Gallimard, 1962, p. 30 et p. 47.
[20] C.G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet Chastel, 1970 ; et Lévy-Brühl, La mythologie primitive, Alcan, 1935 (en particulier le chapitre « Mythes et rêves »).
[21] G. Durand, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, PUF, 1960.
[22] Alain, « Histoire de mes pensées », in Les Arts et les Dieux, op. cit. p. 14.
[23] D. Rops, L’Eglise des apôtres et des martyrs, Fayard, 1948, p. 11.
[24] M. Heidegger, Schelling, Gallimard, 1977, p. 149.




Date de création : 24/01/2015 @ 16:17
Dernière modification : 24/01/2015 @ 16:25
Catégorie : Sociologie
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